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Le topic des PJ - sdm - 28-01-2024 J'ouvre ça vite fait pour poster l'historique que j'ai fait pour mon perso, j'ai essayé de pas rentrer trop dans les détails politiques, tu me diras Nico si le setting demande qqs changements ^^ Reiko est née dans la ville de Kagoki dans la province de Beiden, au sein d'une riche maisonnée de samouraï appartement à la famille Yogo du clan du Scorpion. La province de Beiden est administrée par les Yogo qui en tirent d'important revenus de douane grâce au point de passage dans la montagne Seikitsu qui relie le Nord et le Sud de l'Empire. Pour eux cependant cet argent ne sert pas à bâtir de luxueux palais ou à entretenir une armée importante, c'est pour l'acquisition des précieux composants nécessaires à leur recherche magique que les dirigeants de la famille utilisent ces ressources. Malgré donc la prospérité de ses parents c'est dans une maison sans ostentation et semblable à la plupart des autres samouraïs de la ville que Reiko a vu le jour. Sa venue fut célébrée avec des réjouissances comme il est de coutume au sein de son clan. Première née, son destin serait d'étudier au prestigieux dojo de shugenja de la famille, comme son père, Yogo Oda, l'avait fait dans sa jeunesse. Derrière les feux de joie et les divertissements une ombre subsistait pourtant car si sa famille était respectée, elle était aussi évitée autant que le permettait la bienséance. Les raisons de cet ostracisme discret remontaient à de nombreuses générations et n'étaient jamais évoquées dans la maison. Reiko n'apprendra cette histoire que bien des années plus tard, lors de ses études au dojo à Shiro Yogo. Bayushi Junzo, un ancêtre de son père, avait commit un acte ignoble lors d'une guerre oubliée depuis longtemps. Il avait fait empoisonner l'eau d'une source en y faisant jeter des cadavres d'éta mort de maladie. La source servait de point d'eau à l'armée adverse et sa tactique lui permit de remporter une victoire écrasante sur des adversaires affaiblis. Mais il n'avait pas prévu que la source alimentait également le puits d'un village de paysan voisin, ou il n'avait pas voulu s'en soucier. L'épidémie qui suivit décima le village et les autorités durent le brûler en grande partie pour en arrêter la propagation. Même pour le clan du Scorpion la tactique de Junzo avait été considérée comme excessive et il avait été puni. Mais la plus terrible opprobre vint des kamis de l'eau de Seikitsu qui avaient été offensés d'avoir été ainsi souillés et qui le condamnèrent à voir sa descendance affligée par les maladies. Le temps passa, les kamis s’apaisèrent et le mauvais sort finit par s'affaiblir avec le passage des générations. Mais chez les infortunés descendants de Junzo, chaque naissance ravivait les craintes des parents de voir leur enfant tomber malade. L'histoire était connue dans la ville et si nul ne mettait en doute la loyauté et le dévouement de la famille de Reiko, les autres samouraïs ne tenaient pas à s'associer de trop près avec eux de peur d'être touchés par l'ancien courroux des kamis comme par contagion. Les premiers mois de son existence se passèrent donc sous la surveillance anxieuse de sa mère Inao. Celle-ci vit bientôt ses peurs se matérialiser car une fièvre si intense s'empara d'elle que certains la crurent perdue. Son père fit tout ce qu'il put pour apaiser les esprits et chercha conseils auprès d'autres Shugenja de sa famille. A force de prière et d'offrande à Jurojin, la fièvre tomba et bientôt Reiko fut hors de danger. Elle garde cependant encore aujourd'hui enfouies les germes de la maladie qui revient parfois lui provoquer des crises de fièvre soudaine. Des années qui suivirent Reiko ne conserve que de rares souvenirs, des bribes de scène de joie simples avec sa mère qui lui racontait des histoires sur les héros du clan. Des souvenirs aussi de long silences respectueux à regarder son père travailler sur les parchemins qui recouvraient son bureau. Enfin la découverte de la nature et des saisons dans le jardin de la maison où elle