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		<title><![CDATA[Forum du Mamarland - Exil]]></title>
		<link>http://forum.chezseb.ovh/</link>
		<description><![CDATA[Forum du Mamarland - http://forum.chezseb.ovh]]></description>
		<pubDate>Sat, 04 Apr 2026 22:17:18 +0000</pubDate>
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		<item>
			<title><![CDATA[Dossier #22 : Mort d'un parfumeur célèbre]]></title>
			<link>http://forum.chezseb.ovh/showthread.php?tid=1245</link>
			<pubDate>Mon, 05 Nov 2012 15:55:10 +0000</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="http://forum.chezseb.ovh/member.php?action=profile&uid=3">Darth Nico</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">http://forum.chezseb.ovh/showthread.php?tid=1245</guid>
			<description><![CDATA[<span style="font-family: Lucida Sans Unicode;" class="mycode_font"><div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">Exil #22</span></div>
<br />
<span style="color: #006400;" class="mycode_color">¤<br />
<br />
<br />
Branche : <span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">CULTURE<br />
Rapport Intelligences-Mécaniques : Névée - Sutra - Orgon</span><br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">A l'intention de :</span> M. Jonson - Comité "Arts et fêtes".<br />
<br />
<br />
Aucune existence officielle de la Chimère avérée. <br />
Dossier classé. <br />
<br />
Témoignage Winclaz à prendre en compte. <br />
Dossier Clairet. Implications probables. <br />
<br />
Implication plus grande du Comité "Arts et fêtes" suggérée. <br />
.<br />
Surveillance accrue sur Brigade Spéciale recommandée. Dossiers classés secrets risquent d'être dévoilés. <br />
<br />
<br />
¤<br />
<br />
<br />
Repères exiléens universels : <br />
SHC : 3<br />
RUS : 1<br />
IEI : 2<br />
ATL : 0<br />
Côte d'alerte : <span style="color: blue;" class="mycode_color">basse</span></span>.<br />
<br />
<br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b"><div style="text-align: center;" class="mycode_align">DOSSIER #22</div></span></span><hr class="mycode_hr" />
<div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-family: Book Antiqua;" class="mycode_font"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b"><span style="font-size: large;" class="mycode_size">EXIL<br />
<br />
Qu'il fuie Exil<br />
Le fou, la nuit<br />
Quand la nuit brille<br />
Et l'acier luit<br />
<br />
La neige scintille<br />
Le grand froid luit<br />
Gel sur les villes<br />
Mondes sans bruit<br />
<br />
Forges et Exil<br />
Tristes jumelles<br />
Où s'enfuit-elle<br />
La vie si belle<br />
<br />
Qu'il fuie Exil<br />
Le fou, la nuit<br />
Quand la nuit brille<br />
Et l'acier luit</span></span></span></div><hr class="mycode_hr" /><hr class="mycode_hr" />
<span style="font-family: Georgia;" class="mycode_font"><div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b"><span style="font-size: 5pt;" class="mycode_size">DOSSIER #22</span><br />
<br />
<br />
<span style="font-size: 7pt;" class="mycode_size">MORT D'UN PARFUMEUR CÉLÈBRE</span><br />
<br />
<br />
SHC 3		- RUS 1		- IEI	2		- ATL	0</span></div>
<br />
Il avait parfaitement bien dormi. Il fut réveillé par le chuintement de la bouilloire et l'odeur du café qui lui picotait les narines. Il se leva et alla dans la cuisine, traînant dans ses chaussons. Pendant que le pain grillait, Nelly fumait une cigarette à la fenêtre. Il lui prit et termina de la fumer. <br />
- Tu prends soin de ma santé ? <br />
- Seuls les hommes devraient fumer... <br />
Il était de mauvais poil, inexplicablement. Il s'assit à la table, les cheveux ébouriffés et fit des tartines. <br />
Par la fenêtre, on voyait Gronski sortir sa poubelle et jeter ses déchets dans le canal. Agacé, il donnait un coup de pied à un chat qui voulait croquer les restes de poisson. Il fumait, énervé lui aussi. <br />
Trois garnements du quartier, trois frères, qui traînaient tous les jours sur le chemin de l'école, sortaient la tête basse de chez eux. On entendait encore leur mère leur crier après.<br />
- Tout le monde est de mauvaise humeur aujourd'hui, dit Nelly. <br />
- Oui...<br />
Lui savait maintenant pourquoi il n'avait pas envie de se lever. Il était convoqué au Quai, chez le grand patron. <br />
- Je vais finir de repasser ta chemise. Finis mon café, je n'en veux plus. <br />
- D'accord.<br />
Il avait besoin de sa mauvaise humeur ; c'était pour se mettre dans l'atmosphère; comme le boxeur avant le combat. Vu ce qu'il attendait, il aurait été mal venu d'arriver guilleret... <br />
Il fuma machinalement. Nelly chantonnait devant sa planche. <br />
- Il faudrait peut-être que tu t'habilles...<br />
Il se leva, les épaules lourdes et claqua la porte de la salle de bain. <br />
- Tu es convoqué à quelle heure ?<br />
- Sept heures, dit-il, déjà sous l'eau brûlante. <br />
Nelly accrocha la chemise, le pantalon et la veste à un cintre. Le garçon d'épicerie arrivait avec les commissions. Chaque fois qu'il était reçu par Nelly, il savait qu'il avait plus de chance de recevoir un pourboire. Il s'activait pour ranger les courses, faisait le fanfaron, avait toujours des compliments sur la maison. <br />
- Si j'apprends encore qu'il te fait du gringue, avait dit Antonin un soir, je m'arrange pour qu'il aille dormir avec les poissons. <br />
- Mais que tu es bête ! C'est un gamin...<br />
<br />
Maréchal sortait de la salle d'eau, son blaireau à la main : <br />
- Tiens, notre intrépide livreur est passé ? <br />
- Oui, il n'a pas attendu que tu vienne le saluer, étrangement. <br />
- Je n'aurais pas voulu le refroidir le pauvre garçon...<br />
- Comment ça ?<br />
- Nelly, toi et moi savons, dit Maréchal en se rasant, que tu seras à jamais l'occasion de ses premiers émois d'adolescent. <br />
- Qu'est-ce que tu es bête !... Tiens, j'ai repassé tes affaires. <br />
Il reprit une tasse de café, s'étira. Il soupira puis mit son chapeau, son manteau. Dès lors qu'il avait revêtu ces habits, il n'était plus un simple citoyen. Il était l'inspecteur-chef Maréchal ! Le faisant-office de commissaire de la Brigade Spéciale ! La terreur des mauvais garçons ! Le traqueur de fantômes ! Le fléau des monstruosités nichées dans les recoins de la Cité !... Le fossoyeur des conspirateur de toutes espèces...<br />
- Je vais quand même passer au bureau pour laisser des instructions à mes fainéants de collaborateurs. <br />
- Tu vas être en retard. Laisse-donc un peu tes hommes. Je suis certain qu'ils arriveront à travailler sans toi. <br />
- Ils vont tirer au flanc toute la matinée ! <br />
- Ose dire que tu ne faisais pas pareil à leur âge.<br />
- J'étais un détective modèle !... L'honneur de SÛRETÉ.<br />
- Tu étais le plus doué pour ne pas te faire voir quand tu piquais un somme, oui... <br />
A l'époque, sous l'égide de Novembre, c'était encore les méthodes d'avant-guerre, à la papa. En plus, dans un quartier où tout le monde se connaissait, on n'était pas débordé de travail. Maréchal se souvenait de longues journées à traîner chez Gino, à taper le carton avec l'un ou l'autre souteneur -une façon comme une autre de les avoir à l'oeil. S'il arrivait à Maréchal d'avoir une petite nostalgie pour cette époque heureuse, où l'on était en quelque sorte en famille entre flics et truands, il mesurait tout de même le chemin parcouru. <br />
<br />
La Cité aussi avait changé depuis la guerre. Par comparaison, l'ancienne époque lui paraissait endormie. Depuis l'armistice, les gens étaient sortis de leur torpeur. Ils réclamaient du changement. On parlait de nouvelles expéditions sur Forge, du développement d'une armée de l'air, on parlait de cette nouvelle invention, le kiné-chromatographe, dont Maréchal avait eu la primeur... Pendant des générations, on avait passivement écouté ADMINISTRATION parler de progrès ; aujourd'hui, on le réclamait vraiment. Les gens s'étaient battus pour leur Cité, ils ne voulaient plus y vivoter. Des syndicats se créaient, des clubs, des journaux, des groupes de pression, chacun pressant à la porte d'ADMINISTRATION pour obtenir sa part dans les affaires publiques. <br />
La vieille garde de la Cité, les nobles, les corpolitains les plus réactionnaires, trouvaient cette agitation indécente. <br />
- Vous faites le lit des mouvements d'insurrection ! Vous incitez au désordre, vous donnez un exemple déplorable à la jeunesse ! <br />
- Nous nous contentons de réclamer ce à quoi nous avons droit : du progrès dans tous les domaines, plus de droits, une plus grande participation des citoyens à la marche des affaires publiques. Vous, vous vous arc-boutez sur le passé.<br />
<br />
Le cousin de Maréchal, Gérald, qui avait fait fortune avant-guerre dans la bière, et qui avait au moins triplé sa fortune pendant les périodes de privation, s'était lancé lui aussi en politique. Indirectement, du moins. Il s'en était ouvert, après un déjeuner chez tante Myrtille, quand les hommes discutent dans leur coin, un verre à la main. <br />
- Aujourd'hui, Antonin, on ne peut plus être un capitaine d'industrie comme avant. Il faut beaucoup plus mettre la main à la pâte. <br />
Cela signifiait soigner ses relations, adhérer à un club en vue, donner des réceptions, participer à des oeuvres de charité. Fréquenter des gens aussi respectables en façade que fripouilles par derrière. Gérald avait donné quelques noms à son cousin, qui ne connaissait pas ce monde-là -et s'en méfiait. <br />
- Fais attention où tu mets les pieds, Gérald, avait dit tante Myrtille. Tu vends de la bière, c'est comme ça que tu fais le bonheur des gens. On ne t'en demande pas plus. <br />
- Si, maman, justement. Aujourd'hui, il faut apprendre à soigner son image. <br />
- Ridicule, voyons. Un entrepreneur n'est pas une vedette des planches. Tu n'as pas à te faire connaître du public. <br />
- Ce n'est plus comme avant, maman. <br />
<br />
Toutes ces idées remuaient dans la tête de Maréchal, alors qu'il s'asseyait sur le siège froid du funiculaire. Il avait rendez-vous dans une demi-heure. Arrivé en haut, il eut le temps de s'arrêter à la brasserie pour un café. Quelques collègues lui tapèrent leur l'épaule : <br />
- Comment va, vieux ? <br />
Parmi eux, Lanvin. Depuis leurs pérégrinations mouvementées dans l'affaire Vicari, Maréchal avait gagné le respect de Lanvin, donc bientôt de la Brigade des Rues dans son entier. Cela n'empêchait pas Maréchal de regarder avec condescendance ces gros gaillards chargés de battre le pavé. <br />
- Alors, tu vas chez le chef ? <br />
- Oui, dit Maréchal, quand même pas fâché de boire un verre avec des collègues chaleureux. <br />
- J'y vais aussi, dit Lanvin. <br />
<br />
Les deux inspecteurs sortirent ensemble. Maréchal tournait toujours des pensées diverses dans sa tête. Nelly le trouvait trop routinier. <br />
- Que tu es plan-plan, Antonin ! Le parfait petit fonctionnaire... Tu comptes sur moi pour te faire le café et repasser tes chemises. Toutes les journées se ressemblent. Je ne te parle pas des soirées... On pourrait sortir un peu plus. <br />
Maréchal se demanda brièvement si c'était comme ça aussi chez les Lanvin. Puis il se dit qu'il ne voulait pas comparer son couple au leur ! <br />
Ils passèrent par les bureaux de l'Urbaine. <br />
- Attends-moi une minute. <br />
Lanvin devait s'entretenir avec ses hommes. Il ressortit de son bureau, un gros tas de papiers en main : <br />
- Allons-y, on va être en retard. <br />
Maréchal, sourit, malicieux. Il laissa Lanvin prendre de l'avance, en prétextant de refaire son lacet. Comme il passait près d'une table où s'entassait un nombre considérable de papiers imprimés -nombre d'autant plus étonnant quand on connaissait le niveau d'illettrisme dans l'Urbaine !, il attrapa une grosse liasse, la fourra à la va-vite dans une chemise et la prit sous le bras. Ça ferait plus sérieux. <br />
Quand il arriva devant le bureau du chef, il vit, rassuré et amusé, que chacun des officiers convoqués, l'air très important, avait aussi un gros dossier sous le coude, d'autant plus épais que le grade était élevé. <br />
<br />
Il entrait dans la cour des grands. Ici, on le regardait encore comme un gamin. C'était déjà à peine si Lanvin était pris en considération, alors, lui Maréchal, c'est tout juste s'il n'était pas un inconnu !... <br />
Les gros commissaires se faisaient mousser. Ils parlaient haut et fort, évoquaient leurs tableaux de chasse incroyables, leurs fréquentations avec monsieur le Bourgmestre, toutes les grosses responsabilités... Ils voulaient en mettre plein la vue aux quelques inspecteurs présents. Cela faisait doucement rire Maréchal, et l'attendrissait presque sur ces grands enfants... Parmi le cercle des "huiles", Lehors, qui était le nouveau venu et devait tenir son rang de chef de la plus prestigieuse brigade. On faisait cercle autour de lui pour l'intégrer parmi les patrons. Maréchal n'arrivait pas encore à le voir en commissaire. Pas facile de se glisser dans les habits de Ménard. <br />
Un secrétaire passait servir du café. La porte s'ouvrit : le directeur entrait. Tout le monde fit silence et se leva pour lui serrer la main. <br />
- Bonjour, messieurs, comment allez-vous ? Asseyez-vous, je vous en prie. <br />
Ce n'était pas quelqu'un de si impressionnant. Pas un dur à cuire. Plutôt un homme à diplômes. On le sentait fébrile, comme un courtisan inquiet de sa réputation. Maréchal remarqua dans le coin de la pièce un homme, qui ne s'était pas présenté, et qui regardait tout ce petit monde d'un oeil distant. Ce n'était pas, semblait-il à Maréchal, un homme de Jonson : il y en avait encore deux autres, qui étaient entrés en même temps que le grand patron. <br />
Décidément, on était au théâtre ! <br />
Le directeur prit la parole : <br />
- Messieurs, vous savez pour la plupart pourquoi vous êtes là. Pour ceux qui n'ont pas été bien mis au courant, je vais ré-exposer brièvement les faits : nous allons recevoir sous peu monsieur Winclaz, accompagné de son avocat, maître Laridurière. Vous savez que Winclaz est notre principal témoin pour le démantèlement du marché noir. Son avocat l'a bien compris et compte en profiter. Il a obtenu la protection de son client. Nous sommes ici pour jauger exactement du genre d'informations que Winclaz peut nous apporter. Puis, pour réfléchir ensemble à la meilleure manière de protéger ce témoin. <br />
<br />
Maréchal se retenait de bailler. <br />
- Si les informations que Winclaz peut nous apporter sont à la hauteur de ce qu'annonce son avocat, continua le directeur, cela signifie des coups de filets mémorables en perspective. A ce moment-là, nous aurons bien évidemment besoin de la collaboration de toutes les brigades. La Cité aura les yeux rivés sur nous. <br />
Tous les commissaires hochèrent la tête. Bien sûr que tout le monde allait travailler de bon coeur ensemble, oublier la perpétuelle guéguerre des services et autres rivalités claniques légendaires au sein de la police !<br />
Le secrétaire annonça l'arrivée de Jonson. Maréchal ne se retourna pas quand celui-ci entra, le cigare à la bouche : <br />
- Je vois que vous avez réuni tout le monde, c'est bien, dit-il, comme s'il arrivait chez lui. <br />
Il enlevait ses gants de peau, s'asseyait derrière le bureau sans aucune gêne. <br />
- Le juge n'est pas encore arrivé ? <br />
- Il sera bientôt là, dit le directeur. <br />
On frappait encore. C'était justement le juge, Jonkierr. Il avait passé la cinquantaine et on murmurait que le procès à venir des dirigeants du marché noir serait sa dernière grosse affaire. Il jouait son départ à la retraite, au sommet de sa gloire ou sur un échec retentissant. Il s'assit, affairé, se fit mettre au courant. Poliment, le directeur lui répéta ce qu'il venait de dire. <br />
- Bon, bon, c'est parfait !... Parfait. <br />
Il fixait tour à tour tout le monde dans l'assistance, comme un président de cour d'assise qui attend le silence. <br />
- Oui, je vois que tous les services sont présents. <br />
- Nous sommes en pleine réflexion pour coordonner nos actions. <br />
Le directeur était bien prévenant avec tout le monde, un peu comme un majordome. Il ne parlait pas du tout comme quelqu'un habitué à fréquenter la rue, la violence, les truands. Il était posé, distingué, bien patient. Ses manières agaçaient Lanvin, qui s'efforçait de sourire et d'approuver mais avec trop d'empressement pour que ce soit naturel. <br />
Il faisait chaud dans la pièce. Tout le monde fumait à la chaîne, comme si c'était une question de virilité. Le secrétaire ouvrit la fenêtre, ce qui fit entrer un désagréable souffle d'air aigre. <br />
- Je suis certain que tout le monde aura à coeur de montrer à nos concitoyens le dévouement de TRIBUNAL à la Concorde Sociale, dit le Directeur.<br />
- J'ai ici un document de l'avocat de Winclaz, dit Jonson. Maître Laridurière demande que son client ne soit plus détenu au quai. Il veut non seulement une protection mais un environnement plus sain pour lui. Il a réussi à obtenir un certificat médical. <br />
- Sans rire, dit le chef de la brigade des Moeurs, il veut quoi Winclaz ? Une chambre dans un palace ?<br />
- Pas loin, dit Jonson. En tout cas, quelque chose de mieux que sa cellule de la brigade des rues. <br />
Lanvin et son commissaire haussèrent les épaules. Allons, qui pouvait se plaindre du confort du mitard de l'Urbaine ? C'était rustique, mais tout à fait vivable ! <br />
C'était le monde à l'envers si les prévenus commençaient à imposer leurs exigences à l'institution ! <br />
- De toute évidence, nous allons devoir faire un effort de ce côté, dit le directeur. Messieurs, j'attends vos idées pour reloger Winclaz. <br />
Il y eut un murmure général. Tout le monde voulait se faire bien voir. <br />
- Une chambre à l'<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Ange de Cuivre</span> ?<br />
- Dans le grenier d'un service d'ADMINISTRATION ? <br />
- Une suite au Pandémonium ?<br />
- Dans une cellule de la Financière ?<br />
<br />
Les propositions affluaient. Le directeur, patiemment, un rien paternaliste, demanda le calme :<br />
- Messieurs, nous avons plein d'idées mais il va falloir choisir. <br />
Jonson intervint à ce moment, et sa réponse claqua comme un fouet : <br />
- Et pourquoi à Névise, à côté de la Brigade Spéciale ?<br />
Le silence s'était fait. Tout le monde se tourna vers Maréchal. Le directeur le regarda avec son plus affable sourire : <br />
- Hé bien, cela me semble parfait, inspecteur Maréchal. C'est un quartier en retrait, mais à deux pas d'ici. Vraiment, je trouve l'idée très bonne. <br />
Murmure d'approbation générale, et regards hypocritement bienveillants à l'inspecteur. Celui-ci, pétrifié, le sang retourné, s'efforça de faire bonne figure. <br />
<br />
C'était la catastrophe ! On lui volait sa tranquillité ! Névise allait devenir le centre de l'attention, attirer une foule de curieux et de casse-pieds ! <br />
- Les bureaux de notre Brigade ne sont pas grands, dit juste Maréchal. <br />
- Non, reprit Jonson, mais votre quartier abrite nombre de vieux palais. Il suffira de réaménager une pièce dans l'un d'eux et Winclaz y sera comme un coq en pâte. <br />
- Évidemment, je n'y avais pas pensé...<br />
- C'est parfait, dit le directeur. Je vais faire parlophoner immédiatement à VOIRIE pour lancer les travaux. Devant notre empressement à lui complaire, maître Laridurière ne pourra qu'être satisfait. Je suis certain que cela va grandement nous attirer les faveurs de Winclaz. <br />
Il était si heureux que ce petit problème soit résolu ! <br />
- Les jours de la Chimère sont comptés, lança Lehors. <br />
- J'aimerais, s'il vous plaît, dit le juge du tac-au-tac, que ce mot ne soit pas employé. Il appartient au folklore de la rue, pas au vocabulaire d'une enquête criminelle. <br />
- Très bien...<br />
Lehors avait rougi. Pas terrible pour ses débuts de commissaire... Le juge en prit conscience et lui passa de la pommade : <br />
- Je comprends bien qu'à côté des termes officiels, il y ait le jargon de la Maison, mais de grâce, gardons ce terme entre nous. Les journaux vont suffisamment s'en emparer sans que nous en rajoutions... Donc souvenez-vous en tous : aucun emploi de ce nom dans vos communications à la presse. <br />
Tout le monde approuva tacitement. <br />
- Ma foi, messieurs, nous avons bien avancé, dit le Directeur en se levant. Monsieur le juge et moi-même allons recevoir maître Laridurière et le tenir au courant de nos résolutions. Merci à tous. <br />
<br />
Tout le monde se leva, rouge, transpirant. L'air frais du couloir fit le plus grand bien à tout le monde. <br />
Maréchal partait, les épaules lourdes. Il avait même oublié ses pseudos-dossiers sur la table. <br />
- Te voilà sur la sellette, lui dit Lanvin avec une tape sur l'épaule. <br />
- Ne m'en parle pas. <br />
C'était vraiment la guigne ! <br />
Petite consolation, quand il repassa par les bureaux de l'Urbaine, il vit un détective qui s'agitait en tous sens pour retrouver les dossiers qu'il avait posés sur la table du couloir, et qui avaient mystérieusement disparu ! Un inspecteur lui gueulait du bout du couloir de se dépêcher de les retrouver. <br />
- Viens, dit Lanvin, je t'invite. <br />
Ce n'était pas de refus. <br />
<br />
Les deux collègues s'assirent à la brasserie dans leur coin habituel. <br />
- Deux menus du jour, dit Lanvin, et un pichet de rouge. <br />
Ils restèrent un moment silencieux, dans le brouhaha des conversations et des couverts. Ils repensaient à la réunion. <br />
- Ouais, on va attaquer le gros oeuvre, dit Lanvin en piquant dans sa salade. <br />
- Tu veux que j'aille refaire la charpente et la plomberie ?<br />
- Tu vas devoir chouchouter Winclaz dans son beau palais. Mais je ne parlais pas de ça...<br />
- J'avais compris... Il y avait tout le gratin à cette réunion. Le grand chef, le juge, Jonson... Tiens, qui c'était le type dans le coin, qui n'a pas dit un mot ?<br />
Lanvin répondit assez bas, entre deux cuillères de soupe du pêcheur : <br />
- Un politicard. <br />
- Un type du Consistoire Externe ?<br />
- Oui...<br />
On sentait que Lanvin n'aimait pas parler de cela. <br />
- Nous voilà bien. <br />
- Tout le monde a les yeux braqués sur nous, Maréchal. On n'a pas le droit de se louper, sinon on est bons pour finir notre carrière aux archives. <br />
- Plutôt rempiler pour l'armée. <br />
- Oui, ils paraît qu'ils manquent de bras sur le front kargarlien, pour reconstruire les murs d'enceinte des stalags. <br />
- Ne m'en parle pas.<br />
Le patron vint leur serrer la main : <br />
- Un petit digestif, messieurs ? <br />
- Non, merci, dit Maréchal. Il ne faut pas que je somnole cette après-midi. <br />
<br />
Il salua Lanvin, qui avait en perspective une fin de journée à relire des rapports. Dans le funiculaire, Maréchal élabora une dizaine de plans pour exécuter Jonson sans laisser de traces. </span>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<span style="font-family: Lucida Sans Unicode;" class="mycode_font"><div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">Exil #22</span></div>
<br />
<span style="color: #006400;" class="mycode_color">¤<br />
<br />
<br />
Branche : <span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">CULTURE<br />
Rapport Intelligences-Mécaniques : Névée - Sutra - Orgon</span><br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">A l'intention de :</span> M. Jonson - Comité "Arts et fêtes".<br />
<br />
<br />
Aucune existence officielle de la Chimère avérée. <br />
Dossier classé. <br />
<br />
Témoignage Winclaz à prendre en compte. <br />
Dossier Clairet. Implications probables. <br />
<br />
Implication plus grande du Comité "Arts et fêtes" suggérée. <br />
.<br />
Surveillance accrue sur Brigade Spéciale recommandée. Dossiers classés secrets risquent d'être dévoilés. <br />
<br />
<br />
¤<br />
<br />
<br />
Repères exiléens universels : <br />
SHC : 3<br />
RUS : 1<br />
IEI : 2<br />
ATL : 0<br />
Côte d'alerte : <span style="color: blue;" class="mycode_color">basse</span></span>.<br />
<br />
<br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b"><div style="text-align: center;" class="mycode_align">DOSSIER #22</div></span></span><hr class="mycode_hr" />
<div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-family: Book Antiqua;" class="mycode_font"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b"><span style="font-size: large;" class="mycode_size">EXIL<br />
<br />
Qu'il fuie Exil<br />
Le fou, la nuit<br />
Quand la nuit brille<br />
Et l'acier luit<br />
<br />
La neige scintille<br />
Le grand froid luit<br />
Gel sur les villes<br />
Mondes sans bruit<br />
<br />
Forges et Exil<br />
Tristes jumelles<br />
Où s'enfuit-elle<br />
La vie si belle<br />
<br />
Qu'il fuie Exil<br />
Le fou, la nuit<br />
Quand la nuit brille<br />
Et l'acier luit</span></span></span></div><hr class="mycode_hr" /><hr class="mycode_hr" />
<span style="font-family: Georgia;" class="mycode_font"><div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b"><span style="font-size: 5pt;" class="mycode_size">DOSSIER #22</span><br />
<br />
<br />
<span style="font-size: 7pt;" class="mycode_size">MORT D'UN PARFUMEUR CÉLÈBRE</span><br />
<br />
<br />
SHC 3		- RUS 1		- IEI	2		- ATL	0</span></div>
<br />
Il avait parfaitement bien dormi. Il fut réveillé par le chuintement de la bouilloire et l'odeur du café qui lui picotait les narines. Il se leva et alla dans la cuisine, traînant dans ses chaussons. Pendant que le pain grillait, Nelly fumait une cigarette à la fenêtre. Il lui prit et termina de la fumer. <br />
- Tu prends soin de ma santé ? <br />
- Seuls les hommes devraient fumer... <br />
Il était de mauvais poil, inexplicablement. Il s'assit à la table, les cheveux ébouriffés et fit des tartines. <br />
Par la fenêtre, on voyait Gronski sortir sa poubelle et jeter ses déchets dans le canal. Agacé, il donnait un coup de pied à un chat qui voulait croquer les restes de poisson. Il fumait, énervé lui aussi. <br />
Trois garnements du quartier, trois frères, qui traînaient tous les jours sur le chemin de l'école, sortaient la tête basse de chez eux. On entendait encore leur mère leur crier après.<br />
- Tout le monde est de mauvaise humeur aujourd'hui, dit Nelly. <br />
- Oui...<br />
Lui savait maintenant pourquoi il n'avait pas envie de se lever. Il était convoqué au Quai, chez le grand patron. <br />
- Je vais finir de repasser ta chemise. Finis mon café, je n'en veux plus. <br />
- D'accord.<br />
Il avait besoin de sa mauvaise humeur ; c'était pour se mettre dans l'atmosphère; comme le boxeur avant le combat. Vu ce qu'il attendait, il aurait été mal venu d'arriver guilleret... <br />
Il fuma machinalement. Nelly chantonnait devant sa planche. <br />
- Il faudrait peut-être que tu t'habilles...<br />
Il se leva, les épaules lourdes et claqua la porte de la salle de bain. <br />
- Tu es convoqué à quelle heure ?<br />
- Sept heures, dit-il, déjà sous l'eau brûlante. <br />
Nelly accrocha la chemise, le pantalon et la veste à un cintre. Le garçon d'épicerie arrivait avec les commissions. Chaque fois qu'il était reçu par Nelly, il savait qu'il avait plus de chance de recevoir un pourboire. Il s'activait pour ranger les courses, faisait le fanfaron, avait toujours des compliments sur la maison. <br />
- Si j'apprends encore qu'il te fait du gringue, avait dit Antonin un soir, je m'arrange pour qu'il aille dormir avec les poissons. <br />
- Mais que tu es bête ! C'est un gamin...<br />
<br />
Maréchal sortait de la salle d'eau, son blaireau à la main : <br />
- Tiens, notre intrépide livreur est passé ? <br />
- Oui, il n'a pas attendu que tu vienne le saluer, étrangement. <br />
- Je n'aurais pas voulu le refroidir le pauvre garçon...<br />
- Comment ça ?<br />
- Nelly, toi et moi savons, dit Maréchal en se rasant, que tu seras à jamais l'occasion de ses premiers émois d'adolescent. <br />