sentait déjà la présence des Kamis au bout de ses doigts. Elle allait avoir cinq ans quand sa mère donna naissance à son petit frère Renji. Une fois encore des festivités furent organisées pour célébrer l’événement et Reiko fut enchantée de toute l'agitation qui régnait dans la maison d'habitude si paisible. Bien trop jeune pour y prêter attention, elle n'entendait pas les murmures des servantes, ni les conversations inquiètes chuchotées par ses parents. Pour autant Renji semblait être un nourisson en bonne santé et son père prévoyait déjà de le faire entrer au dojo de la famille Bayushi pour qu'il puisse jouer un rôle dans la politique du clan. Mais Inoa de son côté avait de plus en plus de mal à calmer son angoisse de voir son fils tomber gravement malade. Elle finit même par se persuader que l'arrivée des symptômes n'était qu'une question de temps.En cachette de son mari et sur le conseil d'une servante zélée elle consulta une guérisseuse qui officiait chez les heimins de la ville. D'abord réticente à proposer ses services à une samouraï, celle-ci finit par vendre à Inoa un onguent qui devait faciliter la respiration du bébé. La vieille femme lui recommanda bien de ne l'utiliser que si des symptômes graves apparaissaient chez lui. Mais la peur de perdre son fils obscurcissait le jugement d'Inoa davantage chaque jour. La moindre toux, la plus légère fièvre, la transportait d'angoisse. Elle en vint à se dire que l'onguent ne pouvait qu'aider Renji à être plus fort pour résister à l'inéluctable maladie, elle commença donc à appliquer le soin elle-même sur son fils quand son mari était absent. Régulièrement, puis de plus en plus souvent, comme un talisman pour conjurer le sort. L'état de santé de Renji commença a se dégrader, il était pris quotidiennement de violentes quintes de toux que rien ne semblait pouvoir arrêter et qui terrifiaient Reiko. Oda prit congé de ses obligations pour rester au chevet de son fils. A ses côté Inoa sombrait peu à peu dans un état second à la vue son enfant en souffrance. La nuit elle se levait sans un bruit pour appliquer l'onguent de la guérisseuse dans l'espoir de le soulager, elle restait ensuite éveillée des heures à réciter des prières à toutes les Fortunes. Pour Reiko la maison était devenue pesante avec son silence lugubre seulement rompu par la toux douloureuse de son frère. Elle se réfugiait dans le jardin et passait de longues heures cachées dans les herbes hautes ou à contempler la vie minuscule dans le ruisseau qui irriguait le domaine. Bientôt l'état de Renji devint critique et son père fit jouer toutes ses relations pour faire venir un vieux senseï de la famille Sochi réputé pour son grand savoir médicinal. Le vieil homme ne mit pas longtemps à découvrir l'onguent et à en identifier les composants. Inoffensifs à faible dose ils devenaient poison mortel si l'on en utilisait trop. Quand elle comprit les implications terribles des paroles du senseï, Inoa s'effondra et son esprit se perdit loin du Ningen-do. Son père ne permit pas à Reiko de voir son frère avant que tout ne soit terminé et ce n'est que lors de la cérémonie funéraire qu'elle le vit une dernière fois. L'année suivante Reiko partit sans regret pour le dojo des shugenja de la famille à Shiro Yogo. Elle était même contente de pouvoir quitte la maison devenu sinistre. Son père s'était enfermé dans son travail depuis la mort de son frère et ne sortait presque plus de son bureau. Quant à sa mère, elle avait été enfermée dans un monastère où les moines s’occupaient des gens comme elle, tandis que dans la maison les serviteurs avaient maintenant interdiction de prononcer son nom. Au dojo, en compagnie des autres aspirants, Reiko apprit d'abord la loyauté absolue au clan, cette fidélité inébranlable qui permet aux samouraïs du Scorpion d’obéir à tous les ordres de leur seigneur sans discuter. Les maîtres leur enseignaient sans relâche le sens profond de l'accord passé entre Bayushi et Hanteï. Ce lien sacré pour lequel les membres du clan du Scorpion, comme leur Kami fondateur en son temps, acceptent de