- Qu'est-ce que tu es bête !... Tiens, j'ai repassé tes affaires. <br />
Il reprit une tasse de café, s'étira. Il soupira puis mit son chapeau, son manteau. Dès lors qu'il avait revêtu ces habits, il n'était plus un simple citoyen. Il était l'inspecteur-chef Maréchal ! Le faisant-office de commissaire de la Brigade Spéciale ! La terreur des mauvais garçons ! Le traqueur de fantômes ! Le fléau des monstruosités nichées dans les recoins de la Cité !... Le fossoyeur des conspirateur de toutes espèces...<br />
- Je vais quand même passer au bureau pour laisser des instructions à mes fainéants de collaborateurs. <br />
- Tu vas être en retard. Laisse-donc un peu tes hommes. Je suis certain qu'ils arriveront à travailler sans toi. <br />
- Ils vont tirer au flanc toute la matinée ! <br />
- Ose dire que tu ne faisais pas pareil à leur âge.<br />
- J'étais un détective modèle !... L'honneur de SÛRETÉ.<br />
- Tu étais le plus doué pour ne pas te faire voir quand tu piquais un somme, oui... <br />
A l'époque, sous l'égide de Novembre, c'était encore les méthodes d'avant-guerre, à la papa. En plus, dans un quartier où tout le monde se connaissait, on n'était pas débordé de travail. Maréchal se souvenait de longues journées à traîner chez Gino, à taper le carton avec l'un ou l'autre souteneur -une façon comme une autre de les avoir à l'oeil. S'il arrivait à Maréchal d'avoir une petite nostalgie pour cette époque heureuse, où l'on était en quelque sorte en famille entre flics et truands, il mesurait tout de même le chemin parcouru. <br />
<br />
La Cité aussi avait changé depuis la guerre. Par comparaison, l'ancienne époque lui paraissait endormie. Depuis l'armistice, les gens étaient sortis de leur torpeur. Ils réclamaient du changement. On parlait de nouvelles expéditions sur Forge, du développement d'une armée de l'air, on parlait de cette nouvelle invention, le kiné-chromatographe, dont Maréchal avait eu la primeur... Pendant des générations, on avait passivement écouté ADMINISTRATION parler de progrès ; aujourd'hui, on le réclamait vraiment. Les gens s'étaient battus pour leur Cité, ils ne voulaient plus y vivoter. Des syndicats se créaient, des clubs, des journaux, des groupes de pression, chacun pressant à la porte d'ADMINISTRATION pour obtenir sa part dans les affaires publiques. <br />
La vieille garde de la Cité, les nobles, les corpolitains les plus réactionnaires, trouvaient cette agitation indécente. <br />
- Vous faites le lit des mouvements d'insurrection ! Vous incitez au désordre, vous donnez un exemple déplorable à la jeunesse ! <br />
- Nous nous contentons de réclamer ce à quoi nous avons droit : du progrès dans tous les domaines, plus de droits, une plus grande participation des citoyens à la marche des affaires publiques. Vous, vous vous arc-boutez sur le passé.<br />
<br />
Le cousin de Maréchal, Gérald, qui avait fait fortune avant-guerre dans la bière, et qui avait au moins triplé sa fortune pendant les périodes de privation, s'était lancé lui aussi en politique. Indirectement, du moins. Il s'en était ouvert, après un déjeuner chez tante Myrtille, quand les hommes discutent dans leur coin, un verre à la main. <br />
- Aujourd'hui, Antonin, on ne peut plus être un capitaine d'industrie comme avant. Il faut beaucoup plus mettre la main à la pâte. <br />
Cela signifiait soigner ses relations, adhérer à un club en vue, donner des réceptions, participer à des oeuvres de charité. Fréquenter des gens aussi respectables en façade que fripouilles par derrière. Gérald avait donné quelques noms à son cousin, qui ne connaissait pas ce monde-là -et s'en méfiait. <br />
- Fais attention où tu mets les pieds, Gérald, avait dit tante Myrtille. Tu vends de la bière, c'est comme ça que tu fais le bonheur des gens. On ne t'en demande pas plus. <br />
- Si, maman, justement. Aujourd'hui, il faut apprendre à soigner son image. <br />
- Ridicule, voyons. Un entrepreneur n'est pas une vedette des planches. Tu n'as pas à te faire connaître du public. <br />
- Ce n'est plus comme avant, maman. <br />
<br />
Toutes ces idées remuaient dans la tête de Maréchal, alors qu'il s'asseyait sur le siège froid du funiculaire. Il avait rendez-vous dans une demi-heure. Arrivé en haut, il eut le temps de s'arrêter à la brasserie pour un café. Quelques collègues lui tapèrent leur l'épaule : <br />
- Comment va, vieux ? <br />
Parmi eux, Lanvin. Depuis leurs pérégrinations mouvementées dans l'affaire Vicari, Maréchal avait gagné le respect de Lanvin, donc bientôt de la Brigade des Rues dans son entier. Cela n'empêchait pas Maréchal de regarder avec condescendance ces gros gaillards chargés de battre le pavé. <br />
- Alors, tu vas chez le chef ? <br />
- Oui, dit Maréchal, quand même pas fâché de boire un verre avec des collègues chaleureux. <br />
- J'y vais aussi, dit Lanvin. <br />
<br />
Les deux inspecteurs sortirent ensemble. Maréchal tournait toujours des pensées diverses dans sa tête. Nelly le trouvait trop routinier. <br />
- Que tu es plan-plan, Antonin ! Le parfait petit fonctionnaire... Tu comptes sur moi pour te faire le café et repasser tes chemises. Toutes les journées se ressemblent. Je ne te parle pas des soirées... On pourrait sortir un peu plus. <br />
Maréchal se demanda brièvement si c'était comme ça aussi chez les Lanvin. Puis il se dit qu'il ne voulait pas comparer son couple au leur ! <br />
Ils passèrent par les bureaux de l'Urbaine. <br />
- Attends-moi une minute. <br />
Lanvin devait s'entretenir avec ses hommes. Il ressortit de son bureau, un gros tas de papiers en main : <br />
- Allons-y, on va être en retard. <br />
Maréchal, sourit, malicieux. Il laissa Lanvin prendre de l'avance, en prétextant de refaire son lacet. Comme il passait près d'une table où s'entassait un nombre considérable de papiers imprimés -nombre d'autant plus étonnant quand on connaissait le niveau d'illettrisme dans l'Urbaine !, il attrapa une grosse liasse, la fourra à la va-vite dans une chemise et la prit sous le bras. Ça ferait plus sérieux. <br />
Quand il arriva devant le bureau du chef, il vit, rassuré et amusé, que chacun des officiers convoqués, l'air très important, avait aussi un gros dossier sous le coude, d'autant plus épais que le grade était élevé. <br />
<br />
Il entrait dans la cour des grands. Ici, on le regardait encore comme un gamin. C'était déjà à peine si Lanvin était pris en considération, alors, lui Maréchal, c'est tout juste s'il n'était pas un inconnu !... <br />
Les gros commissaires se faisaient mousser. Ils parlaient haut et fort, évoquaient leurs tableaux de chasse incroyables, leurs fréquentations avec monsieur le Bourgmestre, toutes les grosses responsabilités... Ils voulaient en mettre plein la vue aux quelques inspecteurs présents. Cela faisait doucement rire Maréchal, et l'attendrissait presque sur ces grands enfants... Parmi le cercle des "huiles", Lehors, qui était le nouveau venu et devait tenir son rang de chef de la plus prestigieuse brigade. On faisait cercle autour de lui pour l'intégrer parmi les patrons. Maréchal n'arrivait pas encore à le voir en commissaire. Pas facile de se glisser dans les habits de Ménard. <br />
Un secrétaire passait servir du café. La porte s'ouvrit : le directeur entrait. Tout le monde fit silence et se leva pour lui serrer la main. <br />
- Bonjour, messieurs, comment allez-vous ? Asseyez-vous, je vous en prie. <br />
Ce n'était pas quelqu'un de si impressionnant. Pas un dur à cuire. Plutôt un homme à diplômes. On le sentait fébrile, comme un courtisan inquiet de sa réputation. Maréchal remarqua dans le coin de la pièce un homme, qui ne s'était pas présenté, et qui regardait tout ce petit monde d'un oeil distant. Ce n'était pas, semblait-il à Maréchal, un homme de Jonson : il y en avait encore deux autres, qui étaient entrés en même temps que le grand patron. <br />
Décidément, on était au théâtre ! <br />
Le directeur prit la parole : <br />
- Messieurs, vous savez pour la plupart pourquoi vous êtes là. Pour ceux qui n'ont pas été bien mis au courant, je vais ré-exposer brièvement les faits : nous allons recevoir sous peu monsieur Winclaz, accompagné de son avocat, maître Laridurière. Vous savez que Winclaz est notre principal témoin pour le démantèlement du marché noir. Son avocat l'a bien compris et compte en profiter. Il a obtenu la protection de son client. Nous sommes ici pour jauger exactement du genre d'informations que Winclaz peut nous apporter. Puis, pour réfléchir ensemble à la meilleure manière de protéger ce témoin. <br />
<br />
Maréchal se retenait de bailler. <br />
- Si les informations que Winclaz peut nous apporter sont à la hauteur de ce qu'annonce son avocat, continua le directeur, cela signifie des coups de filets mémorables en perspective. A ce moment-là, nous aurons bien évidemment besoin de la collaboration de toutes les brigades. La Cité aura les yeux rivés sur nous. <br />
Tous les commissaires hochèrent la tête. Bien sûr que tout le monde allait travailler de bon coeur ensemble, oublier la perpétuelle guéguerre des services et autres rivalités claniques légendaires au sein de la police !<br />
Le secrétaire annonça l'arrivée de Jonson. Maréchal ne se retourna pas quand celui-ci entra, le cigare à la bouche : <br />
- Je vois que vous avez réuni tout le monde, c'est bien, dit-il, comme s'il arrivait chez lui. <br />
Il enlevait ses gants de peau, s'asseyait derrière le bureau sans aucune gêne. <br />
- Le juge n'est pas encore arrivé ? <br />
- Il sera bientôt là, dit le directeur. <br />
On frappait encore. C'était justement le juge, Jonkierr. Il avait passé la cinquantaine et on murmurait que le procès à venir des dirigeants du marché noir serait sa dernière grosse affaire. Il jouait son départ à la retraite, au sommet de sa gloire ou sur un échec retentissant. Il s'assit, affairé, se fit mettre au courant. Poliment, le directeur lui répéta ce qu'il venait de dire. <br />
- Bon, bon, c'est parfait !... Parfait. <br />
Il fixait tour à tour tout le monde dans l'assistance, comme un président de cour d'assise qui attend le silence. <br />
- Oui, je vois que tous les services sont présents. <br />
- Nous sommes en pleine réflexion pour coordonner nos actions. <br />
Le directeur était bien prévenant avec tout le monde, un peu comme un majordome. Il ne parlait pas du tout comme quelqu'un habitué à fréquenter la rue, la violence, les truands. Il était posé, distingué, bien patient. Ses manières agaçaient Lanvin, qui s'efforçait de sourire et d'approuver mais avec trop d'empressement pour que ce soit naturel. <br />
Il faisait chaud dans la pièce. Tout le monde fumait à la chaîne, comme si c'était une question de virilité. Le secrétaire ouvrit la fenêtre, ce qui fit entrer un désagréable souffle d'air aigre. <br />
- Je suis certain que tout le monde aura à coeur de montrer à nos concitoyens le dévouement de TRIBUNAL à la Concorde Sociale, dit le Directeur.<br />
- J'ai ici un document de l'avocat de Winclaz, dit Jonson. Maître Laridurière demande que son client ne soit plus détenu au quai. Il veut non seulement une protection mais un environnement plus sain pour lui. Il a réussi à obtenir un certificat médical. <br />
- Sans rire, dit le chef de la brigade des Moeurs, il veut quoi Winclaz ? Une chambre dans un palace ?<br />
- Pas loin, dit Jonson. En tout cas, quelque chose de mieux que sa cellule de la brigade des rues. <br />
Lanvin et son commissaire haussèrent les épaules. Allons, qui pouvait se plaindre du confort du mitard de l'Urbaine ? C'était rustique, mais tout à fait vivable ! <br />
C'était le monde à l'envers si les prévenus commençaient à imposer leurs exigences à l'institution ! <br />
- De toute évidence, nous allons devoir faire un effort de ce côté, dit le directeur. Messieurs, j'attends vos idées pour reloger Winclaz. <br />
Il y eut un murmure général. Tout le monde voulait se faire bien voir. <br />
- Une chambre à l'<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Ange de Cuivre</span> ?<br />
- Dans le grenier d'un service d'ADMINISTRATION ? <br />
- Une suite au Pandémonium ?<br />
- Dans une cellule de la Financière ?<br />
<br />
Les propositions affluaient. Le directeur, patiemment, un rien paternaliste, demanda le calme :<br />
- Messieurs, nous avons plein d'idées mais il va falloir choisir. <br />
Jonson intervint à ce moment, et sa réponse claqua comme un fouet : <br />
- Et pourquoi à Névise, à côté de la Brigade Spéciale ?<br />
Le silence s'était fait. Tout le monde se tourna vers Maréchal. Le directeur le regarda avec son plus affable sourire : <br />
- Hé bien, cela me semble parfait, inspecteur Maréchal. C'est un quartier en retrait, mais à deux pas d'ici. Vraiment, je trouve l'idée très bonne. <br />
Murmure d'approbation générale, et regards hypocritement bienveillants à l'inspecteur. Celui-ci, pétrifié, le sang retourné, s'efforça de faire bonne figure. <br />
<br />
C'était la catastrophe ! On lui volait sa tranquillité ! Névise allait devenir le centre de l'attention, attirer une foule de curieux et de casse-pieds ! <br />
- Les bureaux de notre Brigade ne sont pas grands, dit juste Maréchal. <br />
- Non, reprit Jonson, mais votre quartier abrite nombre de vieux palais. Il suffira de réaménager une pièce dans l'un d'eux et Winclaz y sera comme un coq en pâte. <br />
- Évidemment, je n'y avais pas pensé...<br />
- C'est parfait, dit le directeur. Je vais faire parlophoner immédiatement à VOIRIE pour lancer les travaux. Devant notre empressement à lui complaire, maître Laridurière ne pourra qu'être satisfait. Je suis certain que cela va grandement nous attirer les faveurs de Winclaz. <br />
Il était si heureux que ce petit problème soit résolu ! <br />
- Les jours de la Chimère sont comptés, lança Lehors. <br />
- J'aimerais, s'il vous plaît, dit le juge du tac-au-tac, que ce mot ne soit pas employé. Il appartient au folklore de la rue, pas au vocabulaire d'une enquête criminelle. <br />
- Très bien...<br />
Lehors avait rougi. Pas terrible pour ses débuts de commissaire... Le juge en prit conscience et lui passa de la pommade : <br />
- Je comprends bien qu'à côté des termes officiels, il y ait le jargon de la Maison, mais de grâce, gardons ce terme entre nous. Les journaux vont suffisamment s'en emparer sans que nous en rajoutions... Donc souvenez-vous en tous : aucun emploi de ce nom dans vos communications à la presse. <br />
Tout le monde approuva tacitement. <br />
- Ma foi, messieurs, nous avons bien avancé, dit le Directeur en se levant. Monsieur le juge et moi-même allons recevoir maître Laridurière et le tenir au courant de nos résolutions. Merci à tous. <br />
<br />
Tout le monde se leva, rouge, transpirant. L'air frais du couloir fit le plus grand bien à tout le monde. <br />
Maréchal partait, les épaules lourdes. Il avait même oublié ses pseudos-dossiers sur la table. <br />
- Te voilà sur la sellette, lui dit Lanvin avec une tape sur l'épaule. <br />
- Ne m'en parle pas. <br />
C'était vraiment la guigne ! <br />
Petite consolation, quand il repassa par les bureaux de l'Urbaine, il vit un détective qui s'agitait en tous sens pour retrouver les dossiers qu'il avait posés sur la table du couloir, et qui avaient mystérieusement disparu ! Un inspecteur lui gueulait du bout du couloir de se dépêcher de les retrouver. <br />
- Viens, dit Lanvin, je t'invite. <br />
Ce n'était pas de refus. <br />
<br />
Les deux collègues s'assirent à la brasserie dans leur coin habituel. <br />
- Deux menus du jour, dit Lanvin, et un pichet de rouge. <br />
Ils restèrent un moment silencieux, dans le brouhaha des conversations et des couverts. Ils repensaient à la réunion. <br />
- Ouais, on va attaquer le gros oeuvre, dit Lanvin en piquant dans sa salade. <br />
- Tu veux que j'aille refaire la charpente et la plomberie ?<br />
- Tu vas devoir chouchouter Winclaz dans son beau palais. Mais je ne parlais pas de ça...<br />
- J'avais compris... Il y avait tout le gratin à cette réunion. Le grand chef, le juge, Jonson... Tiens, qui c'était le type dans le coin, qui n'a pas dit un mot ?<br />
Lanvin répondit assez bas, entre deux cuillères de soupe du pêcheur : <br />
- Un politicard. <br />
- Un type du Consistoire Externe ?<br />
- Oui...<br />
On sentait que Lanvin n'aimait pas parler de cela. <br />
- Nous voilà bien. <br />
- Tout le monde a les yeux braqués sur nous, Maréchal. On n'a pas le droit de se louper, sinon on est bons pour finir notre carrière aux archives. <br />
- Plutôt rempiler pour l'armée. <br />
- Oui, ils paraît qu'ils manquent de bras sur le front kargarlien, pour reconstruire les murs d'enceinte des stalags. <br />
- Ne m'en parle pas.<br />
Le patron vint leur serrer la main : <br />
- Un petit digestif, messieurs ? <br />
- Non, merci, dit Maréchal. Il ne faut pas que je somnole cette après-midi. <br />
<br />
Il salua Lanvin, qui avait en perspective une fin de journée à relire des rapports. Dans le funiculaire, Maréchal élabora une dizaine de plans pour exécuter Jonson sans laisser de traces. </span>]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Dossier #21 : Les ruines]]></title>
			<link>http://forum.chezseb.ovh/showthread.php?tid=1237</link>
			<pubDate>Thu, 26 Apr 2012 09:13:24 +0000</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="http://forum.chezseb.ovh/member.php?action=profile&uid=3">Darth Nico</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">http://forum.chezseb.ovh/showthread.php?tid=1237</guid>
			<description><![CDATA[<span style="font-family: Lucida Sans Unicode;" class="mycode_font"><div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">Exil #21</span></div>
<br />
<span style="color: #006400;" class="mycode_color">¤<br />
<br />
<br />
Branche : <span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">CULTURE<br />
Rapport Intelligences-Mécaniques : Névée - Sutra - Orgon</span><br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">A l'intention de :</span> M. Jonson - Comité "Arts et fêtes".<br />
<br />
<br />
Clan Vicari. <br />
Personne visée : Fabio Vicari. <br />
<br />
Instabilité psycho-émotionnelle aggravée constatée chez le fonctionnaire de police Gustave Faivre. <br />
Atteintes répétées au règlement et au code d'honneur des membres de SÛRETÉ. <br />
Risques accrus de rébellion contre la Concorde Sociale. <br />
<br />
Suggérons : internement d'urgence en milieu hospitalier spécialisé. <br />
.<br />
<br />
<br />
<br />
¤<br />
<br />
<br />
Repères exiléens universels : <br />
SHC : 1<br />
RUS : 0<br />
IEI : 1<br />
ATL : 0<br />
Côte d'alerte : <span style="color: blue;" class="mycode_color">basse</span>.<br />
<br />
</span><br />
<br />
<br />
<div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">DOSSIER #21</span></div></span><br />
<br />
<br />
<div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-family: Book Antiqua;" class="mycode_font"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b"><span style="font-size: large;" class="mycode_size">EXIL<br />
<br />
Qu'il fuie Exil<br />
Le fou, la nuit<br />
Quand la nuit brille<br />
Et l'acier luit<br />
<br />
La neige scintille<br />
Le grand froid luit<br />
Gel sur les villes<br />
Mondes sans bruit<br />
<br />
Forges et Exil<br />
Tristes jumelles<br />
Où s'enfuit-elle<br />
La vie si belle<br />
<br />
Qu'il fuie Exil<br />
Le fou, la nuit<br />
Quand la nuit brille<br />
Et l'acier luit</span></span></span></div><hr class="mycode_hr" />
<br />
<br />
<span style="font-family: Georgia;" class="mycode_font"><div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b"><span style="font-size: 5pt;" class="mycode_size">DOSSIER #21</span><br />
<br />
<br />
<span style="font-size: 7pt;" class="mycode_size">LES RUINES</span><br />
<br />
<br />
SHC 1		- RUS 0		- IEI	1		- ATL	0</span></div>
<br />
<br />
- Tu sais, parfois, je me dis que je ferais mieux de tout plaquer...<br />
Maréchal remplit encore son verre. <br />
- La corruption dans cette Cité atteint des proportions qu'on n'imagine pas. <br />
Il vida l'alcool orangé et resta à contempler la fenêtre ouverte sur les quais. <br />
Nelly, appuyée contre l'évier, l'écoutait, soucieuse. <br />
- Tu m'as l'air de faire une mauvaise déprime toi...<br />
- On traverse un sacré coup de tabac, oui...<br />
Maréchal, on le sait bien, n'aimait ni la mer ni les marins, mais l'expression était appropriée. <br />
- Tu aurais peut-être besoin de vacances ? <br />
Maréchal maugréa. Ce n'était pas un vocabulaire qui faisait partie du langage de SÛRETÉ. Surtout pas en ce moment. <br />
- On a des gros durs sur les bras ces temps-ci. Ce n'est pas le moment de partir à la pêche. <br />
Nelly finit la vaisselle pendant que Maréchal se resservait à boire. Il but et reposa le verre d'un coup sec. <br />
- Si ce n'était que la police, tiens... Mais c'est la Cité qui est atteinte ! La gangrène a pris et va remonter !... A moins qu'elle ne parte de la tête...<br />
Il bâilla très fort, se frotta les yeux. <br />
- Tu es vraiment à ramasser à la petite cuillère, dit Nelly. Je vais te faire couler un bain et ensuite, tu iras dormir. Tu as besoin de te détendre. Je vais te sortir la boîte de cigares envoyés par ta tante si tu veux...<br />
Maréchal se leva, les jambes lourdes et se traîna vers le canapé du séjour, où il s'affala. Il alluma le poste de radio, qui était à moitié détraqué. <br />
- On ne sait même pas qui dirige vraiment cette Cité, avait dit Faivre. <br />
- Un fonctionnaire de police n'a pas à demander cela, avait répondu Maréchal. <br />
- Non mais sans rire, qui est en haut d'ADMINISTRATION ? Vous vous êtes déjà posé la question !<br />
- Nous ne sommes pas payés pour nous poser ce genre de questions, inspecteur !<br />
Il avait alors ressorti un carton de vieux dossiers à remplir d'urgence, pour noyer Faivre sous le travail. Il avait perçu le regard inquiet de Clarine. <br />
- Il ne va pas bien en ce moment, hein...<br />
- Non, pas très bien.<br />
Maréchal avait répondu sèchement. <br />
<br />
Nelly lui fit couler un bain. Maréchal s'enfonça dans l'eau brûlante.<br />
- Un jour, je vais tout plaquer tiens...<br />
Il dut somnoler un moment dans les vapeurs mousseuses. Nelly entra et l'aida à sortir.  Elle le mit d'autorité au lit. Il dormit profondément, se réveilla, passa sous une douche froide. Il se sentait mieux. Dire ce qu'il avait sur le coeur lui avait fait du bien. Aujourd'hui, il voulait passer à autre chose. <br />
- Ce soir, on va au restaurant, décida-t-il. <br />
- Ah oui, où ça ?<br />
- Tu choisis et tu me dis. <br />
- D'accord. C'est toi qui régales ? <br />
- Bien sûr, dit-il en mettant son chapeau. <br />
<br />
Il se sentait en confiance, prêt pour repartir du bon pied. <br />
Il ignorait que Nelly guettait son départ à la fenêtre et que, lorsqu'il fut au bureau, elle prit ses affaires comme si elle allait au marché, mais bifurqua dans le dédales des ruelles du quartier et partit vers l'entrepôt où elle gardait l'armure de Penthésilée. <br />
<br />
<br />
¤<br />
<br />
</span>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<span style="font-family: Lucida Sans Unicode;" class="mycode_font"><div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">Exil #21</span></div>
<br />
<span style="color: #006400;" class="mycode_color">¤<br />
<br />
<br />
Branche : <span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">CULTURE<br />
Rapport Intelligences-Mécaniques : Névée - Sutra - Orgon</span><br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">A l'intention de :</span> M. Jonson - Comité "Arts et fêtes".<br />
<br />
<br />
Clan Vicari. <br />
Personne visée : Fabio Vicari. <br />
<br />
Instabilité psycho-émotionnelle aggravée constatée chez le fonctionnaire de police Gustave Faivre. <br />
Atteintes répétées au règlement et au code d'honneur des membres de SÛRETÉ. <br />
Risques accrus de rébellion contre la Concorde Sociale. <br />
<br />
Suggérons : internement d'urgence en milieu hospitalier spécialisé. <br />
.<br />
<br />
<br />
<br />
¤<br />
<br />
<br />
Repères exiléens universels : <br />
SHC : 1<br />
RUS : 0<br />
IEI : 1<br />
ATL : 0<br />
Côte d'alerte : <span style="color: blue;" class="mycode_color">basse</span>.<br />
<br />
</span><br />
<br />
<br />
<div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">DOSSIER #21</span></div></span><br />
<br />
<br />
<div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-family: Book Antiqua;" class="mycode_font"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b"><span style="font-size: large;" class="mycode_size">EXIL<br />
<br />
Qu'il fuie Exil<br />
Le fou, la nuit<br />
Quand la nuit brille<br />
Et l'acier luit<br />
<br />
La neige scintille<br />
Le grand froid luit<br />
Gel sur les villes<br />
Mondes sans bruit<br />
<br />
Forges et Exil<br />
Tristes jumelles<br />
Où s'enfuit-elle<br />
La vie si belle<br />
<br />
Qu'il fuie Exil<br />
Le fou, la nuit<br />
Quand la nuit brille<br />
Et l'acier luit</span></span></span></div><hr class="mycode_hr" />
<br />
<br />
<span style="font-family: Georgia;" class="mycode_font"><div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b"><span style="font-size: 5pt;" class="mycode_size">DOSSIER #21</span><br />
<br />
<br />
<span style="font-size: 7pt;" class="mycode_size">LES RUINES</span><br />
<br />
<br />
SHC 1		- RUS 0		- IEI	1		- ATL	0</span></div>
<br />
<br />
- Tu sais, parfois, je me dis que je ferais mieux de tout plaquer...<br />
Maréchal remplit encore son verre. <br />
- La corruption dans cette Cité atteint des proportions qu'on n'imagine pas. <br />
Il vida l'alcool orangé et resta à contempler la fenêtre ouverte sur les quais. <br />
Nelly, appuyée contre l'évier, l'écoutait, soucieuse. <br />
- Tu m'as l'air de faire une mauvaise déprime toi...<br />
- On traverse un sacré coup de tabac, oui...<br />
Maréchal, on le sait bien, n'aimait ni la mer ni les marins, mais l'expression était appropriée. <br />
- Tu aurais peut-être besoin de vacances ? <br />
Maréchal maugréa. Ce n'était pas un vocabulaire qui faisait partie du langage de SÛRETÉ. Surtout pas en ce moment. <br />
- On a des gros durs sur les bras ces temps-ci. Ce n'est pas le moment de partir à la pêche. <br />
Nelly finit la vaisselle pendant que Maréchal se resservait à boire. Il but et reposa le verre d'un coup sec. <br />
- Si ce n'était que la police, tiens... Mais c'est la Cité qui est atteinte ! La gangrène a pris et va remonter !... A moins qu'elle ne parte de la tête...<br />
Il bâilla très fort, se frotta les yeux. <br />
- Tu es vraiment à ramasser à la petite cuillère, dit Nelly. Je vais te faire couler un bain et ensuite, tu iras dormir. Tu as besoin de te détendre. Je vais te sortir la boîte de cigares envoyés par ta tante si tu veux...<br />
Maréchal se leva, les jambes lourdes et se traîna vers le canapé du séjour, où il s'affala. Il alluma le poste de radio, qui était à moitié détraqué. <br />
- On ne sait même pas qui dirige vraiment cette Cité, avait dit Faivre. <br />
- Un fonctionnaire de police n'a pas à demander cela, avait répondu Maréchal. <br />
- Non mais sans rire, qui est en haut d'ADMINISTRATION ? Vous vous êtes déjà posé la question !<br />
- Nous ne sommes pas payés pour nous poser ce genre de questions, inspecteur !<br />
Il avait alors ressorti un carton de vieux dossiers à remplir d'urgence, pour noyer Faivre sous le travail. Il avait perçu le regard inquiet de Clarine. <br />
- Il ne va pas bien en ce moment, hein...<br />
- Non, pas très bien.<br />
Maréchal avait répondu sèchement. <br />
<br />
Nelly lui fit couler un bain. Maréchal s'enfonça dans l'eau brûlante.<br />
- Un jour, je vais tout plaquer tiens...<br />
Il dut somnoler un moment dans les vapeurs mousseuses. Nelly entra et l'aida à sortir.  Elle le mit d'autorité au lit. Il dormit profondément, se réveilla, passa sous une douche froide. Il se sentait mieux. Dire ce qu'il avait sur le coeur lui avait fait du bien. Aujourd'hui, il voulait passer à autre chose. <br />
- Ce soir, on va au restaurant, décida-t-il. <br />
- Ah oui, où ça ?<br />
- Tu choisis et tu me dis. <br />
- D'accord. C'est toi qui régales ? <br />
- Bien sûr, dit-il en mettant son chapeau. <br />
<br />
Il se sentait en confiance, prêt pour repartir du bon pied. <br />
Il ignorait que Nelly guettait son départ à la fenêtre et que, lorsqu'il fut au bureau, elle prit ses affaires comme si elle allait au marché, mais bifurqua dans le dédales des ruelles du quartier et partit vers l'entrepôt où elle gardait l'armure de Penthésilée. <br />
<br />
<br />
¤<br />
<br />
</span>]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Dossier #20 : Chimères]]></title>
			<link>http://forum.chezseb.ovh/showthread.php?tid=1231</link>
			<pubDate>Wed, 14 Dec 2011 15:31:30 +0000</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="http://forum.chezseb.ovh/member.php?action=profile&uid=3">Darth Nico</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">http://forum.chezseb.ovh/showthread.php?tid=1231</guid>
			<description><![CDATA[<span style="font-family: Lucida Sans Unicode;" class="mycode_font"><div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">Exil #20</span></div>
<br />
<span style="color: #006400;" class="mycode_color">¤<br />
<br />
<br />
Branche : <span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">CULTURE<br />
Rapport Intelligences-Mécaniques : Névée - Sutra - Orgon</span><br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">A l'intention de :</span> M. Jonson - Comité "Arts et fêtes".<br />
<br />
<br />
Clan Vicari. <br />
Personne visée : Fabio Vicari. <br />
Pseudonyme du fonctionnaire infiltré : Eugène de Mouplin. ERREUR... ERREUR... ERREUR... <br />
<br />
Marché noir. <br />
Corruption : quai des Orfèvres. <br />
Agents soupçonnés : ...<br />
<br />
Chimères. <br />
<br />
.<br />
<br />
<br />
<br />
¤<br />
<br />
<br />
Repères exiléens universels : <br />
SHC : 1<br />
RUS : 0<br />
IEI : 1<br />
ATL : 0<br />
Côte d'alerte : <span style="color: blue;" class="mycode_color">basse</span>.<br />
<br />
</span><br />
<br />
<br />
<div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">DOSSIER #20</span></div></span><br />
<br />
<br />
<div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-family: Book Antiqua;" class="mycode_font"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b"><span style="font-size: large;" class="mycode_size">EXIL<br />
<br />
Qu'il fuie Exil<br />
Le fou, la nuit<br />
Quand la nuit brille<br />
Et l'acier luit<br />
<br />
La neige scintille<br />
Le grand froid luit<br />
Gel sur les villes<br />
Mondes sans bruit<br />
<br />
Forges et Exil<br />
Tristes jumelles<br />
Où s'enfuit-elle<br />
La vie si belle<br />
<br />
Qu'il fuie Exil<br />
Le fou, la nuit<br />
Quand la nuit brille<br />
Et l'acier luit</span></span></span></div><hr class="mycode_hr" />
<br />
<br />
<span style="font-family: Georgia;" class="mycode_font"><div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b"><span style="font-size: 5pt;" class="mycode_size">DOSSIER #20</span><br />
<br />
<br />
<span style="font-size: 7pt;" class="mycode_size">CHIMÈRES</span><br />
<br />
<br />
SHC 1		- RUS 0		- IEI	1		- ATL	0</span></div>
<br />
<br />
Soulevé par les épaules et jeté violemment contre le mur, Antonievski roula par terre. Il eut le réflexe de se protéger la tête. <br />
Le coup attendu ne vint pas. Il entendit le déclic du chien d'un révolver et sentit qu'on lui pressait l'arme contre le coeur. Il voulut se recroqueviller mais il reçut un coup de pied dans le ventre et fut plaqué sur le dos. Son chapeau en feutre avait roulé dans une flaque sale. Sa pelisse en fourrure d'Autrelles était couverte de boue, sa semelle droite avait craqué quand il avait chuté. Ses guêtres étaient fichues. <br />
Il vit enfin l'homme qui s'était assis sur lui et le tenait en joue, le pistolet appuyé sur son coeur battant. <br />
- Tu fais affaire avec les Vicari ?...<br />
Antonievski ne répondit pas. Il ne voulait pas regarder son agresseur. <br />
- Répond...<br />
Le commissaire-priseur voulait gagner du temps. Les Pandores patrouillaient dans le quartier. L'homme lui attrapa le bras et lui tordit dans le dos : <br />
- Parle...<br />
La douleur devint vite insupportable : <br />
- Encore un peu et je le brise...<br />
- D'accord, d'accord...<br />
L'homme lui intima l'ordre de rester par terre. Qu'on vienne l'attaquer pour le faire parler ne l'étonnait pas. C'était déjà arrivé, cela arriverait encore. Il fallait s'y attendre quand, comme lui, on utilisait ses informations pour organiser un juteux trafic d'oeuvres. Depuis avant la guerre, il avait fourni un nombre considérable de gens et ses affaires avaient pris encore de l'ampleur grâce au marché noir. <br />
Ce qui étonnait Antonievski, c'était qu'on ne soit pas venu lui demander des explications poliment, avant d'en venir à la violence. Il se dit que c'était un jeune voyou, un affilié des Vicari ou un rival, peu importe, qui voulait se faire une place au soleil vite et bien. Le commissaire se dit juste que cet imbécile, imprudent et violent, peu au courant des usages feutrés du monde de l'art, finirait jeté par dessus une passerelle très bientôt. <br />
- Oui, je travaille pour les Vicari... Ce sont de bons clients...<br />
- Bon, alors, voilà ce que tu vas leur dire...<br />
- Tout ce que vous voudrez...<br />
- Que tu as vendu des oeuvres à Eugène de Mouplin. <br />
- A qui ?<br />
L'inspecteur glissa sa fausse carte de visite dans la main du commissaire. <br />
- Retiens bien ce nom. Tu m'as vendu des oeuvres. <br />
- Vous êtes un sacré bon client.<br />
- Très bon, pauvre cloche...<br />
Faivre l'assomma. <br />
<br />
Il ressortit de la ruelle, en essayant de garder la contenance d'un paisible jeune bourgeois, oisif sur les boulevards. Les gouvernantes faisaient les boutiques, les livreurs déchargeaient les carrioles. Ce peuple affairé ne se doutait pas de l'agression crapuleuse qui venait d'avoir lieu, à deux pas des trottoirs propres et des boutiques parfumées. <br />
Deux minutes après, Antonievski surgissait de la ruelle, en beuglant comme un animal. Les Pandores accouraient, moins pressés de secourir une victime que d'empêcher un scandale dans le quartier. Le Boulevard des Mauves était connu pour ses crimes passionnels entre gens du monde, pour des malversations financières de haut vol, mais pas pour des délits à la petite semaine.<br />
Faivre pressa le pas, en faisant semblant de s'intéresser aux vitrines de jouets. Il souriait aux jolis gardes d'enfants et aux braves vieilles commerçantes sur le seuil de leurs portes. Il pressa le pas, entra dans des toilettes publics, s'y changea en un tournemain, pour repasser ses solides vêtements de flic arpenteur de rues. Il fourra les beaux habits de Mouplin dans un sac, ressortit et alla au devant des Pandores. <br />
Il exhiba sa plaque sous leur nez : <br />
- Besoin d'aide ? <br />
- Ah, bonjour lieutenant... <br />
- Une agression ? <br />
- Oui, c'est bon, on le tient presque... <br />
Faivre indiqua qu'une personne suspecte venait de traverser le boulevard. Embêtés d'avoir une piste, les Pandores durent traverser l'artère, en sifflant violemment pour arrêter les voitures. Faivre quitta le quartier, sûr que les Pandores ne se fatigueraient pas longtemps, une fois qu'aucun homme de SÛRETÉ ne serait plus là pour les surveiller... <br />
<br />
Il se pressa et fut à peine en retard au bureau. <br />
- On vous attendait pour commencer, dit Maréchal. <br />
Il avait déplié une grosse carte sur son bureau. Le quartier des Vicari et le plan de la maison qui leur servait de quartier général. <br />
- Je ne laisse rien au hasard. Je veux que nous ayons tous en tête ce plan, par coeur, pour sortir Turov de là sans heurt le moment venu. Si ces Vicari sont un peu malins -ce qui n'est pas certain -ils ont pu prévoir quelques sorties dissimulées. Faivre, vous allez me secouer les puces de vos indics, qu'ils nous ramènent des informations sur ce trou à rats. <br />
- Entendu chef. <br />
<br />
Faivre demanda à Clarine d'appeler la brigade Financière. <br />
- J'ai une piste, chef, expliqua l'inspecteur. Les Vicari sont dans le trafic d'art. Je pense qu'on peut trouver d'autres points d'entrée chez eux en passant par des receleurs et autres. <br />
- A voir, dit Maréchal, mais ne multiplions pas les pistes. Nous travaillons en effectifs réduits. Pour le moment, on reste sur la boxe. <br />
- Je vérifie juste. <br />
- Quand vous aurez la ligne, vous me passerez l'inspecteur Crimont, dit Maréchal. <br />
- Entendu. <br />
Faivre ne s'attendait pas à ce que Maréchal s'en mêle. Il se souvint que ce dernier avait fait un stage à la Financière. C'est donc l'inspecteur-chef qui prit la ligne dès que Clarine les appela : <br />
- Salut, vieux. <br />
- Tiens, qui voilà ? <br />
Maréchal devinait Crimont dans son bureau minuscule, plein à craquer de piles de papiers. <br />
- Figure-toi que j'ai un inspecteur qui fait du zèle...<br />
- C'est suspect ! Inflige-lui un blâme. <br />
- Et il a besoin de tes services. <br />
- Et quoi encore ! Je vais vous envoyer la troupe,  hein, contre votre cambuse à tire-au-flanc ! <br />
- Je te revaudrai ça...<br />
- Si j'avais arrêté un spéculateur à chaque fois que j'ai entendu cette phrase, l'économie exiléenne serait en ruines ! <br />
- Je te l'envoie ou bien je peux t'expliquer au parlophone ? <br />
- Dis toujours...<br />
- Le trafic d'art. <br />
- Monsieur veut acquérir des pièces de collection pour son gourbi ? Un investissement pour les vieux jours ? <br />
- Qui sait... Je vais surtout faire de la place dans ton bureau. Te débarrasser de quelques dossiers.<br />
- Juste. Le trafic d'arts, ça marche bien ces derniers temps. Il y en a pour lourd, tu sais. <br />
- Envoie-le par nohodahak. <br />
- C'est toi qui payes. Qui c'est votre comptable, à Névise ?<br />
- Le comptable, c'est moi, dit Maréchal, son tampon à la main. <br />
- Il faudra qu'un jour, je passe commissaire de cette brigade. Avoir enfin le temps de me reposer.  <br />
- On n'est pas dans les chiffres, nous. On travaille sur de l'humain ! <br />
- Je croyais que vous chassiez les fantômes...<br />
<br />
Maréchal raccrocha : <br />
- Vous allez avoir de la lecture, Faivre. <br />
- Tant mieux, j'aime bien ça. <br />
- Ce n'est pas du roman, hein. Vous allez avoir des pages et des pages de rapports d'experts pour identification chimique de pigments. C'est pas la visite du musée d'art municipal ! <br />
Le colis arriva en milieu de journée, quand les policiers revenaient de chez Gronski. L'énorme nohodahak plongeait sa gueule monstrueuse dans le canal pour se rafraîchir, pendant que le porteur et les policiers montaient les cartons de dossiers. <br />
- Belle bête, dit Morand. <br />
- Elle fête ses cent cinquante ans aujourd'hui ! Elle en a vu ! Elle est dans la famille depuis quatre générations. <br />
Faivre laissa un bon pourboire au livreur. <br />
- Bonne journée. <br />
La visite d'un nohodahak faisait toujours sensation, d'autant que celui-ci était particulièrement grand. <br />
- Il a fait la guerre... Il a porté des caisses d'obus et monté des cantines sanitaires sur le front. Il a vu du pays, ça c'est sûr ! <br />
Le cavalier enfourcha sa fière monture, claqua des éperons. L'énorme calamar se redressa, s'ébroua puis grimpa sur les toits. <br />
- J'ai étudié la psychologie de ces bêtes-là, dit Morand. La coordination de ses trois cerveaux lui permet...<br />
On remontait se réchauffer dans les bureaux. <br />
- Un petit café, Clarine, dit Faivre. <br />
- Pour moi aussi, je veux bien, dit Turov. <br />
Maréchal dit qu'il examinerait rapidement les dossiers avant de les passer à Faivre. Celui-ci ne dit rien pour ne pas paraître suspect. De son côté, Maréchal espérait que Faivre ne soupçonnerait rien non plus. <br />
Il ferma la porte de son bureau et sortit les classeurs poussiéreux de Crimont. Il parcourut en hâte les sommaires, cherchant à chaque fois le nom de Penthésilée. Il trouva un classeur consacré à la célèbre voleuse gynoïde, encore dans les mémoires pour le vol de la collection de bijoux du Bazar Moderne. Maréchal le mit dans son tiroir. Il ouvrit sa porte : <br />
- Tenez, Faivre. Je jetais un oeil par curiosité. Je vous laisse le lot entier. <br />
- Rien trouvé d'intéressant, chef ?<br />
- Non. <br />
<br />
Morand tapait ses rapports. Turov était à l'entraînement avec Gronski. Maréchal épluchait le dossier Penthésilée, Faivre cherchait comment se faire des contacts respectables dans le milieu du trafic d'art. En fin de journée, il rappela l'hôpital : Sélène était dans un coma stable. <br />
Maréchal rentra tôt chez lui : il avait deux mots à dire à Nelly ! <br />
<br />
<br />
¤<br />
<br />
<br />
Faivre passa chez lui, prit une douche et remit les habits d'Eugène de Mouplin. Il retrouva Fabio à la salle de boxe. <br />
- Mon cher ami, comment allez-vous ?<br />
Les Vicari étaient là, de jeunes gens aux mains décorés de bagues, des chemises aux couleurs criardes. Faivre avait repéré les agents de la Brigade des Moeurs au comptoir. Inès était assise à côté de Fabio : <br />
- J'avais invité votre soeur ce soir, j'espère que vous ne m'en voudrez pas. <br />
- Inès est une femme libre, dit Faivre en tirant sur son cigare. <br />
- Très libre, oui, ricana Fabio. <br />
Le serveur amenait des alcools. <br />
- Parlons peu, parlons bien, dit Fabio, où en sommes-nous de nos transactions ? <br />
- Ma foi, comme me l'a confirmé ce cher Antonievski, commença Faivre. <br />
- Antonievski ? Vous le connaissez ?<br />
- C'est un bon ami à moi. <br />
Les Vicari ricanèrent de plus belle. <br />
- Ce vieux pédéraste a su se rendre indispensable à pas mal de gens, oui, dit Fabio. <br />
- Un homme très charmant. Notre dernière discussion a été très plaisante. <br />
- J'attache beaucoup d'importance aux gens comme Antonievski, dit Fabio. Mais entre nous, mon cher Mouplin, ne vous laissez pas avoir par cet escroc. Et puis évitez de vous retrouver seul chez lui...<br />
Les Vicari échangèrent des regards entendus, égrillards.  <br />
- Il ne m'a jamais fait de proposition indécente. <br />
- Cela viendra si vous continuez à le fréquenter... <br />
- C'est un homme qui sait se tenir. <br />
- Ouais, ça dépend des circonstances, dit Fabio. <br />
Comme Inès partait aux toilettes, le truand dit plus bas : <br />
- Entre nous, votre soeur est très avenante, hein... Elle a déjà eu pas mal d'hommes, hein ? Elle aime ça, ça se sent.  <br />
- Je vous l'ai dit, Inès est une femme libre. <br />
- C'est bien ce que je pensais, ouais. Sachez que pour ma part, je suis très attaché à la fidélité de mon entourage. Il faudra qu'Inès comprenne cela. Je n'ai pas l'intention de la laisser fricoter à droite à gauche... Une femme à moi est à moi.  <br />
- Non, bien sûr, dit Faivre. Elle sait ce qu'elle fait. <br />
- Tant mieux. Il faut être clair sur ce point. Nous autres Vicari avons l'esprit de famille. <br />
- Je ne vous savais pas si revanchard. Voilà un sentiment qui m'est inconnu...<br />
- Quand je veux, je prends, Mouplin. Et quand je prends, je garde. Souvenez-vous en. Et glissez-en un mot à Inès. <br />
- Je n'y manquerai pas. <br />
On trinqua. <br />
- Bien, ceci étant dit, qu'avez-vous à me proposer ? <br />
- Comme je vous l'ai dit, Antonievski a de jolies pièces à me proposer. Mais il a besoin d'un intermédiaire. <br />
- Cette lopette n'a jamais voulu se salir les mains. Tous ces bourgeois sont les mêmes. Ils laissent aux autres les basses oeuvres. Et c'est là qu'il a besoin de gens comme vous, Mouplin. <br />
- Bien sûr, mais que voulez-vous...<br />
- Je veux dire que nous ne serons pas toujours dépendants de cette vieille tante.<br />
- J'espère ne plus avoir à passer par lui très bientôt, oui. <br />
- Nous allons y travailler... Bon, que proposez-vous ?<br />
- Des statuettes à la feuille d'or, diverses babioles coloniales... Un joli lot. Je l'ai inspecté et cela plaira. Des pièces rares, ramenées d'Autrelles. <br />
- Combien ? <br />
- Dix milles. <br />
- Dix briques ? Antonievski a intérêt à fournir une sacrée marchandise, sinon on ira lui faire la peau ! <br />
- Les pièces valent ce prix. <br />
- J'ai des amis qui peuvent en juger aussi bien que vous. <br />
- J'ajoute qu'il me faut le quart tout de suite. <br />
- Doucement, Gégène, tu m'as l'air bien gourmand. <br />
- Ce sont pour mes frais. <br />
- Tu es un malin. Antonievski t'a bien dressé. Tu es sûr qu'il ne t'a pas invité à visiter son édredon, hein, le vieux salaud... <br />
- Un quart, cela paraît normal pour ce genre d'affaires. <br />
- Tu t'imagines que je peux te filer deux plaques et demi, comme ça, en souriant ? Mettons deux. <br />
- Le quart du prix, cela me semble très raisonnable. <br />
Il fallut insister un peu et ne pas perdre ses moyens face aux surineurs professionnels entourant Fabio. Celui-ci, après avoir roulé des mécaniques pour la forme, se fit remettre l'argent et le passa à Faivre, l'air crâne, défiant ostensiblement les hommes des Moeurs. <br />
- J'espère que tu es ami avec ces gens-là, dit Fabio, car ils ont déjà un dossier sur toi, sois-en sûr. <br />
- Oh mais j'en suis certain, sourit Faivre. <br />
Il avait reconnu les deux génies de la Mondaine, Vico et Pinelli, plus truands que les truands, qui, eux, jamais ne reconnaîtraient l'inspecteur sous le déguisement du bourgeois déclassé Mouplin. <br />
<br />
Faivre partit en sueur. Il dormit profondément le reste de la nuit. Il n'avait pas de nouvelles d'Inès. <br />
<br />
 </span>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<span style="font-family: Lucida Sans Unicode;" class="mycode_font"><div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">Exil #20</span></div>
<br />
<span style="color: #006400;" class="mycode_color">¤<br />
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<br />
Branche : <span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">CULTURE<br />
Rapport Intelligences-Mécaniques : Névée - Sutra - Orgon</span><br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">A l'intention de :</span> M. Jonson - Comité "Arts et fêtes".<br />
<br />
<br />
Clan Vicari. <br />
Personne visée : Fabio Vicari. <br />
Pseudonyme du fonctionnaire infiltré : Eugène de Mouplin. ERREUR... ERREUR... ERREUR... <br />
<br />
Marché noir. <br />
Corruption : quai des Orfèvres. <br />
Agents soupçonnés : ...<br />
<br />
Chimères. <br />
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Repères exiléens universels : <br />
SHC : 1<br />
RUS : 0<br />
IEI : 1<br />
ATL : 0<br />
Côte d'alerte : <span style="color: blue;" class="mycode_color">basse</span>.<br />
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</span><br />
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<br />
<div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">DOSSIER #20</span></div></span><br />
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<div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-family: Book Antiqua;" class="mycode_font"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b"><span style="font-size: large;" class="mycode_size">EXIL<br />
<br />
Qu'il fuie Exil<br />
Le fou, la nuit<br />
Quand la nuit brille<br />
Et l'acier luit<br />
<br />
La neige scintille<br />
Le grand froid luit<br />
Gel sur les villes<br />
Mondes sans bruit<br />
<br />
Forges et Exil<br />
Tristes jumelles<br />
Où s'enfuit-elle<br />
La vie si belle<br />
<br />
Qu'il fuie Exil<br />
Le fou, la nuit<br />
Quand la nuit brille<br />
Et l'acier luit</span></span></span></div><hr class="mycode_hr" />
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<span style="font-family: Georgia;" class="mycode_font"><div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b"><span style="font-size: 5pt;" class="mycode_size">DOSSIER #20</span><br />
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<span style="font-size: 7pt;" class="mycode_size">CHIMÈRES</span><br />
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SHC 1		- RUS 0		- IEI	1		- ATL	0</span></div>
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Soulevé par les épaules et jeté violemment contre le mur, Antonievski roula par terre. Il eut le réflexe de se protéger la tête. <br />
Le coup attendu ne vint pas. Il entendit le déclic du chien d'un révolver et sentit qu'on lui pressait l'arme contre le coeur. Il voulut se recroqueviller mais il reçut un coup de pied dans le ventre et fut plaqué sur le dos. Son chapeau en feutre avait roulé dans une flaque sale. Sa pelisse en fourrure d'Autrelles était couverte de boue, sa semelle droite avait craqué quand il avait chuté. Ses guêtres étaient fichues. <br />
Il vit enfin l'homme qui s'était assis sur lui et le tenait en joue, le pistolet appuyé sur son coeur battant. <br />
- Tu fais affaire avec les Vicari ?...<br />
Antonievski ne répondit pas. Il ne voulait pas regarder son agresseur. <br />
- Répond...<br />
Le commissaire-priseur voulait gagner du temps. Les Pandores patrouillaient dans le quartier. L'homme lui attrapa le bras et lui tordit dans le dos : <br />
- Parle...<br />
La douleur devint vite insupportable : <br />
- Encore un peu et je le brise...<br />
- D'accord, d'accord...<br />
L'homme lui intima l'ordre de rester par terre. Qu'on vienne l'attaquer pour le faire parler ne l'étonnait pas. C'était déjà arrivé, cela arriverait encore. Il fallait s'y attendre quand, comme lui, on utilisait ses informations pour organiser un juteux trafic d'oeuvres. Depuis avant la guerre, il avait fourni un nombre considérable de gens et ses affaires avaient pris encore de l'ampleur grâce au marché noir. <br />
Ce qui étonnait Antonievski, c'était qu'on ne soit pas venu lui demander des explications poliment, avant d'en venir à la violence. Il se dit que c'était un jeune voyou, un affilié des Vicari ou un rival, peu importe, qui voulait se faire une place au soleil vite et bien. Le commissaire se dit juste que cet imbécile, imprudent et violent, peu au courant des usages feutrés du monde de l'art, finirait jeté par dessus une passerelle très bientôt. <br />
- Oui, je travaille pour les Vicari... Ce sont de bons clients...<br />
- Bon, alors, voilà ce que tu vas leur dire...<br />
- Tout ce que vous voudrez...<br />
- Que tu as vendu des oeuvres à Eugène de Mouplin. <br />
- A qui ?<br />
L'inspecteur glissa sa fausse carte de visite dans la main du commissaire. <br />
- Retiens bien ce nom. Tu m'as vendu des oeuvres. <br />
- Vous êtes un sacré bon client.<br />
- Très bon, pauvre cloche...<br />
Faivre l'assomma. <br />
<br />
Il ressortit de la ruelle, en essayant de garder la contenance d'un paisible jeune bourgeois, oisif sur les boulevards. Les gouvernantes faisaient les boutiques, les livreurs déchargeaient les carrioles. Ce peuple affairé ne se doutait pas de l'agression crapuleuse qui venait d'avoir lieu, à deux pas des trottoirs propres et des boutiques parfumées. <br />
Deux minutes après, Antonievski surgissait de la ruelle, en beuglant comme un animal. Les Pandores accouraient, moins pressés de secourir une victime que d'empêcher un scandale dans le quartier. Le Boulevard des Mauves était connu pour ses crimes passionnels entre gens du monde, pour des malversations financières de haut vol, mais pas pour des délits à la petite semaine.<br />
Faivre pressa le pas, en faisant semblant de s'intéresser aux vitrines de jouets. Il souriait aux jolis gardes d'enfants et aux braves vieilles commerçantes sur le seuil de leurs portes. Il pressa le pas, entra dans des toilettes publics, s'y changea en un tournemain, pour repasser ses solides vêtements de flic arpenteur de rues. Il fourra les beaux habits de Mouplin dans un sac, ressortit et alla au devant des Pandores. <br />
Il exhiba sa plaque sous leur nez : <br />
- Besoin d'aide ? <br />
- Ah, bonjour lieutenant... <br />
- Une agression ? <br />
- Oui, c'est bon, on le tient presque... <br />
Faivre indiqua qu'une personne suspecte venait de traverser le boulevard. Embêtés d'avoir une piste, les Pandores durent traverser l'artère, en sifflant violemment pour arrêter les voitures. Faivre quitta le quartier, sûr que les Pandores ne se fatigueraient pas longtemps, une fois qu'aucun homme de SÛRETÉ ne serait plus là pour les surveiller... <br />
<br />
Il se pressa et fut à peine en retard au bureau. <br />
- On vous attendait pour commencer, dit Maréchal. <br />
Il avait déplié une grosse carte sur son bureau. Le quartier des Vicari et le plan de la maison qui leur servait de quartier général. <br />
- Je ne laisse rien au hasard. Je veux que nous ayons tous en tête ce plan, par coeur, pour sortir Turov de là sans heurt le moment venu. Si ces Vicari sont un peu malins -ce qui n'est pas certain -ils ont pu prévoir quelques sorties dissimulées. Faivre, vous allez me secouer les puces de vos indics, qu'ils nous ramènent des informations sur ce trou à rats. <br />
- Entendu chef. <br />
<br />
Faivre demanda à Clarine d'appeler la brigade Financière. <br />
- J'ai une piste, chef, expliqua l'inspecteur. Les Vicari sont dans le trafic d'art. Je pense qu'on peut trouver d'autres points d'entrée chez eux en passant par des receleurs et autres. <br />
- A voir, dit Maréchal, mais ne multiplions pas les pistes. Nous travaillons en effectifs réduits. Pour le moment, on reste sur la boxe. <br />
- Je vérifie juste. <br />
- Quand vous aurez la ligne, vous me passerez l'inspecteur Crimont, dit Maréchal. <br />
- Entendu. <br />
Faivre ne s'attendait pas à ce que Maréchal s'en mêle. Il se souvint que ce dernier avait fait un stage à la Financière. C'est donc l'inspecteur-chef qui prit la ligne dès que Clarine les appela : <br />
- Salut, vieux. <br />
- Tiens, qui voilà ? <br />
Maréchal devinait Crimont dans son bureau minuscule, plein à craquer de piles de papiers. <br />
- Figure-toi que j'ai un inspecteur qui fait du zèle...<br />
- C'est suspect ! Inflige-lui un blâme. <br />
- Et il a besoin de tes services. <br />
- Et quoi encore ! Je vais vous envoyer la troupe,  hein, contre votre cambuse à tire-au-flanc ! <br />
- Je te revaudrai ça...<br />
- Si j'avais arrêté un spéculateur à chaque fois que j'ai entendu cette phrase, l'économie exiléenne serait en ruines ! <br />
- Je te l'envoie ou bien je peux t'expliquer au parlophone ? <br />
- Dis toujours...<br />
- Le trafic d'art. <br />
- Monsieur veut acquérir des pièces de collection pour son gourbi ? Un investissement pour les vieux jours ? <br />
- Qui sait... Je vais surtout faire de la place dans ton bureau. Te débarrasser de quelques dossiers.<br />
- Juste. Le trafic d'arts, ça marche bien ces derniers temps. Il y en a pour lourd, tu sais. <br />
- Envoie-le par nohodahak. <br />
- C'est toi qui payes. Qui c'est votre comptable, à Névise ?<br />
- Le comptable, c'est moi, dit Maréchal, son tampon à la main. <br />
- Il faudra qu'un jour, je passe commissaire de cette brigade. Avoir enfin le temps de me reposer.  <br />
- On n'est pas dans les chiffres, nous. On travaille sur de l'humain ! <br />
- Je croyais que vous chassiez les fantômes...<br />
<br />
Maréchal raccrocha : <br />
- Vous allez avoir de la lecture, Faivre. <br />
- Tant mieux, j'aime bien ça. <br />
- Ce n'est pas du roman, hein. Vous allez avoir des pages et des pages de rapports d'experts pour identification chimique de pigments. C'est pas la visite du musée d'art municipal ! <br />
Le colis arriva en milieu de journée, quand les policiers revenaient de chez Gronski. L'énorme nohodahak plongeait sa gueule monstrueuse dans le canal pour se rafraîchir, pendant que le porteur et les policiers montaient les cartons de dossiers. <br />