sacrifier leur honneur pour protéger l'Empire et l'ordre céleste depuis les ombres. Les maîtres répétaient inlassablement que pour mener à bien cette mission pour l'Empire, le Scorpion devait être capable de tenir tête aux autres clans et pour cela ils ne pouvaient compter que sur la volonté sans faille de ses membres à obéir. Qu'ils étaient tous des pièces d'une stratégie plus grande qu'eux et c'est leur articulation sans faille qui rendait le clan tranchant comme le fil d'un sabre. Et qu'une désobéissance, même minime, était une trahison car comme une fissure imperceptible, elle menaçait de faire se briser toute la lame. Pour préparer les jeunes apprentis à cette lutte sans merci pour maintenir le fragile équilibre des clans, les maîtres expliquaient longuement les faiblesses et les hypocrisies des autres clans qui craignent et méprisent le Scorpion tout à la fois. Reiko découvrit aussi les rigueurs de l'enseignement de la famille Yogo qui se dévoue depuis le premier jour des Tonnerres à traquer les menaces surnaturelles qui mettent en péril Rokugan, et à protéger les sanctuaires et les nemuramai de la convoitise des démons ou des Maho-Tsukai. On lui enseigna que si son origine et sa mission isole souvent la famille, les liens qui l'unissent aux autres familles du clan restent forts et que les Yogo n'ont jamais failli à leur devoir pour le Scorpion. Ainsi aux cours de ses études Reiko apprit comment communier avec les kamis, identifier les manifestations de la Maho et préparer des glyphes pour repousser les êtres souillés mais aussi comment utiliser pour le bénéfice du clan les informations recueillies lors des missions. Comme tel assistant d'un magistrat d'Emeraude qui avait aidé à mettre à jour et à détruire un culte voué à la magie du sang, tout en gardant pour le clan les preuves de la négligence du seigneur Akodo de la région qui n'avait pas pris toutes les mesures nécessaires. Ou comme ce Shugenja invité un hiver par un riche samouraï marchand Yasuki pour ceindre de protections magiques un temple récemment érigé en l'honneur de Daikoku, et qui à son retour à Shiro Yogo avait pu décrire en détails aux espions Shosuro les penchants inavouables de son hôte dans les maisons de plaisir de Yachiki. Parmi tous les enseignements du dojo, Reiko excellait particulièrement à la pratique de la création des serviteurs de papier, les Shikigami. Ce rituel magique était peu explorée par les autres clans qui n'y voyaient que fantaisie mineure pour amuser des courtisans, mais les Yogo avait compris tous les bénéfices à tirer de ses esprits scellés et une école y était dédiée au sein du dojo. Reiko fut rapidement admise dans cette école et à force de travail devint une des meilleures élève de sa promotion. Comme dans tous les autres dojo de shugenja la compétition était féroce entre les apprentis mais contrairement aux autres clans ces rivalités ne dégénéraient jamais en affrontement direct car les règles les prohibaient strictement, la loyauté au clan devait surpasser toute querelle d'ego. Les rumeurs sur les malheurs de sa famille ayant fini par atteindre l'école, Reiko eu souvent dans les premières années la tentation de briser cette règle pour en rabattre à l'une autre l'autre de ses camarades qui, d'une allusion fine ou d'un geste discret, lui rappelait le sort de sa mère, folle, enfermée chez les moines. Mais l'enseignement des maîtres fut cependant le plus fort et elle ne transgressa pas les règles. Au fil du temps elle fit entièrement sienne la doctrine du clan, et adhéra sans arrière pensée à son credo. La vertu de la mission du scorpion lui apparaissait aussi claire que l'eau la plus pure, il lui semblait évident pour que l'Empire puisse continuer d'exister et les autres samouraïs continuer de vivre dans l'honneur, ceux du Scorpions devaient se salir les mains. En lisant les récits historiques des grandes figures du clan dans la bibliothèque du dojo elle y retrouvait les noms des héros entendus dans les histoires que sa mère lui lisait des années auparavant, mais maintenant débarrassés des oripeaux