- Belle bête, dit Morand. <br />
- Elle fête ses cent cinquante ans aujourd'hui ! Elle en a vu ! Elle est dans la famille depuis quatre générations. <br />
Faivre laissa un bon pourboire au livreur. <br />
- Bonne journée. <br />
La visite d'un nohodahak faisait toujours sensation, d'autant que celui-ci était particulièrement grand. <br />
- Il a fait la guerre... Il a porté des caisses d'obus et monté des cantines sanitaires sur le front. Il a vu du pays, ça c'est sûr ! <br />
Le cavalier enfourcha sa fière monture, claqua des éperons. L'énorme calamar se redressa, s'ébroua puis grimpa sur les toits. <br />
- J'ai étudié la psychologie de ces bêtes-là, dit Morand. La coordination de ses trois cerveaux lui permet...<br />
On remontait se réchauffer dans les bureaux. <br />
- Un petit café, Clarine, dit Faivre. <br />
- Pour moi aussi, je veux bien, dit Turov. <br />
Maréchal dit qu'il examinerait rapidement les dossiers avant de les passer à Faivre. Celui-ci ne dit rien pour ne pas paraître suspect. De son côté, Maréchal espérait que Faivre ne soupçonnerait rien non plus. <br />
Il ferma la porte de son bureau et sortit les classeurs poussiéreux de Crimont. Il parcourut en hâte les sommaires, cherchant à chaque fois le nom de Penthésilée. Il trouva un classeur consacré à la célèbre voleuse gynoïde, encore dans les mémoires pour le vol de la collection de bijoux du Bazar Moderne. Maréchal le mit dans son tiroir. Il ouvrit sa porte : <br />
- Tenez, Faivre. Je jetais un oeil par curiosité. Je vous laisse le lot entier. <br />
- Rien trouvé d'intéressant, chef ?<br />
- Non. <br />
<br />
Morand tapait ses rapports. Turov était à l'entraînement avec Gronski. Maréchal épluchait le dossier Penthésilée, Faivre cherchait comment se faire des contacts respectables dans le milieu du trafic d'art. En fin de journée, il rappela l'hôpital : Sélène était dans un coma stable. <br />
Maréchal rentra tôt chez lui : il avait deux mots à dire à Nelly ! <br />
<br />
<br />
¤<br />
<br />
<br />
Faivre passa chez lui, prit une douche et remit les habits d'Eugène de Mouplin. Il retrouva Fabio à la salle de boxe. <br />
- Mon cher ami, comment allez-vous ?<br />
Les Vicari étaient là, de jeunes gens aux mains décorés de bagues, des chemises aux couleurs criardes. Faivre avait repéré les agents de la Brigade des Moeurs au comptoir. Inès était assise à côté de Fabio : <br />
- J'avais invité votre soeur ce soir, j'espère que vous ne m'en voudrez pas. <br />
- Inès est une femme libre, dit Faivre en tirant sur son cigare. <br />
- Très libre, oui, ricana Fabio. <br />
Le serveur amenait des alcools. <br />
- Parlons peu, parlons bien, dit Fabio, où en sommes-nous de nos transactions ? <br />
- Ma foi, comme me l'a confirmé ce cher Antonievski, commença Faivre. <br />
- Antonievski ? Vous le connaissez ?<br />
- C'est un bon ami à moi. <br />
Les Vicari ricanèrent de plus belle. <br />
- Ce vieux pédéraste a su se rendre indispensable à pas mal de gens, oui, dit Fabio. <br />
- Un homme très charmant. Notre dernière discussion a été très plaisante. <br />
- J'attache beaucoup d'importance aux gens comme Antonievski, dit Fabio. Mais entre nous, mon cher Mouplin, ne vous laissez pas avoir par cet escroc. Et puis évitez de vous retrouver seul chez lui...<br />
Les Vicari échangèrent des regards entendus, égrillards.  <br />
- Il ne m'a jamais fait de proposition indécente. <br />
- Cela viendra si vous continuez à le fréquenter... <br />
- C'est un homme qui sait se tenir. <br />
- Ouais, ça dépend des circonstances, dit Fabio. <br />
Comme Inès partait aux toilettes, le truand dit plus bas : <br />
- Entre nous, votre soeur est très avenante, hein... Elle a déjà eu pas mal d'hommes, hein ? Elle aime ça, ça se sent.  <br />
- Je vous l'ai dit, Inès est une femme libre. <br />
- C'est bien ce que je pensais, ouais. Sachez que pour ma part, je suis très attaché à la fidélité de mon entourage. Il faudra qu'Inès comprenne cela. Je n'ai pas l'intention de la laisser fricoter à droite à gauche... Une femme à moi est à moi.  <br />
- Non, bien sûr, dit Faivre. Elle sait ce qu'elle fait. <br />
- Tant mieux. Il faut être clair sur ce point. Nous autres Vicari avons l'esprit de famille. <br />
- Je ne vous savais pas si revanchard. Voilà un sentiment qui m'est inconnu...<br />
- Quand je veux, je prends, Mouplin. Et quand je prends, je garde. Souvenez-vous en. Et glissez-en un mot à Inès. <br />
- Je n'y manquerai pas. <br />
On trinqua. <br />
- Bien, ceci étant dit, qu'avez-vous à me proposer ? <br />
- Comme je vous l'ai dit, Antonievski a de jolies pièces à me proposer. Mais il a besoin d'un intermédiaire. <br />
- Cette lopette n'a jamais voulu se salir les mains. Tous ces bourgeois sont les mêmes. Ils laissent aux autres les basses oeuvres. Et c'est là qu'il a besoin de gens comme vous, Mouplin. <br />
- Bien sûr, mais que voulez-vous...<br />
- Je veux dire que nous ne serons pas toujours dépendants de cette vieille tante.<br />
- J'espère ne plus avoir à passer par lui très bientôt, oui. <br />
- Nous allons y travailler... Bon, que proposez-vous ?<br />
- Des statuettes à la feuille d'or, diverses babioles coloniales... Un joli lot. Je l'ai inspecté et cela plaira. Des pièces rares, ramenées d'Autrelles. <br />
- Combien ? <br />
- Dix milles. <br />
- Dix briques ? Antonievski a intérêt à fournir une sacrée marchandise, sinon on ira lui faire la peau ! <br />
- Les pièces valent ce prix. <br />
- J'ai des amis qui peuvent en juger aussi bien que vous. <br />
- J'ajoute qu'il me faut le quart tout de suite. <br />
- Doucement, Gégène, tu m'as l'air bien gourmand. <br />
- Ce sont pour mes frais. <br />
- Tu es un malin. Antonievski t'a bien dressé. Tu es sûr qu'il ne t'a pas invité à visiter son édredon, hein, le vieux salaud... <br />
- Un quart, cela paraît normal pour ce genre d'affaires. <br />
- Tu t'imagines que je peux te filer deux plaques et demi, comme ça, en souriant ? Mettons deux. <br />
- Le quart du prix, cela me semble très raisonnable. <br />
Il fallut insister un peu et ne pas perdre ses moyens face aux surineurs professionnels entourant Fabio. Celui-ci, après avoir roulé des mécaniques pour la forme, se fit remettre l'argent et le passa à Faivre, l'air crâne, défiant ostensiblement les hommes des Moeurs. <br />
- J'espère que tu es ami avec ces gens-là, dit Fabio, car ils ont déjà un dossier sur toi, sois-en sûr. <br />
- Oh mais j'en suis certain, sourit Faivre. <br />
Il avait reconnu les deux génies de la Mondaine, Vico et Pinelli, plus truands que les truands, qui, eux, jamais ne reconnaîtraient l'inspecteur sous le déguisement du bourgeois déclassé Mouplin. <br />
<br />
Faivre partit en sueur. Il dormit profondément le reste de la nuit. Il n'avait pas de nouvelles d'Inès. <br />
<br />
 </span>]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Dossier #19 : Les truands]]></title>
			<link>http://forum.chezseb.ovh/showthread.php?tid=1229</link>
			<pubDate>Fri, 14 Oct 2011 15:34:24 +0000</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="http://forum.chezseb.ovh/member.php?action=profile&uid=3">Darth Nico</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">http://forum.chezseb.ovh/showthread.php?tid=1229</guid>
			<description><![CDATA[<span style="font-family: Lucida Sans Unicode;" class="mycode_font"><div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">Exil #19</span></div>
<br />
<span style="color: #006400;" class="mycode_color">¤<br />
<br />
<br />
Branche : <span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">CULTURE<br />
Rapport Intelligences-Mécaniques : Névée - Sutra - Orgon</span><br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">A l'intention de :</span> M. Jonson - Comité "Arts et fêtes".<br />
<br />
<br />
Clan Vicari. Bas-fonds. Enquête : prostituées poignardées. <br />
Infiltration.<br />
Personne visée : Fabio Vicari. <br />
Pseudonyme du fonctionnaire infiltré : Eugène de Mouplin. <br />
<br />
Vieilles rivalités du monde de la boxe : interférences potentielles avec l'enquête. <br />
<br />
<br />
.<br />
<br />
<br />
<br />
¤<br />
<br />
<br />
Repères exiléens universels : <br />
SHC : 1<br />
RUS : 0<br />
IEI : 1<br />
ATL : 0<br />
Côte d'alerte : <span style="color: blue;" class="mycode_color">basse</span>.<br />
<br />
</span><br />
<br />
<br />
<div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">DOSSIER #19</span></div></span><br />
<br />
<br />
<br />
<br />
<div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-family: Book Antiqua;" class="mycode_font"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b"><span style="font-size: large;" class="mycode_size">EXIL<br />
<br />
Qu'il fuie Exil<br />
Le fou, la nuit<br />
Quand la nuit brille<br />
Et l'acier luit<br />
<br />
La neige scintille<br />
Le grand froid luit<br />
Gel sur les villes<br />
Mondes sans bruit<br />
<br />
Forges et Exil<br />
Tristes jumelles<br />
Où s'enfuit-elle<br />
La vie si belle<br />
<br />
Qu'il fuie Exil<br />
Le fou, la nuit<br />
Quand la nuit brille<br />
Et l'acier luit</span></span></span></div>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<span style="font-family: Lucida Sans Unicode;" class="mycode_font"><div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">Exil #19</span></div>
<br />
<span style="color: #006400;" class="mycode_color">¤<br />
<br />
<br />
Branche : <span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">CULTURE<br />
Rapport Intelligences-Mécaniques : Névée - Sutra - Orgon</span><br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">A l'intention de :</span> M. Jonson - Comité "Arts et fêtes".<br />
<br />
<br />
Clan Vicari. Bas-fonds. Enquête : prostituées poignardées. <br />
Infiltration.<br />
Personne visée : Fabio Vicari. <br />
Pseudonyme du fonctionnaire infiltré : Eugène de Mouplin. <br />
<br />
Vieilles rivalités du monde de la boxe : interférences potentielles avec l'enquête. <br />
<br />
<br />
.<br />
<br />
<br />
<br />
¤<br />
<br />
<br />
Repères exiléens universels : <br />
SHC : 1<br />
RUS : 0<br />
IEI : 1<br />
ATL : 0<br />
Côte d'alerte : <span style="color: blue;" class="mycode_color">basse</span>.<br />
<br />
</span><br />
<br />
<br />
<div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">DOSSIER #19</span></div></span><br />
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<div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-family: Book Antiqua;" class="mycode_font"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b"><span style="font-size: large;" class="mycode_size">EXIL<br />
<br />
Qu'il fuie Exil<br />
Le fou, la nuit<br />
Quand la nuit brille<br />
Et l'acier luit<br />
<br />
La neige scintille<br />
Le grand froid luit<br />
Gel sur les villes<br />
Mondes sans bruit<br />
<br />
Forges et Exil<br />
Tristes jumelles<br />
Où s'enfuit-elle<br />
La vie si belle<br />
<br />
Qu'il fuie Exil<br />
Le fou, la nuit<br />
Quand la nuit brille<br />
Et l'acier luit</span></span></span></div>]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Dossier #18 : Les prisonniers]]></title>
			<link>http://forum.chezseb.ovh/showthread.php?tid=11</link>
			<pubDate>Sat, 15 Jan 2011 09:17:02 +0000</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="http://forum.chezseb.ovh/member.php?action=profile&uid=3">Darth Nico</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">http://forum.chezseb.ovh/showthread.php?tid=11</guid>
			<description><![CDATA[<span style="font-family: Lucida Sans Unicode;" class="mycode_font"><div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">Exil #18</span></div>
<br />
<span style="color: #006400;" class="mycode_color">¤<br />
<br />
<br />
Branche : <span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">CULTURE<br />
Rapport Intelligences-Mécaniques : Névée - Sutra - Orgon</span><br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">A l&#39;intention de :</span> M. Jonson - Comité "Arts et fêtes".<br />
<br />
<br />
La Recouvr^nce...<br />
<br />
Mon nom est Alphonse-François Cont%ùùn&#33;%aaaaaaaaa............. Cellule 912222222222222... Nouvel%eale RecOù^vr%/:ance........ Chromattt-(%phe 2OOddd%^¨r. <br />
<br />
<br />
...<br />
<br />
<br />
<br />
<br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">Aucune information disponible.</span><br />
<br />
.<br />
<br />
<br />
<br />
¤<br />
<br />
<br />
Repères exiléens universels : <br />
SHC : 4<br />
RUS : 5<br />
IEI : 7<br />
ATL : 7<br />
Côte d&#39;alerte : <span style="color: #000000;" class="mycode_color">critique</span>.<br />
<br />
</span><br />
<br />
<br />
<div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">DOSSIER #18</span></div></span>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<span style="font-family: Lucida Sans Unicode;" class="mycode_font"><div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">Exil #18</span></div>
<br />
<span style="color: #006400;" class="mycode_color">¤<br />
<br />
<br />
Branche : <span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">CULTURE<br />
Rapport Intelligences-Mécaniques : Névée - Sutra - Orgon</span><br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">A l&#39;intention de :</span> M. Jonson - Comité "Arts et fêtes".<br />
<br />
<br />
La Recouvr^nce...<br />
<br />
Mon nom est Alphonse-François Cont%ùùn&#33;%aaaaaaaaa............. Cellule 912222222222222... Nouvel%eale RecOù^vr%/:ance........ Chromattt-(%phe 2OOddd%^¨r. <br />
<br />
<br />
...<br />
<br />
<br />
<br />
<br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">Aucune information disponible.</span><br />
<br />
.<br />
<br />
<br />
<br />
¤<br />
<br />
<br />
Repères exiléens universels : <br />
SHC : 4<br />
RUS : 5<br />
IEI : 7<br />
ATL : 7<br />
Côte d&#39;alerte : <span style="color: #000000;" class="mycode_color">critique</span>.<br />
<br />
</span><br />
<br />
<br />
<div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">DOSSIER #18</span></div></span>]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Dossier #17 : Les faussaires]]></title>
			<link>http://forum.chezseb.ovh/showthread.php?tid=15</link>
			<pubDate>Tue, 28 Dec 2010 12:00:16 +0000</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="http://forum.chezseb.ovh/member.php?action=profile&uid=3">Darth Nico</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">http://forum.chezseb.ovh/showthread.php?tid=15</guid>
			<description><![CDATA[<span style="font-family: Lucida Sans Unicode;" class="mycode_font"><div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">Exil #17</span></div>
<br />
<span style="color: #006400;" class="mycode_color">¤<br />
<br />
<br />
Branche : <span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">CULTURE<br />
Rapport Intelligences-Mécaniques : Névée - Sutra - Orgon</span><br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">A l&#39;intention de :</span> M. Jonson - Comité "Arts et fêtes".<br />
<br />
<br />
Infection Turov : vaccination régulière Scientiste<br />
Affaire des frigos : extension recherche -&amp;gt; Rotor 17<br />
ATL Rotor 17 : temporites &#33;<br />
<br />
Soirées Arts et Fêtes.<br />
Affaire Continus : manipulations d&#39;états-civils. <br />
<br />
Convergence des données : la Recouvrance. Cellule 912.<br />
<br />
<br />
.<br />
<br />
<br />
<br />
¤<br />
<br />
<br />
Repères exiléens universels : <br />
SHC : 2<br />
RUS : 2<br />
IEI : 4<br />
ATL : 2<br />
Côte d&#39;alerte : <span style="color: orange;" class="mycode_color">moyenne</span>.<br />
<br />
</span><br />
<br />
<br />
<div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">DOSSIER #17</span></div></span>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<span style="font-family: Lucida Sans Unicode;" class="mycode_font"><div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">Exil #17</span></div>
<br />
<span style="color: #006400;" class="mycode_color">¤<br />
<br />
<br />
Branche : <span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">CULTURE<br />
Rapport Intelligences-Mécaniques : Névée - Sutra - Orgon</span><br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">A l&#39;intention de :</span> M. Jonson - Comité "Arts et fêtes".<br />
<br />
<br />
Infection Turov : vaccination régulière Scientiste<br />
Affaire des frigos : extension recherche -&amp;gt; Rotor 17<br />
ATL Rotor 17 : temporites &#33;<br />
<br />
Soirées Arts et Fêtes.<br />
Affaire Continus : manipulations d&#39;états-civils. <br />
<br />
Convergence des données : la Recouvrance. Cellule 912.<br />
<br />
<br />
.<br />
<br />
<br />
<br />
¤<br />
<br />
<br />
Repères exiléens universels : <br />
SHC : 2<br />
RUS : 2<br />
IEI : 4<br />
ATL : 2<br />
Côte d&#39;alerte : <span style="color: orange;" class="mycode_color">moyenne</span>.<br />
<br />
</span><br />
<br />
<br />
<div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">DOSSIER #17</span></div></span>]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[SANITATION]]></title>
			<link>http://forum.chezseb.ovh/showthread.php?tid=20</link>
			<pubDate>Mon, 01 Nov 2010 12:12:17 +0000</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="http://forum.chezseb.ovh/member.php?action=profile&uid=3">Darth Nico</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">http://forum.chezseb.ovh/showthread.php?tid=20</guid>
			<description><![CDATA[<span style="font-size: 1pt;" class="mycode_size">Dossier #18</span><br />
<div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-size: 5pt;" class="mycode_size"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">LA RECOUVRANCE</span></span></div>
<br />
<br />
L'ancien asile est en cours de désaffectation, pour être remplacé par une nouvelle Recouvrance à l'organisation rationalisée. C'est le chef-d'oeuvre de SANITATION.<br />
<br />
<br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">Rez-de-chaussée :</span> les jardins, l'accueil, les bureaux de ADMINISTRATION et les appartements du directeur. <br />
<br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">-1 :</span> Accueil pour les <span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">orphelins</span>, gamins de rues, amnésiques et autistes.<br />
<br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">-2 :</span> A l'entrée : accueil central pour les nouveaux arrivants, qui sont ensuite envoyés vers un étage selon leur dérangement.<br />
Puis cellule pour <span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">les débauchés</span>. Obsédés sexuels, ivrognes, drogués etc. <br />
Traitements contre les dépendances de toutes sortes. Séances de bains froids et couloirs parcourus d'air très froid, pour calmer les ardeurs malsaines.<br />
<br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">-3 :</span> <span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">Anorexies et boulimies.</span> Traitements par nourriture en intraveineuse, pour réguler l'appétit. Bains de liquides nutritifs.<br />
<br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">-4 : Pathologies liées à l'argent</span> (surendettement, joueurs compulsifs, avarice mettant en péril la famille, un commerce etc.). Cours d’économie, entre deux groupes (les dépensiers et les pingres) qui doivent réapprendre à gérer leur budget et négocier raisonnablement.<br />
<br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">-5 :</span> <span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">Sujets violents.</span> Bains froids dans un canal qui passe à ce niveau. Il faut traverser ce canal avec un gardien, pour continuer à descendre de l'autre côté.<br />
En suivant le canal, on aboutit à une passerelle au bout de laquelle peuvent venir se poser des ballons-taxis.<br />
<br />
<br />
<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Jusqu'ici, on considère que l'on a affaire à des aliénés victimes d'eux-mêmes, incapables de se contrôler. Les étages d'en-dessous abritent les déviants qui ont agi consciemment.</span><br />
<br />
<br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">-6 : Réhabilitation sociale.</span>  Prisonniers repentis en phase de réhabilitation, prisonniers du Château en fin de peine. <br />
Micro-cité pour se réhabituer à la vie normale, avec des commerces, des logements etc. Endroit sévèrement gardé de l'extérieur, car les occupants y jouissent d'une certaine liberté. <br />
Se trouvent aussi des penseurs et idéologues, enfermés pour leur déviation vis-à-vis de la Concorde Sociale. On leur ré-inculque les règles de base de la vie sociale.<br />
<br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">-7 : Prévention criminelle.</span> Meurtriers en puissance, candidats au suicide, citoyens ayant exprimé leur mécontentement de la Concorde Sociale, écrivains et artistes condamnés pour des oeuvres pornographiques, appelant au meurtre, à l'inceste etc. <br />
<br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">-8 : Parasites sociaux.</span> Gourous, charlatans, cartomanciens, pique-assiettes, escrocs mondains etc. Egalement : délateurs, menteurs, maîtres chanteurs. etc. <br />
Tous ceux qui ont dévié de la raison et introduisent l'irrationnel dans la Cité.<br />
Grand étage circulaire, divisé en dix sections concentriques. Les occupants sont enfermés en isolement dans des culs-de-basse-fosse, pour réfléchir à leur parasitisme social. <br />
<br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">-9 : Réfractaires envers la Concorde Sociale.</span> Patients des autres étages refusant de se laisser soigner. Les personnages sont emprisonnés dans des scaphandres et plongés dans des piscines presque gelées. Isolement sensoriel quasi-complet.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<span style="font-size: 1pt;" class="mycode_size">Dossier #18</span><br />
<div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-size: 5pt;" class="mycode_size"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">LA RECOUVRANCE</span></span></div>
<br />
<br />
L'ancien asile est en cours de désaffectation, pour être remplacé par une nouvelle Recouvrance à l'organisation rationalisée. C'est le chef-d'oeuvre de SANITATION.<br />
<br />
<br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">Rez-de-chaussée :</span> les jardins, l'accueil, les bureaux de ADMINISTRATION et les appartements du directeur. <br />
<br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">-1 :</span> Accueil pour les <span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">orphelins</span>, gamins de rues, amnésiques et autistes.<br />
<br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">-2 :</span> A l'entrée : accueil central pour les nouveaux arrivants, qui sont ensuite envoyés vers un étage selon leur dérangement.<br />
Puis cellule pour <span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">les débauchés</span>. Obsédés sexuels, ivrognes, drogués etc. <br />
Traitements contre les dépendances de toutes sortes. Séances de bains froids et couloirs parcourus d'air très froid, pour calmer les ardeurs malsaines.<br />
<br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">-3 :</span> <span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">Anorexies et boulimies.</span> Traitements par nourriture en intraveineuse, pour réguler l'appétit. Bains de liquides nutritifs.<br />
<br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">-4 : Pathologies liées à l'argent</span> (surendettement, joueurs compulsifs, avarice mettant en péril la famille, un commerce etc.). Cours d’économie, entre deux groupes (les dépensiers et les pingres) qui doivent réapprendre à gérer leur budget et négocier raisonnablement.<br />
<br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">-5 :</span> <span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">Sujets violents.</span> Bains froids dans un canal qui passe à ce niveau. Il faut traverser ce canal avec un gardien, pour continuer à descendre de l'autre côté.<br />
En suivant le canal, on aboutit à une passerelle au bout de laquelle peuvent venir se poser des ballons-taxis.<br />
<br />
<br />
<span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Jusqu'ici, on considère que l'on a affaire à des aliénés victimes d'eux-mêmes, incapables de se contrôler. Les étages d'en-dessous abritent les déviants qui ont agi consciemment.</span><br />
<br />
<br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">-6 : Réhabilitation sociale.</span>  Prisonniers repentis en phase de réhabilitation, prisonniers du Château en fin de peine. <br />
Micro-cité pour se réhabituer à la vie normale, avec des commerces, des logements etc. Endroit sévèrement gardé de l'extérieur, car les occupants y jouissent d'une certaine liberté. <br />
Se trouvent aussi des penseurs et idéologues, enfermés pour leur déviation vis-à-vis de la Concorde Sociale. On leur ré-inculque les règles de base de la vie sociale.<br />
<br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">-7 : Prévention criminelle.</span> Meurtriers en puissance, candidats au suicide, citoyens ayant exprimé leur mécontentement de la Concorde Sociale, écrivains et artistes condamnés pour des oeuvres pornographiques, appelant au meurtre, à l'inceste etc. <br />
<br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">-8 : Parasites sociaux.</span> Gourous, charlatans, cartomanciens, pique-assiettes, escrocs mondains etc. Egalement : délateurs, menteurs, maîtres chanteurs. etc. <br />
Tous ceux qui ont dévié de la raison et introduisent l'irrationnel dans la Cité.<br />
Grand étage circulaire, divisé en dix sections concentriques. Les occupants sont enfermés en isolement dans des culs-de-basse-fosse, pour réfléchir à leur parasitisme social. <br />
<br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">-9 : Réfractaires envers la Concorde Sociale.</span> Patients des autres étages refusant de se laisser soigner. Les personnages sont emprisonnés dans des scaphandres et plongés dans des piscines presque gelées. Isolement sensoriel quasi-complet.]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Dossier #16 : Le client de chez Emma]]></title>
			<link>http://forum.chezseb.ovh/showthread.php?tid=21</link>
			<pubDate>Fri, 29 Oct 2010 12:04:55 +0000</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="http://forum.chezseb.ovh/member.php?action=profile&uid=3">Darth Nico</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">http://forum.chezseb.ovh/showthread.php?tid=21</guid>
			<description><![CDATA[<span style="font-family: Lucida Sans Unicode;" class="mycode_font"><div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">Exil #16</span></div>
<br />
<span style="color: #006400;" class="mycode_color">¤<br />
<br />
<br />
Branche : <span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">CULTURE<br />
Rapport Intelligences-Mécaniques : Névée - Sutra - Orgon</span><br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">A l&#39;intention de :</span> M. Jonson - Comité "Arts et fêtes".<br />
<br />
<br />
Ecole militaire : dossier Antisthène Phonos. <br />
Etude sur unicellulaire en milieu stérile. Recherche voie de propagation.<br />
Client de chez Emma... comptabilité. <br />
<br />
Préparation : plongée.<br />
Rapport <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Le Tempêtueux</span> : RAS.<br />
<br />
Préparation : plongée.<br />
Rapport <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Le Chevauche-Cyclone</span> : ... **µ¤¤%&#33;&#33;&#33;&#33;&#33;°°))§§§/:: &#33;&#33;&#33;(-&#036;ééùùs******........................................................................................................................................................................<br />
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¤<br />
<br />
<br />