des contes pour enfant, elle y découvrait toute la fausseté écœurante des autres clans. Elle ne pouvait s'empêcher de ressentir une colère sourde contre ces Lions et ces Grues toujours prêts à faire la morale au Scorpion mais bien contents de ne pas avoir à salir leurs beaux atours dans les tâches ingrates mais nécessaires pour assurer le fonctionnement de l'Empire. Les repos étaient rares au dojo et les possibilités de retourner voir les familles l'étaient encore plus. Reiko n'avait pu retourner sur ses terres natales qu'en de rares occasions au cours de ses années de formation. L'une d'elle avait été pour les funérailles de son père qui n'avait pas survécu longtemps aux malheurs qui l'avait frappé. Depuis lors la maison de la famille n'était plus habité que par quelques vieux serviteurs qui l'entretenait en attendant son retour. Quand elle revenait à Kagoki, elle passait toujours voir sa mère au monastère. Lors de ses visites elle essayait de lui parler, de ramener son esprit dans le monde des humains mais rien ne semblait plus pouvoir atteindre Inoa. Reiko savait bien à présent que sa mère avait été victime de la terrible malédiction proférée il y a plus d'un millénaire par le Sombre Kami lui-même sur le fondateur de leur famille. Dans ces moments là des larmes de colères coulaient sur ses joues et elle se promettait de trouver un moyen un jour de réussir là où tous avaient échoué, de réussir à briser la malédiction des Yogo. RE: Le topic des PJ - Darth Nico - 28-01-2024 Excellent Ah, la joyeuse ambiance dans la famille Yogo
RE: Le topic des PJ - sdm - 31-12-2025 Petit ajout avec un peu de retcon ^^ Reiko savait que la guérisseuse était chez elle pour l’avoir surveillée depuis le matin, mais au moment de rentrer dans la maison délabrée, elle hésita encore un instant. Bien sûr elle savait qu’elle n’avait rien à craindre de la vieille femme et elle connaissait les artifices pour se faire menaçante ou jouer de la peur de son interlocuteur. Pendant sa formation un instructeur de la famille Shosuro était venu dans son dojo pour leur enseigner les rudiments de cet art, sans se départir du mépris habituel des autres familles. Elle se rappelait bien ses leçons mais à présent sur le pas de la porte elle sentait avec acuité qu’elle respirait trop vite, qu’elle tremblait un peu et qu’au final à son âge elle était à peine plus qu’une enfant déguisée en samouraï. Il était trop tard pour reculer cependant et elle se résolut à ouvrir le panneau de bois vermoulu puis entra sans formalité. L’idée avait germé peu de temps après la mort de son père. Reiko avait d’abord été soulagée par cette nouvelle car elle savait déjà qu’ils ne pouvaient plus rien l’un pour l’autre et il n’était plus pour elle qu’un fardeau d’un passé sinistre. Mais elle avait vite compris que cette disparition n’avait pas chassé pas l’ombre de sa tragédie familiale, et certaines nuits, lorsque ses crises de fièvres la prenait, elle entendait dans l’obscurité les pleurs de son frère Renji sans bien savoir si elle rêvait. D’autres fois, lors de journées trop silencieuses et trop tranquilles, ses pensées se tournaient malgré elle vers sa mère, elle qui parlait aux oiseaux là bas dans son monastère reculé. Reiko éprouvait pour elle une émotion dépourvue de nom, l’amour, la pitié et la haine s’étaient tant mélangées au fil des années qu’elles ne formaient plus qu’un sentiment inconnu et monstrueux prêt à l’engloutir. Ces jours là elle se jetait à corps perdu dans le travail pour oublier, apprenant par cœur un obscur traité sur les vertus des fleurs de montagne ou nettoyant de fond en comble la réserve des plantes médicinales du sensei Shinoara sous le regard un peu inquiet de la gouvernante. Pour trouver un peu de repos, Reiko avait fini par se convaincre qu’elle devait retrouver la guérisseuse qui à l’époque avait vendu à sa mère les concoctions et les onguents qu’elle avait tant prodigué à son frère. Elle savait bien que les chances de la retrouver étaient minces, cette femme était déjà âgée lors du drame et plus d’une décennie s’était écoulée