Repères exiléens universels : <br />
SHC : 2<br />
RUS : 6<br />
IEI : 6<br />
ATL : 5<br />
Côte d&#39;alerte : <span style="color: red;" class="mycode_color">élevée</span>.<br />
<br />
</span><br />
<br />
<br />
<div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">DOSSIER #16</span></div></span>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<span style="font-family: Lucida Sans Unicode;" class="mycode_font"><div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">Exil #16</span></div>
<br />
<span style="color: #006400;" class="mycode_color">¤<br />
<br />
<br />
Branche : <span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">CULTURE<br />
Rapport Intelligences-Mécaniques : Névée - Sutra - Orgon</span><br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">A l&#39;intention de :</span> M. Jonson - Comité "Arts et fêtes".<br />
<br />
<br />
Ecole militaire : dossier Antisthène Phonos. <br />
Etude sur unicellulaire en milieu stérile. Recherche voie de propagation.<br />
Client de chez Emma... comptabilité. <br />
<br />
Préparation : plongée.<br />
Rapport <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Le Tempêtueux</span> : RAS.<br />
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Préparation : plongée.<br />
Rapport <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Le Chevauche-Cyclone</span> : ... **µ¤¤%&#33;&#33;&#33;&#33;&#33;°°))§§§/:: &#33;&#33;&#33;(-&#036;ééùùs******........................................................................................................................................................................<br />
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Repères exiléens universels : <br />
SHC : 2<br />
RUS : 6<br />
IEI : 6<br />
ATL : 5<br />
Côte d&#39;alerte : <span style="color: red;" class="mycode_color">élevée</span>.<br />
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<div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">DOSSIER #16</span></div></span>]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Dossier #15 : La constellation de la veuve]]></title>
			<link>http://forum.chezseb.ovh/showthread.php?tid=24</link>
			<pubDate>Wed, 06 Oct 2010 13:57:49 +0000</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="http://forum.chezseb.ovh/member.php?action=profile&uid=3">Darth Nico</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">http://forum.chezseb.ovh/showthread.php?tid=24</guid>
			<description><![CDATA[<span style="font-family: Lucida Sans Unicode;" class="mycode_font"><div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">Exil #15</span></div>
<br />
<span style="color: #006400;" class="mycode_color">¤<br />
<br />
<br />
Branche : <span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">CULTURE<br />
Rapport Intelligences-Mécaniques : Névée - Sutra - Orgon</span><br />
<br />
Retour sur guerre Autrelles. Evasion, accident, char. Capture. <br />
Libération, armistice. <br />
Affaire Mélian. Agitation anarchiste secteur Rotor 32. Technologie inconnue.<br />
Cas en cours inspection : Antiphon.<br />
<br />
Intrusion Extra-Lunaire Inconnue : augmentation.<br />
Naufrages anciens. <br />
Préparation : plongée...<br />
<br />
<br />
¤<br />
<br />
<br />
Repères exiléens universels : <br />
SHC : 1<br />
RUS : 2<br />
IEI : 5<br />
ATL : 3<br />
Côte d&#39;alerte : <span style="color: #FF8C00;" class="mycode_color">moyenne</span>.<br />
<br />
</span><br />
<br />
<br />
<div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">DOSSIER #15</span></div></span>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<span style="font-family: Lucida Sans Unicode;" class="mycode_font"><div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">Exil #15</span></div>
<br />
<span style="color: #006400;" class="mycode_color">¤<br />
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<br />
Branche : <span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">CULTURE<br />
Rapport Intelligences-Mécaniques : Névée - Sutra - Orgon</span><br />
<br />
Retour sur guerre Autrelles. Evasion, accident, char. Capture. <br />
Libération, armistice. <br />
Affaire Mélian. Agitation anarchiste secteur Rotor 32. Technologie inconnue.<br />
Cas en cours inspection : Antiphon.<br />
<br />
Intrusion Extra-Lunaire Inconnue : augmentation.<br />
Naufrages anciens. <br />
Préparation : plongée...<br />
<br />
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¤<br />
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<br />
Repères exiléens universels : <br />
SHC : 1<br />
RUS : 2<br />
IEI : 5<br />
ATL : 3<br />
Côte d&#39;alerte : <span style="color: #FF8C00;" class="mycode_color">moyenne</span>.<br />
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</span><br />
<br />
<br />
<div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">DOSSIER #15</span></div></span>]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Dossier #14 : Le sortilège du paon]]></title>
			<link>http://forum.chezseb.ovh/showthread.php?tid=26</link>
			<pubDate>Sat, 25 Sep 2010 09:18:41 +0000</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="http://forum.chezseb.ovh/member.php?action=profile&uid=3">Darth Nico</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">http://forum.chezseb.ovh/showthread.php?tid=26</guid>
			<description><![CDATA[<span style="font-family: Lucida Sans Unicode;" class="mycode_font"><div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">Exil #14</span></div>
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<br />
...<br />
<br />
<br />
<br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">Rapport Intelligences-Mécaniques : Névée - Sutra - Orgon</span><br />
<br />
Armistice guerre océan noir. Maréchal de retour brigade. Nouveaux recrutements en cours. <br />
Cas mystérieux signalé : deux meurtres, mobiles flous, assassin présumé peu vraisemblable... <br />
<br />
Nuit hôtel Ange de Cuivre. Evénements étranges. <br />
<br />
Ancienne secte.<br />
<br />
¤<br />
<br />
Repères exiléens universels : <br />
SHC : 2<br />
RUS : 2<br />
IEI : 2<br />
Côte d&#39;alerte : <span style="color: #0000FF;" class="mycode_color">basse</span>.<br />
<br />
...<br />
 <br />
**********************&#036;^ùm^¤¤¤¤¤LLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLL(((((<br />
¤¤<br />
<br />
<br />
...<br />
<br />
Requête extérieure : nouveau repère............ Référencement.........<br />
Repère : inconnu.<br />
llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll<br />
<br />
<br />
ATL<br />
<br />
<br />
¤<br />
<br />
<br />
SHC : 2<br />
RUS : 2<br />
IEI : 2<br />
ATL : 1<br />
<br />
<br />
Recherches référence requête : en cours.</span><br />
<br />
<br />
<div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">DOSSIER #14</span></div></span>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<span style="font-family: Lucida Sans Unicode;" class="mycode_font"><div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">Exil #14</span></div>
<br />
<span style="color: #006400;" class="mycode_color">¤<br />
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...<br />
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<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">Rapport Intelligences-Mécaniques : Névée - Sutra - Orgon</span><br />
<br />
Armistice guerre océan noir. Maréchal de retour brigade. Nouveaux recrutements en cours. <br />
Cas mystérieux signalé : deux meurtres, mobiles flous, assassin présumé peu vraisemblable... <br />
<br />
Nuit hôtel Ange de Cuivre. Evénements étranges. <br />
<br />
Ancienne secte.<br />
<br />
¤<br />
<br />
Repères exiléens universels : <br />
SHC : 2<br />
RUS : 2<br />
IEI : 2<br />
Côte d&#39;alerte : <span style="color: #0000FF;" class="mycode_color">basse</span>.<br />
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Requête extérieure : nouveau repère............ Référencement.........<br />
Repère : inconnu.<br />
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ATL<br />
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SHC : 2<br />
RUS : 2<br />
IEI : 2<br />
ATL : 1<br />
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<br />
Recherches référence requête : en cours.</span><br />
<br />
<br />
<div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">DOSSIER #14</span></div></span>]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[La guerre de l&#39;océan noir]]></title>
			<link>http://forum.chezseb.ovh/showthread.php?tid=27</link>
			<pubDate>Sat, 18 Sep 2010 08:47:00 +0000</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="http://forum.chezseb.ovh/member.php?action=profile&uid=3">Darth Nico</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">http://forum.chezseb.ovh/showthread.php?tid=27</guid>
			<description><![CDATA[<div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">EXIL - Interlude<br />
<br />
<br />
<span style="font-size: 5pt;" class="mycode_size">LA GUERRE DE L&#39;OCÉAN NOIR&lt;!--sizec--&gt;</span>&lt;!--/sizec--&gt;</span></div>
<br />
La mort du Somnambule occupa les journaux pendant plusieurs jours. Les experts criminologistes furent interrogés partout. L&#39;affaire de ce criminel d&#39;exception se mêlait, c&#39;était encore plus excitant, à cette sombre affaire de navire autrellien. De plus, la mort de Villers-Leclos revint sur le devant de la scène. Parce qu&#39;Autrelles fut reconnu coupable de l’assassinat du maréchal. Le nom de Portzamparc, en revanche, ne fut pas mentionné officiellement. L’inspecteur fut porté disparu en service : c’était les conclusions des services d’OBSIDIENNE, il fallut donc s’y conformer. Comme sa femme avait aussi disparu, certains crurent à un suicide à deux. Il n’y avait en somme que Maréchal, Nelly et quelques habitués de chez Emma qui savaient. <br />
L’ordre de mobilisation général tomba deux semaines après, le jour même où l’ambassade d’Autrelles fut fermée, ses occupants expulsés. La propagande généralisée avait fini d’enflammer une opinion exiléenne convaincue depuis deux siècles –depuis la réouverture des Portes d’Airain – de sa supériorité sur les barbares forgiens. La guerre était souhaitée depuis longtemps. Elle devait être l&#39;affrontement qui déciderait de la supériorité d&#39;Exil, son épreuve de vérité.<br />
 <br />
Maréchal, qui avait eu droit à l’époque à un service militaire abrégé, fut traité à la dure par les petits chefs, qui méprisaient les tire-au-flanc. Les offensives commençaient déjà, avec la marine en fer de lance de l’attaque contre Autrelles. Nelly´était sur le quai de la gare le jour où la compagnie 47 d’infanterie partait, tassée dans les wagons. <br />
Ils faisaient tous les fanfarons mais la plupart se retenaient de pleurer comme des mômes. Antonin, écœuré, dit adieu à Nelly, la mort dans l’âme.<br />
-	Je ne vais pas m’ennuyer, lui dit-elle, je suis enrôlée pour servir dans une usine d’armement… Je vais passer les prochains mois à visser des têtes d’obus…<br />
Il la serra dans ses bras tant qu’il put. Ses camarades sifflaient, riaient. Maréchal se promettait de coffrer tous les rieurs le lendemain de la victoire &#33;<br />
Ils embarquèrent sur un navire Léviathan –ces bases de pêche mobiles – réaménagé pour le transport de troupes. Il y eut dix jours de traversée cauchemardesque, nauséeuse, sur l’océan, à faire des manœuvres sur le pont, des corvées, des veilles, n’importe quoi pour garder le troufion occupé. C&#39;était un départ traumatisant pour la plupart d&#39;entre eux, un déracinement violent. C&#39;était comme s&#39;ils étaient chassés de la Cité. Ils avaient du mal à croire qu&#39;on les envoyait la défendre.<br />
<br />
A l’approche des portes d’Airain, tout le monde se massa sur le pont. Certains hurlaient, d’autres pleuraient, d’autres riaient, devant cette gueule gigantesque dans laquelle on voyait déjà un océan grisâtre sous un ciel crépusculaire. Le navire franchit la structure noir de jais. Tout le monde se retrouva sourd et aveugle pendant quelques instants. Certains s’évanouirent. Maréchal était penché sur la rambarde, malade. Il vomissait dans ces eaux orange nouvelles. La lumière de Forge, bien plus claire que sur Exil, l’éblouit. Ils rentrèrent dans leurs cabines. Un bon tiers de l’équipage fut malade dans les trois jours suivants. L’air et le climat étaient insupportables, lourds, lumineux.<br />
Elle était belle, l’armée de la Cité d’Acier, avec ses hommes cloués au lit, préparés à la hâte pour aller au front &#33; La compagnie d’infanterie 47, de la division Nessim, mit pied à terre sur Autrelles par un matin sordide, dans la brume silencieuse, dans la boue moite. <br />
Ils marchèrent dans le brouillard une journée entière. Ils rejoignirent un camp avancé que les marins terminaient de monter, où quelques milliers de soldats allaient prendre position. Maréchal supportait certains de ses camarades, qui dans le civil devaient être des fonctionnaires ou des petits employés, mais il ne pouvait pas voir les marins. C’était au-dessus de ses forces. Ceux-là méprisaient l’infanterie : ils étaient atteints d’un mélange d’orgueil et de rage justifié par la mort de Villers-Leclos. N’importe quel « pompon rouge » de 2e classe s’imaginait –sans doute sur instruction de ses supérieurs – au-dessus d’un maréchal des logis des « rampants ». <br />
<br />
La troupe avança, de plus en plus mortellement inquiète, dans une attente usante qui faisait souhaiter à tous un vrai combat. Les « pompons » se sentaient investis de la mission de galvaniser les troupes, d’avoir l’air toujours frais et de bonne humeur, de marcher le torse bombé, et de dénoncer ceux qui réfléchissaient trop et qui minaient le moral des troupes. On se demandait d’ailleurs ce qu’ils faisaient là, les gars de la Marine, parce qu’on commençait à être sacrément loin des côtes &#33; <br />
Malgré son peu d’enthousiasme, Maréchal passa caporal. C’était une sorte de gros doigt d’honneur à ceux qui auraient préféré le fusiller et le laisser dans un fossé pour l’exemple. Derrière ses airs bougons, l’inspecteur soutenait le moral des camarades au quotidien. Il organisait les rations de cigarettes, obtenait du rab’ pour les uns et les autres. Il essayait de se dire : que ferait tante Myrtille si elle était infirmière dans notre compagnie &#33;<br />
<br />
La vaillante troupe, entourée d’autres divisions qui ressemblaient à une armée de fantômes, avançait, las des marches forcées, des marches nocturnes, des rodomontades permanentes des fanatiques de Villers-Leclos. Dire que Maréchal aurait pu balancer à tout le monde le nom de l’assassin &#33; C’était trop beau &#33;...<br />
<br />
Ils virent passer les premiers engins mobiles blindés, équipés de petits canons. Leurs chenilles crissaient sur la terre dure d’Autrelles. On était proche de la frontière avec Kargarl, avec qui une trêve avait été signée. Les troupes descendaient lentement dans une vallée où il devait pleuvoir en permanence. La plaine boueuse s’étendait, s’étendait &#33;... Et les chemins, et les quelques champs désertés, et des villages abandonnés &#33;... Tout ici était triste à se pendre, c’était comme un chant de la nature à l’agonie. Le vent hurlait des nuits entières, on n’en fermait plus l’œil. La troupe était à bout. On était parti depuis un mois et rien &#33; <br />
-	Tu parles d’une balade mon caporal &#33; geignait un soldat. <br />
Maréchal commençait à ressentir des migraines pénibles, et il sentait tous les jours l’agression de cette lumière maladive, bien trop forte pour un Exiléen. Ils arrivaient maintenant dans la neige. La belle et douce neige, duveteuse, d&#39;un pays qui s&#39;étendait d’ici aux régions polaires, tout au nord. <br />
-	Entre nous, caporal, disait un vieux soldat, vous croyez que c’est une bonne idée de nous emmener au fond de cette vallée gelée ? <br />
-	Ce n’est pas moi qui fait la manœuvre, mais ce serait moi, on serait au café à siroter un demi &#33;<br />
C’est à la tombée de la nuit, qui n’arrivait que tous les trois jours en cette saison, que des éclaireurs repérèrent la cavalerie Autrellienne qui manœuvrait sur le plateau.  Ils revinrent en courant prévenir le capitaine, qui était un jeune incompétent, mis à ce poste par piston. Le pauvre n’était pas de mauvaise volonté mais il n&#39;avait pas les épaules. Il avait heureusement autour de lui quelques lieutenants plus expérimentés, mais comme ils étaient trois, ils étaient lents à s’accorder.<br />
-	J’ai dans l’idée qu’elle ne va pas être longue et glorieuse, l’histoire de la 47e &#33;<br />
La cavalerie ennemie s’était massée sur le plateau. La troupe exiléenne, enfermée dans cette cuvette, dressa aussi vite que possible quelques remparts et fossés, en y ajoutant quelques piques et de maigres palissades. Les cavaliers descendirent de la falaise pendant la nuit, superbes sur leurs montures, qu’ils menaient d’une main ferme sur ses pentes escarpées. Quand la lumière de crépuscule pointa au matin, Exil opposait quelques maigres défenses. Des cavaliers qui n’étaient pas descendus firent rouler de grosses pierres, qui ravagèrent ces protections, puis ce fut la charge des chevau-légers, au son du clairon &#33; Il n’y en eut pas pour longtemps, le temps de quelques <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">taritarataratari</span>, quelques blessés, quelques morts, et il fallut bien agiter le drapeau blanc. <br />
C’était fini. <br />
Le jeune capitaine dut se présenter, très raide, pour demander sa reddition. Il avait laissé pousser ce qu’il avait pu de barbe. Les Autrelliens, avec leurs belles moustaches, se regardèrent et serrèrent les mâchoires pour ne pas éclater de rire. Le ciel glauque coulait déjà dans l’obscurité. <br />
-	Bien-venue dans belle Autrelles &#33; dit un capitaine avec un gros accent rocailleux. Espérons vous plaire hospitalité belle nation notre. <br />
Ils quittèrent la cuvette par où ils étaient arrivés. <br />
-	Je rêve, soupira Maréchal, on repart dans l’autre sens. <br />
Personne n’en voulait vraiment au jeune « capiston », qui avait suivi les ordres. <br />
-	Que celui qui aurait fait mieux dans cette cuvette de merde, lança un soir un soldat, lève le doigt &#33;  <br />
Tout le monde garda la tête sur sa gamelle. <br />
Les officiers Autrelliens n’étaient pas des mauvais bougres. Ils interrogeaient poliment le capitaine et ses lieutenants sur la vie à Exil, les fêtes, les coutumes, les petites femmes… Ils s’y voyaient déjà en goguette, avec le drapeau du Roi flottant sur les plus hautes tours de la Cité... Ils firent distribuer des cigarettes aux pauvres prisonniers. Les sous-offs de sa Majesté partaient de leur gros rire : <br />
-	Par chez nous, c’est bonne franquette, comme dites vous &#33;<br />
Deux jours de marche, sans trop se presser. <br />
-	Oh non, ne me dites pas que je vois ce que je vois, gémit un soldat. <br />
Ils revenaient au camp qu’ils avaient bâti à leur arrivée, de leurs mains, où flottait à présent le drapeau ennemi &#33;<br />
Les Autrelliens levaient le pouce, admiratifs : <br />
-	Exiléiens construire bonne qualité &#33; Solide robuste &#33;<br />
Gros rires.<br />
-	Le savoir-faire et l’acier de chez nous &#33; lança Maréchal. <br />
-	Meilleur que bois de nous, dit un soldat en s’approchant très près, et nous bientôt prendre tout acier de vous, démonter Cité vous &#33; Tout emporter &#33;<br />
Encore les gros éclats de rire &#33;<br />
Consolation pour Maréchal : les pompons faisaient la gueule comme jamais &#33; Ils n&#39;arrivaient pas à admettre la défaite piteuse que leur avait infligée les Autrelliens.<br />
-	Vous serez bien confortables dans bâtiments votre &#33; « Comme à la maison ». Petite femme de vous pas ici faire cuisine hélas… <br />
Le camp fortifié « Nessim 47 » était devenu le stalag 10-Sud &#33; C’était un crève-cœur pour les Exiléens.<br />
-	On prend nos quartiers d’hiver les gars… <br />
Et ce fut l’attente. <br />
Il fallait laver son linge, faire sa popote. Des patrouilles partaient régulièrement couper du bois. Les Autrelliens avaient songé au début à laisser les Exiléens seuls dans leur stalag, en ne les surveillant que de l’extérieur. Il y eut néanmoins plusieurs évasions, donc on décida d’installer une garde dedans. <br />
-	Vous devoir vous serrer à présent &#33; Laisser meilleures places à soldats royaux &#33;<br />
Les évadés furent repris et envoyés au mitard. Il y avait parmi eux un collègue de SÛRETÉ, l’inspecteur Faivre, qui avait travaillé sous les ordres de Lanvin. <br />
-	Je vous l’avais dit, soupira Maréchal depuis son lit, ça ne sert à rien de s’évader. Où iriez-vous de toute façon dans ce pays où il fait beau trois jours par an? Vous n’alliez pas rentrer à la nage…<br />
-	C’est une question de principe. Et je puis vous dire que dès que l’occasion se présente de nouveau, je mets les bouts &#33;<br />
<br />
Le soir à table, un caporal qui avait travaillé à l&#39;intendance, lança :<br />
-	Tiens, ben on nous envoie du beau monde &#33; Le chef du camp est un capitaine de sa Majesté, régiment des chasseurs polaires &#33;<br />
-	C’est quoi ça, les chasseurs polaires ?<br />
-	C’est l’élite, ignorant &#33; C’est du soldat Autrellien qui résiste à toutes les températures, qui marche pieds nus dans la neige et qui étrangle à la main les bêtes féroces &#33;<br />
Tout le monde fut réuni dans la cour le lendemain, tenues impeccables exigées, pour l’arrivée du capitaine. Les chasseurs polaires arrivèrent en grande pompe, avec les trompettes, la fanfare, les bannières d&#39;un blanc pur aux liserés bleus. <br />
-	Mince de spectacle, hein caporal &#33;<br />
-	Comme vous dites, dit Maréchal poliment.<br />
Il en voyait certains, des Exiléens, qui battaient la mesure ou qui claquaient des doigts avec entrain &#33; Maréchal promit de dénoncer ces traîtres qui aimaient l’hymne l’ennemi.<br />
Le capitaine descendit de cheval, enleva son casque et passa devant les Exiléens alignés. Maréchal baissa les yeux très bas. Il croisa le regard de Faivre, qui était blanc d’indignation.<br />
-	Lui, soupira Maréchal, il saura mieux parler notre langue que les autres.<br />
Le troufion d’à côté n’avait pas compris. <br />
 <br />
C’était bien lui, son ancien collègue, pimpant, reluisant dans son uniforme brillant dans le soleil neigeux. Faivre l&#39;avait reconnu aussi.<br />
-	Je suis le capitaine de Portzamparc, déclara-t-il et j’ai l’honneur de diriger dès aujourd’hui ce camp. Je ne suis pas cruel, pas partisan des méthodes radicales, mais si je dois recourir…<br />
<br />
Il devait même faire exprès de parler avec un accent pour que ce ne soit pas trop suspect &#33; C’était déjà suffisamment étonnant de l’entendre parler Exiléen couramment.<br />
Il ne repéra pas Maréchal, qui n’était qu’au quatrième rang. <br />
La vie reprit, routinière, quoique plus contrainte. Il fallait que tout le monde ait de l’occupation. Des couvre-feux stricts, des fouilles aléatoires des chambres. <br />
Maréchal discuta un jour avec le jeune capitaine Exiléen, lors d’une promenade hors du camp.<br />
-	J’ai discuté avec ce de Portzamparc, dit le jeune officier. Il m’a l’air plus éclairé que la moyenne de ses compatriotes. Nous avons certainement de la chance de tomber sur lui. <br />
-	Comme vous dites, fit Maréchal.<br />
Le caporal et inspecteur dans le civil dut, comme les autres, « tourner » : une semaine le repassage, une autre aux cuisines, avant d’être de l’équipe de nettoyage, puis d’aller au terrassement pour refaire la palissade, ou derrière le comptoir de l’équipement.<br />
-	Il me faudrait une nouvelle boucle de ceinturon. Et des lacets. <br />
-	Des lacets, j’en ai plus. <br />
 Le capitaine de Portzamparc aimait l’ordre et la propreté, le travail bien fait &#33;<br />
-	Demain, je m’évade, maugréait Faivre tous les jours. <br />
Il n’eut pas de seconde occasion. <br />
Les nouvelles du front arrivaient, éparses, annoncées par l’enseigne du capitaine : les troupes exiléennes, à les croire, n’arrêtaient pas de subir des revers. <br />
-	Sacrés menteurs, ricanaient les hommes, on dirait qu’ils ont tué quatre fois chacun de nous, tellement on aurait subi de pertes &#33;<br />
<br />
Ce qui devait arriver arriva : Maréchal fut appelé dans le bureau du capitaine. Portzamparc avait fini par trouver par hasard son nom sur une liste. <br />
Les deux anciens collègues se retrouvèrent autour du bureau. Maréchal, qui avait minci et pris des muscles, et la barbe, ne dit d’abord rien. Portzamparc fit asseoir son prisonnier et ordonna au planton de sortir.<br />
-	Cigare ?<br />
-	Je veux bien. <br />
Ils fumèrent sans rien dire. Maréchal n’étais pas le plus gêné. <br />
-	Alors, dit-il pour briser la glace, comment se passe notre défaite ?<br />
-	Bien, bien… Mais tu sais, nous autres, nous sommes ouverts à la négociation. Nous allons en fait vous concéder des territoires littoraux, en échange de quelques bons ingénieurs, d’acier et de navires marchands. <br />
-	Vous nous mettez à sac &#33;<br />
-	Marché au profit des deux partis…<br />
-	Quand je pense que c’est toi qui as déclenché tout ce merdier…<br />
-	Cela aurait fini par éclater de toute façon… C’est aussi une façon pour nous d’entrer dans la modernité. Nous espérons signer rapidement la paix et ensuite, que nous soyons alliés contre ceux de Kargarl.<br />
-	J’adore ces stratégies… <br />
-	Comment va Nelly ?<br />
-	Elle doit être en train de visser l’obus qui va tomber sur la tête de votre roi… Et Madame ? Elle se fait au climat ?<br />
-	Elle s’occupe de bonnes œuvres. Elle réconforte les troupes. <br />
Tout était donc pour le mieux. <br />
<br />
Le lendemain, Portzamparc signait la liste des premiers libérés. <br />
-	Ne mettez pas encore Maréchal dedans…<br />
L’armistice n’était pas encore là &#33;<br />
Le jeune capitaine refusa de partir.<br />
-	C’est tout à votre honneur, dit Portzamparc. <br />
Il réunit tout le monde pour qu’on salue ceux qui s’en allaient.<br />
<br />
D’autres semaines passèrent. Maréchal avait incroyablement amélioré sa productivité dans la coupe de bois. Il vous débitait maintenant ses quarante rondins à l’heure, et nets avec ça &#33; Après la bière Maréchal, la bûche Maréchal &#33; <br />
A ce sujet, il correspondait avec son cousin Gérald, prisonnier au stalag IX-Est. Ses usines tournaient au ralenti, la Cité mourait de soif à cause de cette pénurie de bière &#33; Tante Myrtille se portait bien. Elle cousait des uniformes. <br />
Alors que Maréchal était en passe de devenir un vrai virtuose de la couture, de la cuisine et du rondin de bois, qu’il devenait un homme accompli, loin des frustrations et des mesquineries de la Cité, de ses vices et son agitation vaine –face aux solitudes glauques et froides –il apprit qu’il était libéré &#33;<br />
-	Je ne peux plus te garder ici, dit Portzamparc. On va finir par se poser des questions. <br />
-	Dommage, la maison était bonne. A recommander.<br />
-	Tu es heureux de rentrer au moins ?<br />
-	Les émanations de métaux lourds et la graisse me manquent. <br />
-	Alors, mes respects à ta tante et à ta femme.<br />
-	Nelly et moi ne sommes pas mariés. <br />
-	Tu ne veux pas de la meilleure voleuse de votre Cité décadente comme femme ?<br />
-	Ne brusquons rien.<br />
Maréchal fut donc de la prochaine colonne. Faivre en était aussi. On voyait bien qu’il rageait de n’avoir pas réussi à s’échapper.<br />
La traversée dans l’autre sens fut plus facile que la première fois. Maréchal était resté en tout dix mois sur Forge. Il lui semblait que des années avaient passé. <br />
Il regarda les cotes verdâtres s’éloigner. Il eut même de l’appréhension quand il repassa les portes d’Airain. Il retrouvait le vieil océan noir, peut-être plus beau que la nuit ; ses vagues, ses oiseaux, ses sanglots lointains. Les étendues mouvantes et ses mammifères gémissant. Les étoiles éternelles ; les récifs, les premières îles, la nostalgie du retour.  Les vapeurs des plateformes, les pêcheries qui grondent, la noirceur compacte de ce monde gigantesque et miniature, les péninsules, les gueules et les vapeurs, la masse de la Cité inhumaine.<br />
Le Léviathan dont le moindre boulon grince, les coursives et les moteurs… L’énorme bâtiment s’arrime à la Cité. Les habitants ont des allures spectrales. Maréchal avait presque oublié l’anonymat de ce monde gris, après avoir fréquenté ces Autrellois expansifs, fanfarons. <br />
Là-bas, il était devenu un homme accompli, sûr, capable de s&#39;occuper de tous les aspects de sa vie.<br />
<br />
Il retrouva Myrtille, qui empaquetait des uniformes. Elle se mit à pleurer et lui tomba dans les bras. Gérald devait revenir dans trois semaines. <br />
<br />
Maréchal attendit Nelly à la sortie de son usine. Elle portait la tenue grise des travailleuses à la chaine, les cheveux attachés, les solides bottes. Elle le reconnut, se détacha de la foule fatiguée, courut et le prit dans ses bras, pendant que le flot de femmes lasses s’écoulait. <br />
L’inspecteur eut droit à sa croix de guerre. Il se fit soigner les yeux car ils avaient été abîmés par la lumière de Forge. Puis, il reprit le travail. Il y eut l’armistice, la réconciliation avec Autrelles. La réouverture de leur ambassade. <br />
La vie reprenait son cours ordinaire. Les derniers stalags étaient évacués, les revenus de la dernière heure avaient droit à leur nuit de fête.  <br />
<br />
Maréchal redescendit à Névise. Le bistrot du bout du quai n’avait pas changé. Mademoiselle Clarine était à son poste. Elle salua comme une militaire le retour de son supérieur. Linus n’était plus là, il avait été enrôlé. Son nom n’apparaissait pas dans les morts. <br />
C’était difficile de savoir qui avait gagné la guerre. Les deux partis le prétendaient. Autrelles avait concédé des terres, mais allait tellement y gagner derrière. Des légendes disaient que le fantôme du Somnambule hantaient à présent les plaines glauques d&#39;Autrelles. L’armée exiléenne n’avait pas brillé. On n’avait pas retrouvé l’assassin de l’amiral. On n&#39;y pensa bientôt plus. On avait oublié comment la guerre avait commencé. <br />
<br />
Quelques semaines après l’armistice, Maréchal reçut un appel d&#39;OBSIDIENNE, de la part de l’ambassade d’Autrelles, qui l’appelait pour une affaire urgente et qui requérait "du tact et de la la discrétion". S’il n’y avait pas du Portzamparc là-dessous &#33; Maréchal flairait le retour du capitaine dans la valise diplomatique &#33;<br />
Alors il quitta son hamac, enfila son imper, vissa son chapeau, alluma une cigarette et traversa le quai. Il courut pour attraper le funiculaire. La cabine partit en tremblant. Pour arriver à l’ambassade, il prendrait ensuite le tramway G, la nouvelle ligne automatisée, et finirait à pied en passant sur la Céleste. La nouvelle ambassade était à deux pas du Pandémonium, des cabarets, des petites femmes d’Exil. <br />
<br />
Maréchal repensait au stalag, Faivre et sa volonté de s’évader. Où serait-il allé ? Où aurait-il fui ? On ne peut fuir nulle part sur Forge, cette planète mourante, avec la lune d’Exil en orbite, qui ne vaut pas mieux. Les hommes venaient de se faire la guerre, comme pour oublier qu’ils étaient bien seuls entre eux, sans espoir d’ailleurs, sans personne pour les voir. <br />
C&#39;est ainsi. La Cité d’Acier gronde. Les Kargarliens traversent les steppes, les Autrellois bâtissent un royaume moderne, les navires affrontent le gros temps ; les Scientistes cherchent à percer les secrets de la matière et du temps – mais ce monde est oublié, il est voué au silence et à la solitude.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">EXIL - Interlude<br />
<br />
<br />
<span style="font-size: 5pt;" class="mycode_size">LA GUERRE DE L&#39;OCÉAN NOIR&lt;!--sizec--&gt;</span>&lt;!--/sizec--&gt;</span></div>
<br />
La mort du Somnambule occupa les journaux pendant plusieurs jours. Les experts criminologistes furent interrogés partout. L&#39;affaire de ce criminel d&#39;exception se mêlait, c&#39;était encore plus excitant, à cette sombre affaire de navire autrellien. De plus, la mort de Villers-Leclos revint sur le devant de la scène. Parce qu&#39;Autrelles fut reconnu coupable de l’assassinat du maréchal. Le nom de Portzamparc, en revanche, ne fut pas mentionné officiellement. L’inspecteur fut porté disparu en service : c’était les conclusions des services d’OBSIDIENNE, il fallut donc s’y conformer. Comme sa femme avait aussi disparu, certains crurent à un suicide à deux. Il n’y avait en somme que Maréchal, Nelly et quelques habitués de chez Emma qui savaient. <br />
L’ordre de mobilisation général tomba deux semaines après, le jour même où l’ambassade d’Autrelles fut fermée, ses occupants expulsés. La propagande généralisée avait fini d’enflammer une opinion exiléenne convaincue depuis deux siècles –depuis la réouverture des Portes d’Airain – de sa supériorité sur les barbares forgiens. La guerre était souhaitée depuis longtemps. Elle devait être l&#39;affrontement qui déciderait de la supériorité d&#39;Exil, son épreuve de vérité.<br />
 <br />
Maréchal, qui avait eu droit à l’époque à un service militaire abrégé, fut traité à la dure par les petits chefs, qui méprisaient les tire-au-flanc. Les offensives commençaient déjà, avec la marine en fer de lance de l’attaque contre Autrelles. Nelly´était sur le quai de la gare le jour où la compagnie 47 d’infanterie partait, tassée dans les wagons. <br />
Ils faisaient tous les fanfarons mais la plupart se retenaient de pleurer comme des mômes. Antonin, écœuré, dit adieu à Nelly, la mort dans l’âme.<br />
-	Je ne vais pas m’ennuyer, lui dit-elle, je suis enrôlée pour servir dans une usine d’armement… Je vais passer les prochains mois à visser des têtes d’obus…<br />
Il la serra dans ses bras tant qu’il put. Ses camarades sifflaient, riaient. Maréchal se promettait de coffrer tous les rieurs le lendemain de la victoire &#33;<br />
Ils embarquèrent sur un navire Léviathan –ces bases de pêche mobiles – réaménagé pour le transport de troupes. Il y eut dix jours de traversée cauchemardesque, nauséeuse, sur l’océan, à faire des manœuvres sur le pont, des corvées, des veilles, n’importe quoi pour garder le troufion occupé. C&#39;était un départ traumatisant pour la plupart d&#39;entre eux, un déracinement violent. C&#39;était comme s&#39;ils étaient chassés de la Cité. Ils avaient du mal à croire qu&#39;on les envoyait la défendre.<br />
<br />
A l’approche des portes d’Airain, tout le monde se massa sur le pont. Certains hurlaient, d’autres pleuraient, d’autres riaient, devant cette gueule gigantesque dans laquelle on voyait déjà un océan grisâtre sous un ciel crépusculaire. Le navire franchit la structure noir de jais. Tout le monde se retrouva sourd et aveugle pendant quelques instants. Certains s’évanouirent. Maréchal était penché sur la rambarde, malade. Il vomissait dans ces eaux orange nouvelles. La lumière de Forge, bien plus claire que sur Exil, l’éblouit. Ils rentrèrent dans leurs cabines. Un bon tiers de l’équipage fut malade dans les trois jours suivants. L’air et le climat étaient insupportables, lourds, lumineux.<br />
Elle était belle, l’armée de la Cité d’Acier, avec ses hommes cloués au lit, préparés à la hâte pour aller au front &#33; La compagnie d’infanterie 47, de la division Nessim, mit pied à terre sur Autrelles par un matin sordide, dans la brume silencieuse, dans la boue moite. <br />
Ils marchèrent dans le brouillard une journée entière. Ils rejoignirent un camp avancé que les marins terminaient de monter, où quelques milliers de soldats allaient prendre position. Maréchal supportait certains de ses camarades, qui dans le civil devaient être des fonctionnaires ou des petits employés, mais il ne pouvait pas voir les marins. C’était au-dessus de ses forces. Ceux-là méprisaient l’infanterie : ils étaient atteints d’un mélange d’orgueil et de rage justifié par la mort de Villers-Leclos. N’importe quel « pompon rouge » de 2e classe s’imaginait –sans doute sur instruction de ses supérieurs – au-dessus d’un maréchal des logis des « rampants ». <br />
<br />
La troupe avança, de plus en plus mortellement inquiète, dans une attente usante qui faisait souhaiter à tous un vrai combat. Les « pompons » se sentaient investis de la mission de galvaniser les troupes, d’avoir l’air toujours frais et de bonne humeur, de marcher le torse bombé, et de dénoncer ceux qui réfléchissaient trop et qui minaient le moral des troupes. On se demandait d’ailleurs ce qu’ils faisaient là, les gars de la Marine, parce qu’on commençait à être sacrément loin des côtes &#33; <br />
Malgré son peu d’enthousiasme, Maréchal passa caporal. C’était une sorte de gros doigt d’honneur à ceux qui auraient préféré le fusiller et le laisser dans un fossé pour l’exemple. Derrière ses airs bougons, l’inspecteur soutenait le moral des camarades au quotidien. Il organisait les rations de cigarettes, obtenait du rab’ pour les uns et les autres. Il essayait de se dire : que ferait tante Myrtille si elle était infirmière dans notre compagnie &#33;<br />
<br />
La vaillante troupe, entourée d’autres divisions qui ressemblaient à une armée de fantômes, avançait, las des marches forcées, des marches nocturnes, des rodomontades permanentes des fanatiques de Villers-Leclos. Dire que Maréchal aurait pu balancer à tout le monde le nom de l’assassin &#33; C’était trop beau &#33;...<br />
<br />
Ils virent passer les premiers engins mobiles blindés, équipés de petits canons. Leurs chenilles crissaient sur la terre dure d’Autrelles. On était proche de la frontière avec Kargarl, avec qui une trêve avait été signée. Les troupes descendaient lentement dans une vallée où il devait pleuvoir en permanence. La plaine boueuse s’étendait, s’étendait &#33;... Et les chemins, et les quelques champs désertés, et des villages abandonnés &#33;... Tout ici était triste à se pendre, c’était comme un chant de la nature à l’agonie. Le vent hurlait des nuits entières, on n’en fermait plus l’œil. La troupe était à bout. On était parti depuis un mois et rien &#33; <br />
-	Tu parles d’une balade mon caporal &#33; geignait un soldat. <br />
Maréchal commençait à ressentir des migraines pénibles, et il sentait tous les jours l’agression de cette lumière maladive, bien trop forte pour un Exiléen. Ils arrivaient maintenant dans la neige. La belle et douce neige, duveteuse, d&#39;un pays qui s&#39;étendait d’ici aux régions polaires, tout au nord. <br />
-	Entre nous, caporal, disait un vieux soldat, vous croyez que c’est une bonne idée de nous emmener au fond de cette vallée gelée ? <br />
-	Ce n’est pas moi qui fait la manœuvre, mais ce serait moi, on serait au café à siroter un demi &#33;<br />
C’est à la tombée de la nuit, qui n’arrivait que tous les trois jours en cette saison, que des éclaireurs repérèrent la cavalerie Autrellienne qui manœuvrait sur le plateau.  Ils revinrent en courant prévenir le capitaine, qui était un jeune incompétent, mis à ce poste par piston. Le pauvre n’était pas de mauvaise volonté mais il n&#39;avait pas les épaules. Il avait heureusement autour de lui quelques lieutenants plus expérimentés, mais comme ils étaient trois, ils étaient lents à s’accorder.<br />
-	J’ai dans l’idée qu’elle ne va pas être longue et glorieuse, l’histoire de la 47e &#33;<br />
La cavalerie ennemie s’était massée sur le plateau. La troupe exiléenne, enfermée dans cette cuvette, dressa aussi vite que possible quelques remparts et fossés, en y ajoutant quelques piques et de maigres palissades. Les cavaliers descendirent de la falaise pendant la nuit, superbes sur leurs montures, qu’ils menaient d’une main ferme sur ses pentes escarpées. Quand la lumière de crépuscule pointa au matin, Exil opposait quelques maigres défenses. Des cavaliers qui n’étaient pas descendus firent rouler de grosses pierres, qui ravagèrent ces protections, puis ce fut la charge des chevau-légers, au son du clairon &#33; Il n’y en eut pas pour longtemps, le temps de quelques <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">taritarataratari</span>, quelques blessés, quelques morts, et il fallut bien agiter le drapeau blanc. <br />
C’était fini. <br />
Le jeune capitaine dut se présenter, très raide, pour demander sa reddition. Il avait laissé pousser ce qu’il avait pu de barbe. Les Autrelliens, avec leurs belles moustaches, se regardèrent et serrèrent les mâchoires pour ne pas éclater de rire. Le ciel glauque coulait déjà dans l’obscurité. <br />
-	Bien-venue dans belle Autrelles &#33; dit un capitaine avec un gros accent rocailleux. Espérons vous plaire hospitalité belle nation notre. <br />
Ils quittèrent la cuvette par où ils étaient arrivés. <br />
-	Je rêve, soupira Maréchal, on repart dans l’autre sens. <br />
Personne n’en voulait vraiment au jeune « capiston », qui avait suivi les ordres. <br />
-	Que celui qui aurait fait mieux dans cette cuvette de merde, lança un soir un soldat, lève le doigt &#33;  <br />
Tout le monde garda la tête sur sa gamelle. <br />
Les officiers Autrelliens n’étaient pas des mauvais bougres. Ils interrogeaient poliment le capitaine et ses lieutenants sur la vie à Exil, les fêtes, les coutumes, les petites femmes… Ils s’y voyaient déjà en goguette, avec le drapeau du Roi flottant sur les plus hautes tours de la Cité... Ils firent distribuer des cigarettes aux pauvres prisonniers. Les sous-offs de sa Majesté partaient de leur gros rire : <br />
-	Par chez nous, c’est bonne franquette, comme dites vous &#33;<br />
Deux jours de marche, sans trop se presser. <br />
-	Oh non, ne me dites pas que je vois ce que je vois, gémit un soldat. <br />
Ils revenaient au camp qu’ils avaient bâti à leur arrivée, de leurs mains, où flottait à présent le drapeau ennemi &#33;<br />
Les Autrelliens levaient le pouce, admiratifs : <br />
-	Exiléiens construire bonne qualité &#33; Solide robuste &#33;<br />
Gros rires.<br />
-	Le savoir-faire et l’acier de chez nous &#33; lança Maréchal. <br />
-	Meilleur que bois de nous, dit un soldat en s’approchant très près, et nous bientôt prendre tout acier de vous, démonter Cité vous &#33; Tout emporter &#33;<br />
Encore les gros éclats de rire &#33;<br />
Consolation pour Maréchal : les pompons faisaient la gueule comme jamais &#33; Ils n&#39;arrivaient pas à admettre la défaite piteuse que leur avait infligée les Autrelliens.<br />
-	Vous serez bien confortables dans bâtiments votre &#33; « Comme à la maison ». Petite femme de vous pas ici faire cuisine hélas… <br />
Le camp fortifié « Nessim 47 » était devenu le stalag 10-Sud &#33; C’était un crève-cœur pour les Exiléens.<br />
-	On prend nos quartiers d’hiver les gars… <br />
Et ce fut l’attente. <br />
Il fallait laver son linge, faire sa popote. Des patrouilles partaient régulièrement couper du bois. Les Autrelliens avaient songé au début à laisser les Exiléens seuls dans leur stalag, en ne les surveillant que de l’extérieur. Il y eut néanmoins plusieurs évasions, donc on décida d’installer une garde dedans. <br />
-	Vous devoir vous serrer à présent &#33; Laisser meilleures places à soldats royaux &#33;<br />
Les évadés furent repris et envoyés au mitard. Il y avait parmi eux un collègue de SÛRETÉ, l’inspecteur Faivre, qui avait travaillé sous les ordres de Lanvin. <br />
-	Je vous l’avais dit, soupira Maréchal depuis son lit, ça ne sert à rien de s’évader. Où iriez-vous de toute façon dans ce pays où il fait beau trois jours par an? Vous n’alliez pas rentrer à la nage…<br />
-	C’est une question de principe. Et je puis vous dire que dès que l’occasion se présente de nouveau, je mets les bouts &#33;<br />
<br />
Le soir à table, un caporal qui avait travaillé à l&#39;intendance, lança :<br />
-	Tiens, ben on nous envoie du beau monde &#33; Le chef du camp est un capitaine de sa Majesté, régiment des chasseurs polaires &#33;<br />
-	C’est quoi ça, les chasseurs polaires ?<br />
-	C’est l’élite, ignorant &#33; C’est du soldat Autrellien qui résiste à toutes les températures, qui marche pieds nus dans la neige et qui étrangle à la main les bêtes féroces &#33;<br />
Tout le monde fut réuni dans la cour le lendemain, tenues impeccables exigées, pour l’arrivée du capitaine. Les chasseurs polaires arrivèrent en grande pompe, avec les trompettes, la fanfare, les bannières d&#39;un blanc pur aux liserés bleus. <br />
-	Mince de spectacle, hein caporal &#33;<br />
-	Comme vous dites, dit Maréchal poliment.<br />
Il en voyait certains, des Exiléens, qui battaient la mesure ou qui claquaient des doigts avec entrain &#33; Maréchal promit de dénoncer ces traîtres qui aimaient l’hymne l’ennemi.<br />
Le capitaine descendit de cheval, enleva son casque et passa devant les Exiléens alignés. Maréchal baissa les yeux très bas. Il croisa le regard de Faivre, qui était blanc d’indignation.<br />
-	Lui, soupira Maréchal, il saura mieux parler notre langue que les autres.<br />
Le troufion d’à côté n’avait pas compris. <br />
 <br />
C’était bien lui, son ancien collègue, pimpant, reluisant dans son uniforme brillant dans le soleil neigeux. Faivre l&#39;avait reconnu aussi.<br />
-	Je suis le capitaine de Portzamparc, déclara-t-il et j’ai l’honneur de diriger dès aujourd’hui ce camp. Je ne suis pas cruel, pas partisan des méthodes radicales, mais si je dois recourir…<br />
<br />
Il devait même faire exprès de parler avec un accent pour que ce ne soit pas trop suspect &#33; C’était déjà suffisamment étonnant de l’entendre parler Exiléen couramment.<br />
Il ne repéra pas Maréchal, qui n’était qu’au quatrième rang. <br />
La vie reprit, routinière, quoique plus contrainte. Il fallait que tout le monde ait de l’occupation. Des couvre-feux stricts, des fouilles aléatoires des chambres. <br />
Maréchal discuta un jour avec le jeune capitaine Exiléen, lors d’une promenade hors du camp.<br />
-	J’ai discuté avec ce de Portzamparc, dit le jeune officier. Il m’a l’air plus éclairé que la moyenne de ses compatriotes. Nous avons certainement de la chance de tomber sur lui. <br />
-	Comme vous dites, fit Maréchal.<br />
Le caporal et inspecteur dans le civil dut, comme les autres, « tourner » : une semaine le repassage, une autre aux cuisines, avant d’être de l’équipe de nettoyage, puis d’aller au terrassement pour refaire la palissade, ou derrière le comptoir de l’équipement.<br />
-	Il me faudrait une nouvelle boucle de ceinturon. Et des lacets. <br />
-	Des lacets, j’en ai plus. <br />
 Le capitaine de Portzamparc aimait l’ordre et la propreté, le travail bien fait &#33;<br />
-	Demain, je m’évade, maugréait Faivre tous les jours. <br />
Il n’eut pas de seconde occasion. <br />
Les nouvelles du front arrivaient, éparses, annoncées par l’enseigne du capitaine : les troupes exiléennes, à les croire, n’arrêtaient pas de subir des revers. <br />
-	Sacrés menteurs, ricanaient les hommes, on dirait qu’ils ont tué quatre fois chacun de nous, tellement on aurait subi de pertes &#33;<br />
<br />
Ce qui devait arriver arriva : Maréchal fut appelé dans le bureau du capitaine. Portzamparc avait fini par trouver par hasard son nom sur une liste. <br />
Les deux anciens collègues se retrouvèrent autour du bureau. Maréchal, qui avait minci et pris des muscles, et la barbe, ne dit d’abord rien. Portzamparc fit asseoir son prisonnier et ordonna au planton de sortir.<br />
-	Cigare ?<br />
-	Je veux bien. <br />
Ils fumèrent sans rien dire. Maréchal n’étais pas le plus gêné. <br />
-	Alors, dit-il pour briser la glace, comment se passe notre défaite ?<br />
-	Bien, bien… Mais tu sais, nous autres, nous sommes ouverts à la négociation. Nous allons en fait vous concéder des territoires littoraux, en échange de quelques bons ingénieurs, d’acier et de navires marchands. <br />
-	Vous nous mettez à sac &#33;<br />
-	Marché au profit des deux partis…<br />
-	Quand je pense que c’est toi qui as déclenché tout ce merdier…<br />
-	Cela aurait fini par éclater de toute façon… C’est aussi une façon pour nous d’entrer dans la modernité. Nous espérons signer rapidement la paix et ensuite, que nous soyons alliés contre ceux de Kargarl.<br />
-	J’adore ces stratégies… <br />
-	Comment va Nelly ?<br />
-	Elle doit être en train de visser l’obus qui va tomber sur la tête de votre roi… Et Madame ? Elle se fait au climat ?<br />
-	Elle s’occupe de bonnes œuvres. Elle réconforte les troupes. <br />
Tout était donc pour le mieux. <br />
<br />
Le lendemain, Portzamparc signait la liste des premiers libérés. <br />
-	Ne mettez pas encore Maréchal dedans…<br />
L’armistice n’était pas encore là &#33;<br />
Le jeune capitaine refusa de partir.<br />
-	C’est tout à votre honneur, dit Portzamparc. <br />
Il réunit tout le monde pour qu’on salue ceux qui s’en allaient.<br />
<br />
D’autres semaines passèrent. Maréchal avait incroyablement amélioré sa productivité dans la coupe de bois. Il vous débitait maintenant ses quarante rondins à l’heure, et nets avec ça &#33; Après la bière Maréchal, la bûche Maréchal &#33; <br />
A ce sujet, il correspondait avec son cousin Gérald, prisonnier au stalag IX-Est. Ses usines tournaient au ralenti, la Cité mourait de soif à cause de cette pénurie de bière &#33; Tante Myrtille se portait bien. Elle cousait des uniformes. <br />
Alors que Maréchal était en passe de devenir un vrai virtuose de la couture, de la cuisine et du rondin de bois, qu’il devenait un homme accompli, loin des frustrations et des mesquineries de la Cité, de ses vices et son agitation vaine –face aux solitudes glauques et froides –il apprit qu’il était libéré &#33;<br />
-	Je ne peux plus te garder ici, dit Portzamparc. On va finir par se poser des questions. <br />
-	Dommage, la maison était bonne. A recommander.<br />
-	Tu es heureux de rentrer au moins ?<br />
-	Les émanations de métaux lourds et la graisse me manquent. <br />
-	Alors, mes respects à ta tante et à ta femme.<br />
-	Nelly et moi ne sommes pas mariés. <br />
-	Tu ne veux pas de la meilleure voleuse de votre Cité décadente comme femme ?<br />
-	Ne brusquons rien.<br />
Maréchal fut donc de la prochaine colonne. Faivre en était aussi. On voyait bien qu’il rageait de n’avoir pas réussi à s’échapper.<br />
La traversée dans l’autre sens fut plus facile que la première fois. Maréchal était resté en tout dix mois sur Forge. Il lui semblait que des années avaient passé. <br />
Il regarda les cotes verdâtres s’éloigner. Il eut même de l’appréhension quand il repassa les portes d’Airain. Il retrouvait le vieil océan noir, peut-être plus beau que la nuit ; ses vagues, ses oiseaux, ses sanglots lointains. Les étendues mouvantes et ses mammifères gémissant. Les étoiles éternelles ; les récifs, les premières îles, la nostalgie du retour.  Les vapeurs des plateformes, les pêcheries qui grondent, la noirceur compacte de ce monde gigantesque et miniature, les péninsules, les gueules et les vapeurs, la masse de la Cité inhumaine.<br />
Le Léviathan dont le moindre boulon grince, les coursives et les moteurs… L’énorme bâtiment s’arrime à la Cité. Les habitants ont des allures spectrales. Maréchal avait presque oublié l’anonymat de ce monde gris, après avoir fréquenté ces Autrellois expansifs, fanfarons. <br />
Là-bas, il était devenu un homme accompli, sûr, capable de s&#39;occuper de tous les aspects de sa vie.<br />
<br />
Il retrouva Myrtille, qui empaquetait des uniformes. Elle se mit à pleurer et lui tomba dans les bras. Gérald devait revenir dans trois semaines. <br />
<br />
Maréchal attendit Nelly à la sortie de son usine. Elle portait la tenue grise des travailleuses à la chaine, les cheveux attachés, les solides bottes. Elle le reconnut, se détacha de la foule fatiguée, courut et le prit dans ses bras, pendant que le flot de femmes lasses s’écoulait. <br />
L’inspecteur eut droit à sa croix de guerre. Il se fit soigner les yeux car ils avaient été abîmés par la lumière de Forge. Puis, il reprit le travail. Il y eut l’armistice, la réconciliation avec Autrelles. La réouverture de leur ambassade. <br />
La vie reprenait son cours ordinaire. Les derniers stalags étaient évacués, les revenus de la dernière heure avaient droit à leur nuit de fête.  <br />
<br />
Maréchal redescendit à Névise. Le bistrot du bout du quai n’avait pas changé. Mademoiselle Clarine était à son poste. Elle salua comme une militaire le retour de son supérieur. Linus n’était plus là, il avait été enrôlé. Son nom n’apparaissait pas dans les morts. <br />
C’était difficile de savoir qui avait gagné la guerre. Les deux partis le prétendaient. Autrelles avait concédé des terres, mais allait tellement y gagner derrière. Des légendes disaient que le fantôme du Somnambule hantaient à présent les plaines glauques d&#39;Autrelles. L’armée exiléenne n’avait pas brillé. On n’avait pas retrouvé l’assassin de l’amiral. On n&#39;y pensa bientôt plus. On avait oublié comment la guerre avait commencé. <br />
<br />
Quelques semaines après l’armistice, Maréchal reçut un appel d&#39;OBSIDIENNE, de la part de l’ambassade d’Autrelles, qui l’appelait pour une affaire urgente et qui requérait "du tact et de la la discrétion". S’il n’y avait pas du Portzamparc là-dessous &#33; Maréchal flairait le retour du capitaine dans la valise diplomatique &#33;<br />
Alors il quitta son hamac, enfila son imper, vissa son chapeau, alluma une cigarette et traversa le quai. Il courut pour attraper le funiculaire. La cabine partit en tremblant. Pour arriver à l’ambassade, il prendrait ensuite le tramway G, la nouvelle ligne automatisée, et finirait à pied en passant sur la Céleste. La nouvelle ambassade était à deux pas du Pandémonium, des cabarets, des petites femmes d’Exil. <br />
<br />
Maréchal repensait au stalag, Faivre et sa volonté de s’évader. Où serait-il allé ? Où aurait-il fui ? On ne peut fuir nulle part sur Forge, cette planète mourante, avec la lune d’Exil en orbite, qui ne vaut pas mieux. Les hommes venaient de se faire la guerre, comme pour oublier qu’ils étaient bien seuls entre eux, sans espoir d’ailleurs, sans personne pour les voir. <br />
C&#39;est ainsi. La Cité d’Acier gronde. Les Kargarliens traversent les steppes, les Autrellois bâtissent un royaume moderne, les navires affrontent le gros temps ; les Scientistes cherchent à percer les secrets de la matière et du temps – mais ce monde est oublié, il est voué au silence et à la solitude.]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[#13]]></title>
			<link>http://forum.chezseb.ovh/showthread.php?tid=34</link>
			<pubDate>Sat, 04 Sep 2010 21:43:05 +0000</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="http://forum.chezseb.ovh/member.php?action=profile&uid=3">Darth Nico</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">http://forum.chezseb.ovh/showthread.php?tid=34</guid>
			<description><![CDATA[[font=Georgia]<div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">EXIL #13</span></div>
<br />
<br />
<br />
<br />
-	Bon, on va commencer par le début. Nom, prénom ?<br />
-	Kassan. Josef. Trente-deux ans. Ancien pupille de la Cité.<br />
-	Profession ?<br />
-	Sans emploi. Réformé de la légion étrangère.<br />
-	Quelle région ?<br />
-	Scovié.<br />
Le détective tape rapidement. Le grand homme mince aux yeux gris sourit :<br />
-	Tu ne me reconnais vraiment pas ?<br />
-	Je vous demande pardon ?<br />
-	Tu oublies d’où tu viens, Maréchal…<br />
Le détective se trouble. <br />
-	Comment vous connaitrais-je ?<br />
-	Le Halo.<br />
Maréchal frissonne.<br />
<br />
L’inspecteur ouvre les yeux, fébrile. Il arrête les bandes magnétiques et les met à rembobiner. Il se lève, préfère se rasseoir. <br />
Il y a dans le bureau du docteur une odeur rassurante de cuir et de vieux livres, qui flotte par-dessus les relents de flacons et de désinfectants. <br />
Il voit l’horloge : cinq heures, h-35.<br />
<br />
Maréchal retrouve le docteur Heims chez Emma, cinq heures avant.<br />