depuis. Mais à force de patience, en collectant des informations dès que les déplacements du sensei l’amenait à Kagoki, elle avait fini par retrouver sa trace. Comme elle s’occupait de procurer les ingrédients des divers remèdes, elle avait pu mener son enquête en écoutant discrètement les conversations sur les marchés. Ainsi elle avait fini par entendre une paysanne parler tout bas d’une vieille femme appelée Ito qui avait chassé quelques années plus tôt la vilaine toux de son mari. Ce nom avait résonné dans la mémoire de Reiko et pour quelques pièces elle avait convaincu la paysanne de lui dire où habitait la vieille. De retour chez Shinohara il lui avait fallu encore du temps pour rassembler son courage, mais elle avait fini par prendre sa décision et avait demandé un congé à son maître, le premier depuis qu’elle était rentré à son service presque deux ans auparavant. Il avait accepté sans hésitation et sans en demander la raison, à son grand soulagement car elle craignait d’avoir à lui mentir. Reiko se tenait donc maintenant là, dans l’unique pièce de la pauvre maison, la lumière blafarde du jour entrait par quelques fenêtres rudimentaires et par le panneau ouvert derrière elle. L’endroit était baigné d’odeurs entêtantes, par habitude elle reconnaissait dans ce mélange les senteurs caractéristiques de telle fleur ou écorce, telle racine ou tubercule. Elle jeta un bref regard circulaire, elle vit des pots innombrables sur des étagères appuyées aux murs de terre séchée, des jarres en désordre sur le sol de terre, dans un coin de la pièce une paillasse recouverte d’une toile grossière qui servait de lit, et à côté du foyer au centre de la pièce, une table usée avec là les restes d’un maigre repas. Et partout une saleté qui lui soulevait le cœur. La vieille Ito se trouvait là, les yeux écarquillés devant cette sinistre apparition. - Bon...bonjour samouraï, c’est bien trop d’honneur que vous me faites en entrant dans cette modeste demeure. Comme elle parlait elle essayait difficilement de s’agenouiller et mettre le front à terre. Reiko aurait pu d’un geste lui épargner cette pénible révérence à son âge mais une férocité nouvelle palpitait dans son cœur et elle laissa la vieille souffrir un long moment à terre. - Est-ce bien toi qui te fais appeler Ito ? - Oui samouraï. - Et tu prétends guérir des afflictions ? Reiko s’efforçait de parler sèchement, faire de chaque phrase un reproche, chaque question une accusation, comme on lui avait appris. - Je… j’essaie de soulager les gens qui me le demande en échange d’un peu de riz. - As-tu demandé l’autorisation du seigneur de la ville pour établir ton commerce ici ? La ficelle était grosse mais leur instructeur Shosuro leur avait bien dit que les gens du peuple étaient facilement effrayés par la mention des règles administratives auquel la plupart ne comprenaient rien. - J’ignorais que c’était nécessaire honorable samouraï, mais je t’en prie, je ne pratique presque plus mon commerce, je ne suis qu’une pauvre vieille que les dieux ont oublié de faire mourir. La veille femme se releva un peu et observa à la dérobé cette samouraï qui avait fait ainsi irruption chez elle. Elle lui semblait bien jeune, trop jeune en tout cas pour jouer ce rôle de yoriki zélé. - Il y a longtemps une samouraï est venu te voir pour des remèdes, elle portait un kimono semblable au mien. Repris Reiko. - C’est possible… mais peu de samouraï viennent ici. - Tu n’as pas pu l’oublier, elle venait chercher des remèdes pour son enfant. La vieille Ito n’était pas aussi décrépite qu’elle voulait le laisser croire et elle hésita un instant, mais finalement elle préféra ne pas provoquer la samouraï. - Oui je me souviens, je lui ai fourni des onguents mais... - Quoi précisément, quelle était la recette de ces traitements ? L’interrompit Reiko. - Je… je ne me rappelle plus bien samouraï, c’était il y a si longtemps. Reiko s’approcha de la vieille femme, se pencha vers elle et lui parla du ton le plus menaçant dont elle était capable. - Tu n’as pas vécu aussi longtemps sans apprendre ce qui arrive à