-	Comment vont portez-vous ?<br />
-	En un sens, plutôt bien, docteur. Seulement, je souffre de troubles de la mémoire.<br />
<br />
Cristiana entre en scène pour son deuxième déshabillage. Le pianiste l’accompagne paresseusement, avec sa voix rauque de fumeur à la chaîne.<br />
-	Plus exactement, j’ai des souvenirs qui me reviennent… <br />
-	Vieux de combien de temps ?<br />
-	Trois ans. Et j’ai besoin de les reconstituer précisément. <br />
-	C’est un processus qui peut être long. <br />
-	J’ai besoin que ce soit rapide. Je n’ai que… quarante heures devant moi. <br />
Il est vingt heures. Dans deux jours exactement, l’ultimatum du professeur Heindrich prend fin. <br />
-	Je ne peux pas tout vous expliquer, ce serait long, et chaque minute m’est comptée. Je vous le demande comme un service…<br />
<br />
Ils arrivent chez Heims à une heure du matin. Le docteur met du café sur le feu.<br />
-	Asseyez-vous, déboutonnez votre chemise… Respirez fort…<br />
Il passe le stéthoscope tiède sur la poitrine du policier et prend la tension.<br />
-	Vous êtes fatigués en ce moment ?<br />
-	Oui. Beaucoup de travail.<br />
Le docteur regarde l’aiguille et fait une moue pour dire qu’il s’en serait douté. <br />
-	Rhabillez-vous. <br />
Ils s’assoient au bureau. <br />
-	Ecoutez, Maréchal, je prends une certaine responsabilité…<br />
-	J’en suis conscient. <br />
-	Où en est votre syndrome ?<br />
-	Dernièrement, il s’est calmé. Je ne vous cache pas que ça risque de changer d’ici peu. <br />
-	Pourquoi croyez-vous cela ?<br />
-	Parce que je vais bientôt retrouver le responsable de mon état. <br />
Heims sort un gros pot de liquide d’une armoire fermée à clef.<br />
-	C’est un produit qui n’est pas encore commercialisé. <br />
-	Je serai cobaye. <br />
-	Je ne voudrais pas que votre corps serve à la science dès demain…<br />
-	Je veux courir le risque.<br />
-	Le risque n’est en réalité pas mortel. En revanche, des troubles profonds de comportement…<br />
-	J’accepte. <br />
-	C’est un produit qui entre dans la composition de ce qu’on appelle populairement « le sérum de vérité »…<br />
-	Docteur, je m’excuse mais je suis pressé.<br />
-	Bien, soupire Heims. <br />
Il est une heure et demie quand Maréchal s’allonge, torse nu. Le docteur vérifie sa seringue.<br />
-	Je vais vous faire une injection. Les effets durent environ trois heures. Au début, je vais vous aider en vous posant des questions. <br />
-	Secret médical docteur, n’est-ce pas !<br />
-	Evidemment. Ensuite, je vous laisserai parler au maximum. Mon appareil va vous enregistrer. Il est évident que je ne sais rien de ces bandes.<br />
-	Elles seront pour moi. <br />
<br />
Il a fallu quelques minutes après l’injection. Heims appuie sur le gros bouton de l’appareil. Les roues se mettent à tourner lentement. <br />
Maréchal délire un moment. A ces visions se mêle des images du passé. Il est secoué de pleurs irrépressibles. Son visage se tord de terreur. Heims doit l’attacher par les poignets. <br />
En fin de délire, Maréchal gesticule sur la chaise, il crie qu’il veut partir, avec une voix d’enfant. Il retombe d’un coup. Un sommeil lourd s’ensuit. <br />
Juste avant de se réveiller, Maréchal revoit brusquement sa cellule dans le Halo. Il tape aux barreaux. Dans la cellule d’en face, Kassan hurle. Des serviteurs emportent des enfants. Les lumières s’allument. Des pas : le professeur Heindrich. <br />
-	Allons chercher Antonin…<br />
Le Scientiste approche. Maréchal est sorti de sa cellule, traîné vers la salle aux machines bizarres. <br />
Heindrich lui ordonne de monter sur un siège. Maréchal voit le visage de Heims se superposer sur la silhouette du Scientiste. <br />
<br />
L’inspecteur sursaute. Il est trempé. Cinq heures. H-35. Il se lève, troublé. <br />
Le docteur est parti. Il a laissé un mot pour dire qu’il dort dans son appartement, de l’autre côté du couloir. <br />
L’inspecteur préfère se rendormir sur le siège. Il met un réveil à sonner pour dans une heure.<br />
<br />
Presque au même moment, les deux hommes du réseau Hadaly se penchent sur la carte du quartier des Eglues. Portzamparc pose son manteau. C’etst un appartement anonyme, dans un ensemble résidentiel d’ouvriers. <br />
La pluie bat sur la fenêtre. Le plafond a des taches d’humidité. La peinture s’écaille aux murs.<br />
-	Cela va être serré à jouer, dit le petit gros.<br />
-	Tu parles ! dit le type roublard avec son éternelle cigarette éteinte. <br />
Portzamparc regarde les rues sur le plan, en suit plusieurs avec le doigt. <br />
-	On peut compter sur combien d’hommes ?<br />
-	On en a quatre en réserve. Le chef dit qu’ils se tiennent prêts.<br />
-	Il veut jouer un gros coup, rigole le roublard. On ne joue pas petit braquet !<br />
-	Il nous reste combien de temps ? dit le petit gros en s’essuyant les yeux. <br />
-	Il est vingt heures, dit Portzamparc. Donc dans sept heures environ, le Somnambule sort. Autant dire que tout doit être bouclé dans cinq heures. <br />
<br />
Les heures passent, à ressasser une stratégie. <br />
-	Donc, on reprend : Litvak et Frenz arrivent par l’impasse…<br />
-	Et moi j’arrive par là, en retrait…<br />
<br />
Portzamparc va faire un somme sur le canapé. Il arrive le premier à Névise, aux alentours de 5h30. Il reste moins de 35 heures. <br />
Maréchal se réveille chez Heims. Il remet dans l’ordre ses souvenirs. Il repasse les bandes rapidement. Il fait quelques arrêts quand il parle de façon continue. Il a parfois du mal à reconnaître sa voix.<br />
Il rencontre Kassan trois ans auparavant, qui se fait arrêter exprès à Mägott Platz. Ils reconstituent ce qu’ils savent de Heindrich, dans le bureau du détective qui fait semblant de poursuivre l’interrogatoire. <br />
-	Je sais où trouver Horo, Antonin. Tu te souviens de lui ?<br />
-	Un costaud ?<br />
-	Il a joué l’homme fort dans un cirque quelques temps. Il doit travailler sur les quais ces temps-ci. Il se souvient de la cathédrale, dans les Filets. <br />
-	J’y suis allé dans ma jeunesse, ouais…<br />
<br />
Ils montent dans les ruines. Les créatures sont là. Ensuite, cela devient flou. Ils sont capturés certainement. Maréchal attaché sur une chaise, Kassan et Horo à côté de lui. Deux imitations de Scientiste gardent l’entrée. L’inspecteur revoit quelques détails, des flaques d’eau à terre, une poutre effondrée. Il est à peu près sûr qu’Herbert est là. Il revoit sa tête. En revanche, le souvenir de Heindrich a disparu. Le professeur a réussi à manipuler sa mémoire pour lui faire oublier irrémédiablement son visage. <br />
<br />
Maréchal est troublé par cette confusion dans son rêve plus tôt dans la nuit. Le visage de Heims sur le corps de Heindrich… Il quitte le cabinet et prend le tramway. A Névise, Clarine est arrivée au bureau. Portzamparc dit qu’il part répondre à une plainte. Pour une fois, il ne prend pas le ballon-taxi. <br />
<br />
Le Somnambule sort de sa cellule. Il est presque 7 heures. On lui attache les mains. Plusieurs prisonniers crient, tapent sur leurs barreaux. <br />
-	Bon voyage, vieux !<br />
Kassan réprime mal un sourire. Il voit par avance le gardien à son côté droit, une demi-heure plus tard, qui se fait abattre alors qu’il se tient sur le marchepied de la voiture. Il voit les grenades qui tombent, les hommes avec des foulards sur le visage, armés de fusils, qui jaillissent d’une porte ou d’une ruelle. <br />
<br />
Il passe les deux grilles de la maison d’arrêt, respire l’air gris clair du matin. On le pousse dans la voiture. Deux hommes avec lui, un de chaque côté sur le marchepied. Les Pandores repoussent les journalistes. La voiture arrive à démarrer. Des coups de fouet. <br />
Portzamparc et les Autrellois sont dans la ruelle. Ils mettent leurs manteaux de cuir, des gants, des foulards. Kassan se laisse bercer par les tressautements de la route. Il sait qu’il va y avoir encore un nid-de-poule, que la voiture va tourner. <br />
Portzamparc glisse les cartouches dans le fusil, vérifie le chien. Les quatre hommes mettent leurs grenades en poche. <br />
<br />
La voiture tourne, tremblante après avoir passé le nid-de-poule.  Le type roublard est avec son fusil à la fenêtre d’en face. Il fait feu sur le convoi, le policier sur le marchepied droit s’écroule. Les grenades roulent en projetant leur épaisse fumée. Portzamparc reste en retrait. Les Autrellois attaquent, coups après coups abattent l’escorte. Ils ordonnent au cocher de descendre, l’assomment. Ils montent sur la voiture, fusils braqués. Un policier à l’intérieur tire et abat un des assaillants. Kassan se jette sur l’autre et passe par la porte avec lui. Les deux roulent dans la boue. Le policier se prend des coups de crosse ; on relève Kassan en vitesse. Des Pandores arrivent en renfort. Portzamparc sort de la ruelle et les abat. D’autres arrivent derrière. Les Autrellois arrivent en courant. Deux emmènent Kassan, le dernier reste et braque Portzamparc : <br />
-	Prêt ?<br />
-	Vas-y.<br />
Il tire dans le bras du policier. Portzamparc recule en gémissant pendant que l'autre s'enfuit. Il s’appuie sur le mur : <br />
-	A l’aide !<br />
Les Pandores arrivent et le trouvent, devant leurs deux collègues morts. Portzamparc leur pointe la direction opposée : <br />
-	Ils ont Kassan !<br />
Portzamparc marche péniblement jusqu’à la voiture, aide les policiers à se relever. <br />
-	Je suis arrivé trop tard… J’ai reçu un appel anonyme sur cette attaque…<br />
<br />
La fumée se disperse, révélant tous les corps. Des infirmiers d’une clinique voisine arrivent avec des brancards. Ils emmènent les blessés. C’est la cohue alors que l’équipe de nuit s’apprêtait à rentrer chez elle. Une belle interne s’occupe de soigner Portzamparc. <br />
-	Une chance que la balle n’ait pas pénétrée… <br />
-	Il était pourtant rapide ce salaud… Et il ne visait pas mal ! Dites, puisque j’ai encore un bras valide, vous pourriez m’approcher un parlophone ?<br />
-	Je termine votre bandage… Madame va être fière d’avoir un héros de mari !<br />
-	Elle va me dire que j’ai mis du sang sur ma chemise, ouais !<br />
<br />
Portzamparc appelle chez lui. Il rassure sa femme :<br />
-	Non, non… Je garderai une belle cicatrice mais pas plus… Un simple bandage, oui. J’ai le bras en écharpe, c’est tout… Non, je ne reste pas. J’ai à faire… Ils seraient capables de me retenir une journée de traitement si je reste au lit !<br />
L’inspecteur raccroche et appelle Névise. Les infirmières sont au petit soin pour lui. On lui allume une cigarette, on lui a préparé un bon repas. <br />
-	Mademoiselle Clarine ? Maréchal n’est pas encore arrivé ? Où est-il ce paresseux ?... Bon, j’ai eu un pépin, rien de grave… <br />
<br />
Maréchal entre peu après que la secrétaire ait raccroché : <br />
-	L’inspecteur de Portzamparc est à l’hôpital !<br />
-	Coma éthylique ?<br />
-	Blessure par belle. <br />
-	C’est grave ?<br />
-	Il dit que non. Par contre, le Somnambule s’est échappé. <br />
Maréchal dirait bien qu’il n’attendait pas mieux, venant de la Brigade des Rues et des Pandores…<br />
-	Que faisait Portzamparc là-bas ?<br />
-	Il m’a dit qu’il a été prévenu par un coup de fil anonyme…<br />
-	Une délation un peu tardive…<br />
L’inspecteur s’enferme dans son bureau. Il n’a pas le temps de penser au Somnambule. Il tourne et retourne dans sa tête les souvenirs de sa capture dans la cathédrale. Ligotés sur une chaise… Le professeur entre et sort plusieurs fois. Il leur parle, à lui, Horo et Kassan… Herbert est là aussi… <br />
<br />
Il croit se souvenir comment ouvrir un passage secret dans la cathédrale. C’est ainsi qu’ils ont dû faire il y a trois ans. Maréchal retrouve aussi un souvenir pénible. Il est attaché sur la chaise. Heindrich sort avec une pincette un moustique frétillant d’un bocal. Plutôt une sorte de libellule. On le force à ouvrir la bouche. Maréchal doit avaler l’horrible bête. <br />
Sa haine contre Heindrich devient de plus en plus intenable à mesure que les souvenirs reviennent. Maréchal ne peut oublier ce moment d’écœurement quand il avale la bestiole, qu’elle frétille contre sa glotte. Il comprend que c’est l’ingestion de cette créature qui lui a effacé la mémoire. Il revoit les mains gantées de Heindrich. La pince qui saisit l’insecte, le sort d’un liquide gluant. <br />
<br />
Il est 9 heures. H-31. Portzamparc sort de l’hôpital. Sa femme est venue le chercher, affolée. Le parlophone sonne dans le bureau de Maréchal : <br />
-	Ici, Svensson… Je voulais vous prévenir que nous avons bientôt fini…<br />
-	Vous avez passé une bonne nuit ?<br />
-	L’inspecteur Crimont a été très prévenant. <br />
-	Ne bougez pas, je monte vous chercher. <br />
Maréchal vérifie ses munitions. <br />
-	Clarine, vous direz à Portzamparc que s’il veut prendre sa journée, je ne ferai pas de retenue sur sa paye !<br />
L’inspecteur lève les yeux au ciel. Il a rétrospectivement peur pour son collègue. Ils sont la Brigade Spéciale. Ils pourraient aussi s’appeler la Brigade du Zèle ! Il entre vers 10 heures dans la cour du quai des Oiseleurs. La Brigade des Rues est en ébullition : l’évasion du Somnambule les met sur les charbons ardents. Les journalistes se massent devant la grille, il y a des juges au bout du parlophone, d’honorables citoyens malades de peur. <br />
Maréchal pénètre dans les couloirs de la Crim’. Son entrée est remarquée. Quand la Brigade Fantôme se montre, c’est que la Cité va vivre des heures agitée. On se regarde d’un air interrogateur, tantôt moqueur, tantôt inquiet. Maréchal les ignore poliment. Il sent qu’il ne fait pas du tout partie de ce bâtiment. Il détonne dans le décor. <br />
Il traverse les couloirs et prend l’escalier massif, au tapis bleu décoloré. Quatre étages pour arriver dans le monde à part de la Financière. <br />
Il souffle dès le deuxième étage. Il entend un raffut pas croyable, des cris, des vitres brisées, un courant d’air et des papiers qui volent. Des gens sortent des bureaux et se précipitent dans l’escalier : des secrétaires, quelques suspects. Maréchal finit de monter en courant. Il arrive en haut, l’arme au poing. Des coups de feu ! Des coups de feu à la Financière !...<br />
<br />
Maréchal entre dans les bureaux. Crimont et deux collègues tirent par une fenêtre, dont le cadre a été arraché violemment. Depuis combien de temps les gens de cette Brigade n’ont-ils pas tiré en dehors de l’entraînement ?<br />
Les pauvres inspecteurs ne sont pas préparés à une telle attaque ! Deux honorables hommes d’affaires interrogés pour délit d’initiés sont blancs comme leurs chemises.  <br />
	<br />
Il faut évacuer les locaux. Le vent a renversé les dossiers, fait voler les piles si bien ordonnées. D’un coup, c’est le chaos. <br />
-	Raconte-moi ce qui s’est passé, dit Maréchal. <br />
Svensson et Herbert ont bien sûr disparu !<br />
<br />
-	Je n’ai pas bien vu, dit Crimont, je n’étais pas dans la pièce avec tes deux amis… J’ai juste vu, oh je ne sais pas te dire, mon vieux… Des créatures ailées, comme des anges noirs, aux visages repoussants, comme de la chair de poisson tu vois. Ils ont pris l’ingénieur et le chauve et les ont emportés avec eux. Ils avaient des mains crochues… J’ignorais l’existence de telles saloperies… Tu connais ça, toi ?<br />
-	Oui…<br />
Crimont dit qu’il est désolé. <br />
-	Vous ne pouviez pas prévoir une attaque pareille, dit Maréchal. <br />
La moitié des effectifs, rejoints par des Pandores, se lance à la poursuite des attaquants. Les policiers se font accueillir par les collègues de la Brigade des Rues, qui disposent des plus grands locaux. Deux Pandores viennent faire le pied de grue, pendant qu’on appelle des ouvriers pour poser une cloison provisoire. Il faudra des semaines pour tout remettre en état !<br />
Maréchal visse son chapeau, salue la compagnie. Les journalistes pressent encore plus à l’entrée. Sans avoir vu l’attaque, qui s’est déroulée du côté opposée à la cour, ils ont entendu la vitre du quatrième exploser. <br />
Maréchal se faufile par une petite sortie. Le funiculaire le descend à Névise. Il peine encore à prendre conscience de l’audace monstrueuse de Heindrich. Il s’en est pris directement au quai des Oiseleurs ! Audace qui a du reste payé. Il a Herbert et Svensson en otages. Il est onze heures. H-29.<br />
<br />
L’inspecteur pousse la porte de la brigade, le visage fermé. Clarine craint tout de suite le pire. Linus travaille dans son bureau, ne s’est aperçu de rien. Portzamparc sort de la cuisine. <br />
-	Tu es là ? lui dit Maréchal.<br />
-	Comme tu vois…<br />
-	Et le Somnambule ?<br />
-	Evaporé… Herbert et Svensson ?<br />
-	Evaporés aussi. Qui a enlevé Kassan ?<br />
-	Je n’en ai pas la moindre idée. Herbert et Svensson… ?<br />
-	Je vais t’expliquer.<br />
Les deux inspecteurs s’installent dans le bureau du commissaire. <br />
-	C’est Heindrich qui a enlevé Herbert et l’ingénieur. <br />
-	Il va nous appeler alors…<br />
-	On sait ce qu’il veut, ses données…<br />
-	Il va nous contacter pour après-demain soir alors ?<br />
-	Je crois pouvoir le coincer avant, Jeff… Dès ce soir…<br />
<br />
Maréchal sent que c’est une chasse. L’hallali est déjà sifflé. <br />
-	Tu es en forme ? demande-t-il à l’Autrellois. <br />
-	Bien sûr ! Le bandeau et l’écharpe, c’est pour faire joli !<br />
Portzamparc sait que Hadaly 20-52 a le Somnambule. Il sait aussi qu’il va quitter la Cité sous peu. Il se dit qu’il a bien envie d’un dernier « coup » avec Maréchal ! Comme à la grande époque ! <br />
-	Bon, je te propose qu’on roupille cette après-midi. Ce soir, on monte dans les Filets. Tu connais ?<br />
-	Non, mais tu vas m’indiquer. <br />
-	C’est dangereux, Jeff… Ce ne sont pas des truands qu’on aura face à nous… Tu te souviens des créatures du souterrain ? On aura les cousins.<br />
-	Ils ont une tête pas honnête. On fera un boulot utile en nettoyant la Cité de ces gars-là.<br />
-	Alors au dodo ! Règle ta montre et mets ton réveil !<br />
<br />
Les deux inspecteurs s’étendent dans leurs hamacs. Maréchal a donné son après-midi à la secrétaire. Ils n’ont rien dit à Linus. Le cliquetis des touches de son chromato est bientôt le seul bruit qui trouble le silence des bureaux. <br />
<br />
Portzamparc se réveille le premier. Il enlève son écharpe en grimaçant. Maréchal s’extirpe de son hamac. <br />
Il est 17 heures. S’ils réussissent ce soir, ils attraperont Heindrich avec une journée d’avance. Linus part chez lui. Les policiers ne lui disent pas ce qu’ils font le soir. <br />
Corben les dépose aux Célestes vers 18 heures. H-22. Ils terminent par un chemin discret. Ils sont une petite heure après dans les ruines, à l’approche de la cathédrale effondrée. <br />
<br />
Ils regardent le bâtiment, au fond duquel se cache peut-être Heindrich et ses secrets. Ils respirent l’air vivifiant des sommets. L’océan roule inlassablement. Les étoiles sont dans le ciel immobile. Ils allument une cigarette. H-21. Ils ont une bonne avance. <br />
<br />
-	Bon, Maréchal, ça m’a fait plaisir de travailler avec toi. <br />
-	Oui, moi aussi, Jeff, je crois qu’on a fait du bon travail, tout ce temps.<br />
-	<br />
Il n’y a pas tellement plus à dire. Maréchal ne pense qu’à sa vengeance. Portzamparc se sent déjà loin de cette Lune. Tout a passé si vite. Ils croiraient qu’ils se sont connus la veille. <br />
Oui, si vite, les nuits, les cafés, les enquêtes, les planques sans fin. Tout ce temps s’est enfui lui aussi, imperceptiblement. <br />
<br />
Ils se serrent la main et descendent.<br />
Ils ont une partie de leur matériel de mitier, pas rendu après l’excursion dans les égouts. <br />
Maréchal ne tient plus d’impatience. Ils descendent en rappel au travers des arches coupées. Ils mettent pied sur le sol de marbre. Des statues d’ingénieurs et de bienfaiteurs philanthropes, solennels dans la pénombre, les entoure. <br />
<br />
Maréchal recherche ses souvenirs. Comment ont-ils fait, avec Horo et Kassan, il y a trois ans ? L’inspecteur se perd entre les colonnes. Il entend une pulsation. Il comprend que c’est son propre cœur, qui tambourine. Des visions affluent. Il est dans une baignoire, dans une pièce nue. Une ampoule se balance au plafond. Il sort de la baignoire, une lumière passe par la fenêtre, éblouissante. <br />
Maréchal a du mal à cacher son trouble. Il a déjà vécu cette scène. Non, il a déjà eu cette vision. La première fois, il y a presque trois ans. Oui, il revoit le soir exact. Il vient d’arrêter un truand sur Magött-Platz. Même qu’il s’appelle Pavel Sobotka. Le détective de Portzamparc arrive le lendemain. <br />
Maréchal commence l’interrogatoire, Sobotka nie stupidement. Il va se coucher, Novembre continue à sa place. Maréchal dort dans son hamac, il se voit dans cette baignoire. Il en sort, lumière, il se réveille. Sobotka finit par avouer.<br />
 <br />
La capture de Maréchal dans la cathédrale doit se situer peu avant cette soirée. Il arrête Kassan. Ils parlent de Heindrich, retrouvent Horo. Descente. Ils sont capturés. Maréchal est attaché sur une chaise, on lui fait avaler l’insecte. Pareil pour Horo et Kassan. Les trois hommes oublient Heindrich, qui vient de gagner plusieurs années. Maréchal reprend son travail au commissariat, il a oublié. Il voit cette scène dans la baignoire. Sobotka avoue…<br />
<br />
-	Tu trouves quelque chose ?<br />
Jeff promène sa lampe entre les colonnes. <br />
-	Viens voir par ici…<br />
Maréchal ne sait pas quand a eu lieu ce bain tout habillé. Il sait qu’il lui reste des souvenirs à récupérer. Cette saleté d’insecte mange-mémoire. <br />
Antonin reconnaît un motif par terre, une suite d’équations réglant la structure de base de la Cité, apprise par cœur par les enfants dès 9 ans !<br />
On est bien dans la cathédrale du progrès. Il suit le motif des chiffres. Ils s’arrêtent au pied d’une statue, qui doit pivoter. Lorsqu’ils sont venus, il y a trois ans, Horo a été capable d’expliquer la logique de l’emplacement du passage secret. Maréchal, qui n’a jamais été une flèche en math, n’en a rien retenu, sinon l’essentiel. Lui et Portzamparc poussent la statue. Elle s’enfonce dans la niche et pivote. Pas besoin d’être une tête en calcul ! <br />
Une échelle descend dans une fosse. Une sorte de crypte, aux murs recouverts de chiffres. Ils n’y voient que grâce à leurs lampes. Ils promènent le faisceau. Ils avancent accroupis. <br />
Un coffre est posé contre le mur de pierre. Portzamparc se met en joue. Maréchal a son arme en main. De l’autre, il soulève lentement le couvercle. <br />
Un corps, Svensson. Il a une balle dans la tête. L’ingénieur a les yeux grands ouverts, qui brillent dans les deux faisceaux. Maréchal frissonne. Il lui ferme les paupières. <br />
-	Merde !<br />
Maréchal a hurlé et son cri résonne. <br />
-	Sale fumier, sale fumier…<br />
<br />
L’inspecteur a les larmes aux yeux. Il recule, tourne de rage. Portzamparc, plus froid, mais pas moins révolté, trouve une grosse enveloppe, ainsi qu’un papier tapé à la machine : « Après Svensson, il me reste encore un otage. Je veux mes documents avant demain soir à vingt heures. Pr. H. »<br />
<br />
Pauvre ingénieur, qui croyait retrouver ses idéaux libertaires en rentrant dans la Brigade Fantôme…<br />
<br />
Maréchal lit, puis déchire le papier en petits morceaux rageur. Portzamparc ouvre l’enveloppe : des chromatos de Linus et Maréchal dans la Cité de la Mémoire, différentes listes et transcriptions parlophoniques, établissant la responsabilité de la Brigade Spéciale dans le casse. <br />
<br />
Il y a aussi deux enveloppes plus petites, chacune au nom d’un des policiers.  <br />
-	Tiens, celle-ci est pour toi. <br />
Ils ressortent de la crypte. Ils s’assoient dans la cathédrale, pour lire à la lumière de leurs lampes. Maréchal allume machinalement une cigarette. Dans l’enveloppe, des chromatos de lui avec Herbert et le Somnambule, quand l’inspecteur a fait sortir Kassan du repaire de Scientistes. <br />
Portzamparc a une lettre, qui lui raconte en détails comment il a tué l’amiral, comment le Somnambule aurait pu en témoigner, qu’il a déposé chez un notaire une lettre dénonçant le policier, et que ce notaire vient d’être dévalisé, son coffre vidé. Heindrich est donc en possession des documents l’incriminant.<br />
<br />
La grande horloge du beffroi d’Exil frappe ses vingt coups. H-20. Ils leur reste exactement une journée. Quand ils sortent, le ciel est couvert d’une immense envolée d’oiseaux qui rejoignent le large. <br />
Ils prennent le téléphérique et aux Célestes retrouvent Corben. Maréchal appelle pour qu’on aille prendre le corps de Svensson. Ils se séparent, la mort dans l’âme. <br />
-	On va l’avoir, dit Portzamparc. <br />
L’Autrellois monte dans le tramway. <br />
-	Emmenez-moi chez Heims, dit Maréchal à Corben.<br />
L’inspecteur, fatigué de dégoût, d’énervement, de tristesse, entre dans le cabinet. Le docteur est en train de glisser des documents dans son coffre, et de le fermer à clef. Il n’est pas rassuré en voyant le policier, qui a l’air sauvage.<br />
-	Je vais avoir besoin de vos produits, docteur. Et la double-dose ce soir. <br />
-	Je sors ce soir. Je ne pourrai pas rester avec vous.<br />
<br />
C’est vrai qu’il est en costume de soirée. <br />
-	Aucune importance, docteur. Je peux même vous signer un papier de décharge, au cas où…<br />
-	Inutile, inspecteur… Votre témoignage n’annulerait pas ma responsabilité. <br />
Heims sort les flacons, les aiguilles. Maréchal regarde sa montre. Le SHC est monté à 6. Les indices RUS et IEI sont bas. <br />
Heims tapote le bout de l’aiguille. Il prend la tension de l’inspecteur, lui laisse de l’eau, des analgésiques. <br />
-	Vous vous occupez du reste ?<br />
-	Oui, oui docteur.  <br />
Les deux hommes se connaissent mal. Depuis trois ans, le docteur est néanmoins très intéressé par le syndrome d’hypersensibilité. Maréchal ne lui a pas raconté bien précisément ses effets. C’est une expérience si étrange, si insaisissable. L’inspecteur s’allonge sur le fauteuil. <br />
Des coups à la porte. <br />
-	A cette heure-ci, qui serait-ce ? <br />
Maréchal se rassoit et prend son arme près de lui. Le docteur ouvre : deux hommes en gabardine lui montrent une plaque de police. <br />
Des gabardines grises. Maréchal sourit, allume une cigarette et lance : <br />
-	Messieurs Jonson et Jonson, je présume ?<br />
Le docteur recule, pas rassuré. Les deux agents entrent, sinistres serviteurs de la loi. Ils écartent doucement Heims. Ils sont comme chez eux. <br />
-	C’est gentil ici… Vous avez des horaires très chargées à la Brigade Spéciale ? Vous êtes obligés de vous faire ausculter la nuit ?<br />
Maréchal remet sa chemise. Ces salopards d’OBSIDIENNE… <br />
Ils s’assoient au bureau : <br />
-	On ne veut pas vous déranger, docteur. Si vous voulez terminer…<br />
-	Non, dit Heims, qui transpire dans son costume de soirée, j’ai fini, j’allais sortir justement…<br />
-	Vous devriez appeler pour dire que vous serez en retard.<br />
<br />
Ce sont ces deux agents qui ont voulu coincer Portzamparc sur le dossier de Weid. Ils ont failli gâcher toute l’enquête sur le Somnambule. Et ce sont eux deux qui ont accumulé des dossiers longs comme le bras sur Jeff et Maréchal. Dossiers inutilisables maintenant, par décision de justice. Un sacré revers pour les « godillots crottés ». <br />
-	Que cherchez-vous donc, messieurs ?<br />
-	Un peu pareil que vous, inspecteur. Un terroriste du nom de Heindrich. <br />
-	Il n’est pas mort il y a quarante ans, lui ?<br />
-	Les Scientistes, comme les commissaires de police, ont souvent la peau dure. Vous le savez, parce que, à notre avis, inspecteur, vous auriez bien envie d’aller lui trouer la peau, à Heindrich.<br />
C’est l’avis des gens d’OBSIDIENNE, Maréchal n’a rien à rajouter. Heims a reculé contre le mur et ne se sent pas rassuré. <br />
Les deux Jonson croisent les bras : <br />
-	Vous jouez à quoi Maréchal ?<br />
-	Secret médical, messieurs. <br />