ceux qui désobéissent à un ordre d’un samouraï du clan de l’Araignée. - Pardon samouraï, je crois que c’était une simple recette de kampo de mon village natal, oui c’est ça. - Prépares-en un. Ordonna Reiko en se relevant. - Maintenant ? Mais je… - Oui maintenant, ne discute pas. La vieille femme se redressa péniblement et se dirigea vers les étagères chargées de récipients, elle en choisit plusieurs qu’elle déposa sur la petite table d’une main tremblante. Ensuite elle mit à chauffer un peu d’eau sur le foyer et revint s’asseoir pour commencer sa préparation. Reiko scrutait les gestes de la guérisseuse, elle avait reconnu les plantes, la plupart n’avait aucun véritable effet mais la tubercule de Hange que la vieille broyait dans son pilon était connue pour calmer la toux. Elle savait aussi qu’aucun des ingrédients sur la table ne présentait le moindre danger, il devait pourtant bien y avoir autre chose... Les gestes de la vieille étaient lents et réguliers, presque hypnotiques, elle avait dû préparer ce remède des centaines de fois au cours de sa longue vie. Alors que le temps semblait s’étirer Reiko ne savait plus bien ce qu’elle était venue chercher ici, les odeurs de plus en plus fortes, la pénombre et la chaleur du feu, la sueur qui coulait dans son dos et la tension dans tous ses membres, le bruit trop fort de sa respiration, elle sentait qu’elle perdait pied peu à peu. - Oh j’oublie quelque chose. Le marmonnement d’Ito avait tiré Reiko de sa transe. La vieille femme se leva en grimaçant et repartit à petit pas vers les étagères où elle fourragea longtemps pour finalement en sortir un pot d’argile que rien ne distinguait des autres. Elle l’ouvrit et fit tomber dans sa main plusieurs petites fleurs blanches séchées. Reiko fit un pas et agrippa violemment le poignet de la vieille, la faisant sursauter et lâcher son pot qui alla se briser par terre. Cette fois elle avait vraiment peur de cette samouraï. - Aah pardon pardon je vous en prie ! - Ce sont des fleurs de Keishi ? - Oui oui, j’en ajoute toujours dans mes remèdes pour les enfants, ça les aide à dormir, les pauvres petits. - Tu sais ce qui arrive lorsqu’on en prend trop… La balance des énergies du corps est rompue, les esprits de l’eau se figent et ne font plus circuler l’influx vital, c’est un sommeil sans réveil. Reiko serrait de plus en plus fort et la vieille geignait de douleur. - Mais j’en mets très peu, cela ne peut pas arriver. - En prenant tout ton traitement trop rapidement c’est possible. - Non non je vous en prie samouraï vous ne comprenez pas, je vendais mes remèdes à la dame en petite quantité, pour qu’elle revienne me voir souvent et m’en achète d’autres, il n’y en avait pas assez pour leur faire du mal. Reiko resta silencieuse un moment, perdue dans ses pensées, puis demanda d’une voix tremblante. - Leur faire du mal ? - Oui… pour ses enfants je veux dire, les onguents pour son fils et sa fille. Reiko finit par lâcher le poignet de la vieille femme qui recula en pleurant. Ses souvenirs de l’époque étaient troubles et épars mais elle était parfaitement sûre que sa mère ne lui avait pas donné ce traitement. Quelques larmes de colère coulèrent sur ses joues alors qu’elle fixait la vieille femme apeurée. Dès son retour chez le sensei Shinohara elle s’était précipitée au bain où elle s’était frottée frénétiquement pour chasser son dégoût et nettoyer toute la saleté qui lui semblait s’être incrustée dans sa peau. Enfin calmée, elle s’était détendue dans l’eau chaude. C’était donc ainsi que les choses s’étaient passées, sa mère avait empoisonné son frère Renji peu à peu en lui prodiguant en excès le remède à la fleur de Keishi que la guérisseuse lui confiait, en lui donnant en plus de la sienne, la part de Reiko. Avait-elle cru alors que davantage de remède le rendrait plus fort, elle voulait tellement que son fils échappe à la maladie et accomplisse de grande chose, ou était-elle déjà contaminée par la folie à cette époque. En contemplant les étoiles au dessus d’elle, Reiko se dit que ces questions là resteraient sans réponses. |