-	Vous avez tort de le prendre sur ce ton. Vous marchez sur nos plates-bandes et j’ai même l’impression que vous pissez dessus. <br />
Maréchal ne nie pas non plus !<br />
-	Si vous savez où est le professeur Heindrich, dit-il, allons le chercher ensemble. <br />
-	C’est pour ça qu’on est là. <br />
Le Jonson de droite se lève, une main sur le révolver qui est dans sa poche. Il s’approche de Heims et lui passe d’un coup les menottes. <br />
Maréchal s’est levé. <br />
-	Reste assis.<br />
L’autre en face fait deux têtes de plus, une épaule de plus de large. Et Maréchal n’a pas son arme à portée de main. Il se rassoit. Le pauvre Heims a perdu toute contenance. <br />
<br />
Maréchal le regarde sévèrement. <br />
-	Depuis combien de temps êtes-vous traité par le docteur ?<br />
-	Ça vous regarde ?<br />
-	Répondez Maréchal, ou bien on continue chez nous. <br />
-	Depuis trois ans environ. <br />
-	Quel traitement vous a prescrit Heims ?<br />
-	Aucun traitement particulier, dit l’inspecteur. Je souffre de… d’insomnie, de surtension. Comme il est spécialisé en psychologie…<br />
-	Vous souffrez du Syndrome d’Hypersensibilité Chronique, inspecteur. Vous le savez pertinemment. Un mal qui affecte certains esprits trop influençables de notre Cité. Une maladie pour laquelle on vous envoie facilement à l’asile. <br />
-	C’est un syndrome, pas une maladie, proteste Heims, ça ne se soigne pas !<br />
Le Jonson sourit aimablement au professeur et l’accompagne dans la pièce à côté, où il l’attache au radiateur. <br />
-	Tu te tiens tranquille ici, compris ? Pendant qu’on discute entre collègues. <br />
Maréchal étouffe un juron. <br />
-	On continue. Vous êtes soigné depuis trois ans. Or, je vais vous apprendre quelque chose, c’est qu’il y a trois ans, dans votre commissariat, vous avez arrêté un certain Josef Kassan…<br />
-	Je sais, je m’en suis souvenu…<br />
-	Une autre victime des expérimentations de Heindrich, hein…<br />
-	Vous élucubrez, dit Maréchal. Vous n’avez aucune preuve. <br />
Il les déteste parce qu’ils font du boulot mal fait et salement fait. Ils mettent leurs grosses pattes dans leur enquête à Portzamparc et lui, et dans son passé à lui Maréchal ! Ils sont dépités de se faire doubler par la Brigade Spéciale, alors ils essaient de rattraper leur retard grossièrement, de reprendre la maitrise du dossier. Les gros balourds… <br />
-	N’essayez pas de ruser, inspecteur. <br />
-	Qu’avez-vous après Heims ?<br />
-	Ce type est un charlatan, tous ses collègues d’université en sont persuadés. De plus, il vous soigne depuis trois ans. De plus, il y a trois ans, vous avez cherché Heindrich et il a disparu ! Restez assis, inspecteur, parce que j’ai une mauvaise nouvelle pour vous : Heindrich, c’est lui ! C’est le docteur Heims !...<br />
<br />
Maréchal bondit ! <br />
-	Vous racontez n’importe quoi !<br />
Le Jonson s’approche, prêt à mordre et fait rassoir l’inspecteur :<br />
-	Un soi-disant spécialiste de psychologie, qui fait semblant de te soigner alors qu’il te transforme en cobaye, un type qui a suivi l’affaire du Somnambule, un type qui traite les mabouls…<br />
-	C’est faux ! hurle le docteur. <br />
-	Allez, terminé ! On l’embarque !<br />
Les deux attrapent Heims et l’emmènent brutalement. <br />
-	On vous laisse pour cette fois, inspecteur, mais on se revoit très bientôt, croyez-moi.<br />
Jonson touche son tapeau et remonte son col. Ils claquent la porte, embarquent Heims dans leur voiture. Maréchal ne sait pas quoi penser.<br />
 <br />
Est-ce qu’il a jamais eu face à lui en Heims un tortionnaire ?... Non, un docteur attentionné… Aurait-il été manipulé ? Et Heindrich se serait laissé escamoter comme ça ?<br />
<br />
Portzamparc frappe à la porte d’un beau et vieux manoir, au cœur du quartier de Leclos-Villers. Ironie du sort bien sûr, car c’est le nom, à l’envers, de l’amiral tué par le policier. Un domestique l’accueille, lui prend son manteau.<br />
-	Ces messieurs vous attendent au fumoir. <br />
<br />
Il est presque 1 heure. H-19. Portzamparc traverse des couloirs qui sentent l’encaustique. Il pousse une porte brillante de cire, silencieuse tant elle est bien graissée. <br />
-	Voici donc celui qui nous fait prendre tant de risques !<br />
Des rires accueillent le policier. Ils sont tous là, une vraie coterie. Kassan dans un fauteuil, et ses yeux froids. Le petit gros et le roublard, autour d’une table, au bout de laquelle est assis confortablement un vieil aristocrate qui s’allume un cigare. Janas Prso. <br />
Le nom revient aussitôt sur les lèvres de Jeff. Janas Prso ! Son adversaire à la Manigance au tournoi de Mägott-Platz, qui l’a battu parce que Jeff devait s’emparer de ce pion avec des microfilms et qu’il était insignifiant en termes de jeu !<br />
-	Ainsi c’est donc vous le chef de notre réseau… <br />
-	Enchanté de vous revoir, capitaine. Nous n’attendions plus que vous. <br />
-	J’étais dans les Filets…<br />
-	Ouais, dit le roublard, l’ami Kassan nous a mis au jus. <br />
-	Et avec vos intuitions miraculeuses, lance Jeff, rageur, vous ne pouvez pas me dire où est Heindrich ?<br />
<br />
Eux sont de bonne humeur. Ils fument au coin du feu, boivent entre gentlemen –gentlemen à la manque en fait, sauf Prso. Ils sont bien installés. Portzamparc lui s’est senti humilié par Heindrich. De plus, il appréciait Svensson, et finalement, il pense qu’il a le droit d’être un peu attaché à Exil. <br />
-	Je veux retrouver ce sans-race…<br />
Un salopard de Scientiste qui s’attaque à un capitaine des chasseurs polaires !<br />
-	Moi aussi je veux sa peau, dit Kassan. J’ai encore plus de raison que vous je crois. <br />
-	On ne va pas jouer à la compétition des victimes, réplique Portzamparc. On va simplement le trouver. <br />
-	Je dois vous dire, fait Prso, que vous partez demain très tôt. <br />
-	A quelle heure ?<br />
-	Kassan ne peut rester ici longtemps. Vous avez rendez-vous au quai 39 de la Vague Noire, demain à deux heures.<br />
-	C’est parfait.<br />
L’ultimatum de Heindrich expirant deux heures avant, ce sera assez large pour le tuer et s’enfuir !<br />
-	Je vais me reposer, dit Portzamparc. <br />
-	Attends, dit Kassan, j’ai une information pour toi. <br />
-	J’écoute. <br />
-	Ton collègue rouquin, Linus, va être retrouvé aujourd’hui à sept heures par des hommes de Heindrich, parce qu’il a les données avec lui. <br />
-	L’inconscient ! Je pars le chercher…<br />
Portzamparc remet son manteau :<br />
-	Et pour ma femme ? <br />
-	On va s’occuper d’elle, dit le roublard. On va faire ça comme des hommes du monde !<br />
-	Je compte sur vous, dit le capitaine de son ton le plus sérieux. <br />
<br />
Il appelle Corben et le retrouve dans le bloc voisin. Ce n’est pas sans émotion qu’il songe que c’est déjà ses derniers vols dans la Cité. <br />
-	Linus est-il passé au bureau aujourd’hui ?<br />
-	Non, on ne l’a pas vu…<br />
Le pirate a une planque dans un hôtel pas loin des bureaux de la Brigade. <br />
Il n’y est plus. Le gardien de nuit dit que le jeune homme rouquin est parti dans la matinée, pressé. <br />
-	Il avait son matériel avec lui ?<br />
-	Il avait de gros sacs…<br />
Portzamparc s’arrête pour réfléchir. La fatigue s’accumule. Il a vu tellement d’adresses dans la Cité qu’il finit par s’y perdre.<br />
-	Si, je sais…<br />
Il pense à l’hôtel miteux dans Galippe, où Linus s’est caché après l’attaque de son repaire. <br />
<br />
Autre hôtel, autre veilleur de nuit : <br />
-	Un rouquin ? Oui il s’est installé dans la journée, avec beaucoup de matériel… <br />
-	Il vous a paru comment ?<br />
-	Pas l’air dans son assiette… On voit du drôle de monde vous savez, par ici.<br />
-	Il est sorti ?<br />
-	Il doit faire la tournée des boîtes du coin.<br />
<br />
Corben suit Portzamparc. Il est dans l’action, le pilote! Il faut retrouver le gamin. Ils entament une tournée des bars les plus crapuleux. Ils entrent dans des atmosphères criardes, dans des recoins pour solitaires miséreux. Ils font irruption dans des vies poisseuses, de types qui voudraient qu’on les laisse au bout de leur rouleau. <br />
-	Pauvres gens quand même, soupire Corben.<br />
 <br />
Ils retrouvent Linus dans une enseigne borgne. <br />
-	Vous cherchez une douceur, les chéris ?<br />
Portzamparc fait briller son insigne sous le nez des filles, qui se reculent, refroidies. Linus dort la tête sur le zinc. <br />
-	C’est un ami à vous ?<br />
-	Oui…<br />
-	Il a bu comme jamais avant. Il ne tient pas la route, le bonhomme. <br />
-	Il vous a dit quoi ?<br />
-	Que des gens lui en veulent, qu’il doit se cacher… Parfois ils s’inventent des histoires pour ne pas dire que leur copine est partie.<br />
-	Lui a peut-être vraiment des ennuis…<br />
Portzamparc secoue Linus. <br />
-	Oh, inspecteur…<br />
Le pauvre a dû pleurer à s’en faire mal aux yeux. Il est pris de nausée et se précipite aux toilettes. Le serveur soupire : <br />
-	Je vais lui préparer un remontant. <br />
Un café bien serré, avec quelques épices : <br />
-	Excellent pour éviter la gueule de bois au réveil. <br />
Pendant que Linus se remet, Corben boit un petit verre. <br />
-	Vous ne trinquez pas, inspecteur ?<br />
-	Non, mais je veux bien un café.<br />
Linus ressort, secoué de quinte de toux. <br />
-	J’ai lu ce qui s’est passé chez les flics… Svensson et Herbert disparus… J’ai eu la trouille.<br />
-	Tu n’as pas forcément eu tort. On va partir dans un coin plus sûr. <br />
Il est quatre heures. D’après la prédiction du Somnambule, les Scientistes doivent retrouver Linus dans trois heures. Portzamparc ne prend pas de risque : Linus ne va pas jouer les appâts. Ils repassent à sa chambre. Le policier laisse un petit mot : « Rendez-vous dans 13 heures ! » <br />
<br />
Maréchal s’est fait une injection. Il ne peut rien pour le docteur mais se promet de le tirer de ce mauvais pas. Pour cela, il faut arrêter Heindrich. Il n’a que ses souvenirs perdus pour reconstituer la vérité. Il s’est assoupi, il sent qu’il parle dans son sommeil. Les heures passent, dans un long rêve à moitié éveillé, épuisant par moments. Les bandes magnétiques tournent. L’inspecteur tousse, tousse encore plus fort, s’assoit. Il émerge dans le présent, après avoir plongé profondément dans ses souvenirs. Il se sent plus neuf. Il se frotte les yeux, boit un reste de café à la carafe. Il est 6 heures. H-14. <br />
Il met les bandes à rembobiner. Il se les repasse en accélérant pendant les périodes de silence ou quand il a l’air de divaguer. Il aura le loisir de les écouter attentivement plus tard. Il fait des avances rapides et des retours. Il s’entend parler de son enfance, de ses parents, de son abandon. De ses jeux avec Gérald. Il prend une cigarette, hésite à l’allumer. <br />
<br />
Il retrouve un passage où il parle de Kassan il y a trois ans. <br />
« Il me dit alors que Heindrich avait à l’époque une femme c’est incroyable et qu’elle est encore en vie la vieille dame qui travaille dans une serre ce doit être terrifiant d’avoir été la femme d’un Scientiste j’ignorais d’ailleurs qu’ils se mariaient ont-ils des enfants cette femme doit avoir près de quatre-vingts ans… »<br />
Maréchal se gratte la tête. Il allume une cigarette. Il repassa la bande.<br />
<br />
« et qu’elle est encore en vie la vieille dame qui travaille dans une serre ce doit être terrifiant d’avoir été la femme d’un Scientiste »<br />
<br />
Heindrich marié ? Ce ne serait pas Kassan qui a déliré en disant cela ? Ou Maréchal qui s'est fait un faux souvenir ?<br />
<br />
La pauvre dame est-elle encore en vie ?... Il connaît l’emplacement des serres tropicales. Certaines sont tenues par les Scientistes, d’autres par des jardiniers de la Cité. Il y en a aussi quelques-unes qui sont privées. L’inspecteur prend ses affaires, rentre à Névise. Il retrouve Nelly, qui vient de se lever. <br />
-	Toi, tu es dans un état…<br />
Maréchal voit dans la glace qu’il a une mine de déterré. La drogue de Heims. Il a le fond de l’œil jaune.<br />
-	Ecoute, c’est un peu dur pour moi, Nelly, je…<br />
Il tombe sur le lit, effondré. <br />
-	Tu as bu ou quoi ?<br />
-	Pas une goutte…<br />
Elle est furieuse qu’il ne lui dise rien. Il n’arrive pas à se faire écouter.. Il a mal à la tête, des aigreurs d’estomac, trop chaud… Il passe sous la douche glacée. Nelly consent alors à l’écouter. Elle lui donne un comprimé effervescent. Il l’avale en se bouchant le nez. <br />
-	Où j’en étais ?... Donc je me suis enregistré… <br />
-	Tu me l’as dit, oui, ensuite ?<br />
-	Il faut que tu m’aides, Nelly. <br />
Il regarde sa montre : <br />
-	Il ne me reste que treize heures. Treize heures !<br />
-	Non mais attends, je ne comprends pas ! Tu vas chez tes collègues, tu vas voir ton patron, le juge, je ne sais qui et tu leur parles de Heindrich !<br />
-	Tu crois que c’est si simple ?<br />
-	Et il se passe quoi dans treize heures si tu ne lui files pas les données ?<br />
-	Rien de bon…<br />
-	Il va te trouver ?<br />
-	Oui, je pense. Où que je sois…<br />
-	Tu délires… <br />
-	Tu ne sais pas ce que j’ai vécu dans le Halo, Nelly…<br />
Elle serre les poings, énervée, ulcérée même par l’attitude de Maréchal. <br />
-	Tu ne me dis rien, tu arrives comme un saoulard !...<br />
C’est un peu long mais elle accepte de se calmer. <br />
-	J’ai besoin que tu ailles voir ces serres. Tu te fais passer pour une herboriste amateur, pour une bourgeoise qui aimes les fleurs, n’importe quoi, et tu retrouves une serre où travaille une vieille dame, de quatre-vingts ans ou plus. Il ne doit pas y en avoir deux. <br />
-	Et toi tu te la coules douce pendant ce temps ?<br />
-	J’ai besoin de dormir ! Il faut que je sois en forme ce soir. <br />
Elle prend ses affaires et claque la porte. Elle est énervée, c’est bien, elle va passer cette énergie dans la recherche de madame Heindrich !<br />
<br />
Maréchal prend le temps de réfléchir. L’arrestation de Heims n’a pas de sens. Les « godillots crottés » ont perdu les pédales, face à un cas trop perturbant, trop inexplicable. Pourquoi Heims aurait-il aidé soudainement Maréchal à retrouver la mémoire ? Ils révèlent ces deux Jonson qu’ils en savent beaucoup, c’est cela que Maréchal comprend. Il va devoir compter  avec eux. <br />
<br />
Portzamparc reste une partie de la nuit avec Linus. Ils arrivent à l’aube à Névise. Portzamparc apprend qu’il lui a bien évité le pire au gamin : il appelle l’hôtel de Galippe. C’est un Pandore qui lui répond. Un locataire s’est fait attaquer par des hommes mal identifiés, qui sont parvenus à s’enfuir. La victime est l’occupant suivant de la chambre où a logé Linus. <br />
Le garçon a la gueule de bois. Il se passe la tête sous l’eau, tandis que Clarine lui prépare une tisane de grand-mère. Portzamparc va manger en vitesse un morceau au bistrot du quai. <br />
Son dernier repas ici. Une bonne soupe, bien épaisse.<br />
-	Elle est bonne, hein ?<br />
-	Délicieuse.<br />
Il appelle sa femme :<br />
-	Je vais rentrer tard. On a une enquête assez dure, elle tient à cœur à Maréchal. On se retrouve cette nuit… Je rentrerai vers 2 heures… Comment je peux être sûr ? Parce qu’on devrait coincer notre suspect vers minuit, voilà pourquoi… Oui, moi aussi…<br />
Le patron lui offre le digestif pour la route : <br />
-	Merci bien.<br />
Les hommes d’Hadaly vont bientôt arriver chez lui. Il croise les doigts qu’ils arrivent à surprendre sa femme, qu’elle n’ait pas le temps d’alerter les voisins.<br />
Dernière traversée de ces quais étranges, sur lesquels s’échouent les algues du canal. Les palais sont au fond de l’eau, habités par les poissons. Portzamparc pousse la porte des bureaux. Maréchal vient d’arriver :<br />
-	Il faut qu’on parle, inspecteur.<br />
Les deux hommes accrochent leurs manteaux. Ils passent dans le bureau du commissaire. Portzamparc se croit découvert, ou suspecté.<br />
-	Bien, voilà la situation, lui dit son collègue. Svensson mort, Herbert prisonnier de Heindrich… Linus menacé, nous aussi, nos familles possiblement également… C’est le professeur ou c’est nous, Portzamparc. Comme il est supposé être mort depuis longtemps, comme nous n’agissons pas du tout, depuis plusieurs jours, voire plusieurs semaines, de façon régulière… Tu me comprends.<br />
-	Oui, parfaitement.<br />
-	J’ai ceci dit une piste pour retrouver Heindrich. J’en prends seul la responsabilité. Je ne peux pas t’obliger à me suivre. Il ne faut pas seulement se débarrasser de lui, Jeff, il faut en plus effacer les traces… Et pour ne rien arranger, on se retrouve avec l’inspection des services sur le dos…<br />
-	Les deux Jonson ?<br />
-	En personne. Ils pensent avoir arrêté Heindrich, mais ils n’y connaissent rien. Pendant qu’ils vont perdre leur temps avec un innocent, on va prendre de l’avance. Je ne veux rien négocier avec eux. Parce que je les imagine capables d’arrêter Heindrich et de tenter de lui arracher ses secrets. <br />
-	Oui, ils aiment faire pourrir la situation. <br />
-	Donc pas question d’avoir ces boulets dans les jambes. Mais comme ils sont nuisibles, on joue aussi contre eux. <br />
-	Autrement dit, on est seuls.<br />
-	C’est bien cela. On ne peut compter que sur nous. <br />
-	Tu as dit que tu avais une piste.<br />
-	Oui, dit Maréchal. On va chercher madame Heindrich.<br />
-	Sa femme ?<br />
Portzamparc est aussi étonné qu’amusé d’apprendre son existence.<br />
-	Ouais, pas sa mère…  Elle tient une serre, si elle vit encore. Nelly est partie à sa recherche. Nous, on va faire la sieste pour être d’attaque ce soir. <br />
-	Ça me va. <br />
Dernière sieste dans le hamac de la Brigade. Ils dorment jusqu’à 15 heures. Il reste alors 5 heures avant la fin de l’ultimatum. Corben a eu l’horaire et le plan de vol. Ses moteurs sont chauds. Il décolle dès que les policiers arrivent, chapeaux, imperméables et révolvers, pressés, encore mal réveillés.<br />
<br />
Portzamparc profite de la vue de la Cité. Maréchal rentre de plus en plus en lui-même, replié comme un prédateur qui va bondir. Ils survolent les serres, débordantes de petites jungles exubérantes. <br />
-	Vous nous attendez Corben.<br />
-	Oui chef. D’ailleurs, je dois acheter des pots pour ma belle-sœur.<br />
Ils retrouvent Nelly, qui a les bras chargées de paquets :<br />
-	Vous comprenez, pour ne pas paraître louche, j’ai dû faire quelques achats. Je suis certaine que vous avez encore des réserves pour les notes de frais.<br />
-	C’est l’inspecteur-chef qui a le tampon, dit Portzamparc. <br />
-	Alors, tu as trouvé ?<br />
-	Je pense bien. C’est une petite serre par là-bas. Elle est surveillée par des types avec de gros godillots…<br />
Les deux policiers échangent un regard. La partie s’annonce plus difficile que prévu. <br />
Ils traversent les jardins. Les agents d’OBSIDIENNE sont autant à leur place parmi des fleurs que des éléphants de mer dans une patinoire. Maréchal et Portzamparc jouent à ne pas les voir, alors qu’ils se savent bien sûr repérés. <br />
Ils entrent par une petite allée de gravier blanc. Il fait humide et chaud à l’intérieur. Un automate humanoïde arrose les fleurs, un autre taille, un autre remue délicatement la terre avec une petite pelle. Une vieille dame, grande et bien en chair, avec un grand chapeau de paille, soigne une plante envahie de pucerons. Elle coupe quelques feuilles et nettoient les autres avec un coton-tige. Maréchal remarque plusieurs pots de cheveux d’anges. Des papillons volètent. Il remarque aussi des brûlesprits. Il recule, effrayé, instinctivement. <br />
-	Qu’est-ce qui vous fait sursauter ? dit la vieille dame sans se distraire de son travail. Je n’ai pas de plantes carnivores…<br />
-	Rien, rien, je repensais à quelque chose…<br />
Il se souvient que c’est cette bête qu’on lui a fait avaler !<br />
-	Vous avez des plantes magnifiques, dit Portzamparc. <br />
-	Je les cultive moi-même. Toutes poussent ici. J’ai inventé plusieurs espèces… Vous connaissez un peu les fleurs ? Généralement, les hommes viennent ici pour leurs femmes…<br />
-	On ne peut rien vous cacher, dit Portzamparc en riant diplomatiquement. <br />
Il pense alors à sa propre femme, qui a dû recevoir la visite du petit gros et du roublard. <br />
Les deux hommes font semblant de s’intéresser aux plantes. Nelly réprime un sourire devant ces deux ignares qui jouent mal la comédie. <br />
-	Vous êtes établie ici depuis longtemps ?<br />
-	Plus de trente ans, jeune homme. J’ai quatre-vingt-deux ans et je m’occuperai de ces plantes tant que je pourrai.<br />
-	C’est admirable. Vous avez fait cela toute votre vie ?<br />
-	Non. Faites le compte, il y a plus de trente ans, j’avais la cinquantaine.<br />
-	Que faisiez-vous avant ?<br />
Maréchal a parlé en policier. Il aurait voulu y mettre mieux les formes, s’il n’était pas à bout de patience. La dame le regarde, intriguée. Le policier préfère sortir sa plaque :<br />
-	Je suis sincèrement désolé de venir vous ennuyer…<br />
-	Vos collègues sont venus il y a trois jours. Ceux qui me guettent dehors. <br />
Un point pour OBSIDIENNE . Sur ce coup, ils ont sacrément devancé la Brigade Spéciale. <br />
-	Je vais être obligé de vous poser des questions similaires, madame Heindrich… Car c’est bien vous ?<br />
-	Oui… Que savez-vous de mon mari ? Eux n’ont rien voulu me dire. On cherche encore ses secrets ?<br />
-	J’ai lieu de croire, madame, que votre mari est en vie.<br />
Ses lèvres tremblent. Elle écrase un mouchoir sur ses yeux.<br />
-	 Pardonnez-moi.<br />
-	Non, c’est moi qui m’excuse de vous infliger cet interrogatoire. <br />
-	Il est en vie ?<br />
-	Cela pourrait changer bientôt. <br />
Elle retient son souffle, puis elle a un petit signe d’approbation. <br />
-	Cela ne vous chagrine pas ?<br />
-	D’une part, j’ai fait mon deuil depuis longtemps. Et je ne pense pas que ce soit une mauvaise chose. <br />
-	A l’époque, vous saviez ce que votre mari faisait ?<br />
-	Les gens de sa Caste sont très secrets. <br />
-	Ils se marient rarement avec des gens normaux.<br />
-	Bernardt voulait garder un pied dans la vraie vie. Mais dans le fond, il me méprisait. Je n’étais à ses yeux qu’une femme de chair, faible, passionnée, capricieuse. Sa froideur était terrifiante, et il était loin d’être le pire. Quand j’ai vu ses collègues…<br />
Bernardt Heindrich. Le nom du monstre.<br />
<br />
-	Vous n’avez pas eu d’enfants ?<br />
-	Oh, non. Pour eux, avoir des enfants est dégoûtant. Parait-il qu’ils ont trouvé un moyen artificiel…<br />
-	Vous savez ce qu’il a fait avant de disparaître ?<br />
-	Il a tué un policier qui le cherchait, et qui était venu me trouver comme vous… Weid, c’était son nom.<br />
-	Votre mari et vous, étiez-vous souvent ensemble ?<br />
-	En fait, nous nous voyions peu. Je restais à la maison. Nous avions suffisamment d’argent pour vivre très bien. Moi seule profitais du confort, lui s’en moquait. Nous avions pourtant le matériel le plus moderne, un chromatographe, un automate…<br />
-	Vous étiez botaniste à l’époque ?<br />
-	Non, cette serre appartenait à ma famille. Disons que je m’en occupais un peu. J’aidais. Quand je me suis retrouvée veuve, je me suis remis à étudier. Puis à la mort de mes parents, je l’ai reprise pour en vivre.<br />
-	Ces cheveux d’anges, ils ont quelque chose de particulier ?<br />
-	Ils sont une espèce très vivace. Mon père en a déposé le brevet. Ce n’est pas une invention bouleversante, mais ma famille a encore l’exclusivité de cette plante pour vingt ans.  <br />
-	Et les insectes volants ?<br />
-	Vous êtes observateur. C’est la seconde petite merveille créée par mon père. Ceux-ci sont particulièrement lumineux. Des scientifiques les ont étudiés. Ils ont découvert des propriétés étonnantes aux œufs de cette espèce, que la femelle porte sur elle pendant un temps avant leur éclosion. Ils seraient stimulants pour la mémoire.<br />
-	Je vois. <br />
Maréchal ne préfère pas l’accabler : il ne va pas lui révéler que Heindrich a transformé, seul ou avec des « collègues », les cheveux d’anges en tueurs et les brûlesprits en instruments à effacer la mémoire !<br />
-	Vous ne savez rien d’autre sur votre mari, qui pourrait nous aider ?<br />
-	Pour moi, vous poursuivez un spectre, inspecteur. <br />
-	J’en ai bien conscience, mais pour nous, cet homme est en vie.<br />
-	Je le sais bien, soupire-t-elle.<br />
Elle se lève et va ouvrir un placard au fond de sa réserve. Elle en sort une liasse de papiers. <br />
-	Voilà, ce sont des dossiers qu’il a laissé avant de mourir. De disparaître, disons. <br />
-	Merci, madame, vous nous avez été d’une grande aide. <br />
Les deux policiers ressortent. Il est seize heures. <br />
-	Bon, je vais lire en vitesse ces papiers, dit Maréchal. Je pense qu’à minuit, si je n’ai rien trouvé, je serai au bureau. <br />
-	On peut se donner rendez-vous vers dix-neuf heures. On attendra tous les deux ce salopard. <br />
-	D’accord. Tu as une autre piste de ton côté ?<br />
-	Rien de mieux qu’aller attraper le Somnambule. Je me sens coupable d’être arrivé trop tard. <br />
<br />
Maréchal soupire et dit pour lui-même :<br />
-	Ce n’est pas toi qui es arrivé trop tard, Jeff. C’est eux qui sont des bras cassés. Ils devaient transporter Kassan dans une passoire… Va vite les soutenir, qu’ils aient enfin un homme valide dans leur équipe.<br />
Il consulte sa montre. Il est seize heures. H-4.<br />
-	Tu as trois heures pour attraper l’ennemi nº1 ! Bon courage !<br />
-	Merci, à tout à l’heure. <br />
<br />
Maréchal et Nelly vont s’asseoir à un café. Un serveur l'appelle : <br />
-	On demande la brigade spéciale au parlophone...<br />
L’inspecteur va dans la cabine. <br />
-	Ici Jonson. Il semble que nous partagions un goût pour les plantes tropicales.<br />
-	Bon, écoutez, dit Maréchal, je propose qu'on laisse de côté deux minutes la guerre des services... On veut Heindrich vous et moi...<br />
-	Nous allons faire parler le docteur Heims. De plus, nous surveillons depuis quelques jours un hôtel qui nous semble suspect. Le <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Saphir</span>, dans Karel Kapek. Vous connaissez ?<br />
-	Je vois où il est, dit Maréchal. C'est pas loin de Mägott-Platz.<br />
-	Exact. On pense que c'est une planque de Heindrich. On ira ce soir avec Heims, on verra bien.<br />
-	D'accord. De mon côté, je crois tenir une piste. Rien de bien certain. Je peux vous retrouver au Saphir.<br />
-	On y sera vers dix-neuf heures.<br />
-	Je ne pourrai pas vous retrouver avant minuit.<br />
Il raccroche et retrouve Nelly, qui a commandé. Il parcourt les papiers de la vieille dame. Bien lui en a pris, de le faire maintenant, sans attendre de revenir à Névise. Il découvre des schémas instructifs. Des indications pour accéder au repaire principal, sans passer par le chemin souterrain des tombeaux, trop gardé du côté du faux métro.<br />
-	Dis-moi, Nelly, tu as toujours ton « costume » ?<br />
-	Quel costume ?<br />
-	Celui pour incruster les soirées automates.<br />
Elle n’apprécie pas la plaisanterie. <br />
-	Ecoute, j’ai besoin de toi. Là où je vais ce soir, ce sera sûrement plus animé qu’une soirée au <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Pandémonium</span>. <br />
-	Je ne te comprends pas, tu as l’intention de faire quoi ?...<br />
Quand les femmes ne veulent pas comprendre parce qu’elles trouvent que ce n’est pas bien !… Maréchal serre les poings, énervé de devoir se battre aussi contre Nelly. <br />
-	Ecoute, je vais retrouver le tortionnaire qui m’a séquestré quand j’étais môme. Mets-toi à ma place, tu ferais quoi ?<br />
-	C’est horrible… Tu n’as pas l’intention de le, de… ?...<br />
Maréchal la regarde durement ; la colère lui dilate les narines.<br />
-	Je me rends bien complice de tes vols répétés en ne disant rien à personne. <br />
L’inspecteur a parlé assez fort, trop pour que ce soit à voix basse, et ils sont dans une salle bondée.<br />
-	Tais-toi, tu es fou… Tu mets sur le même plan des, des larcins et…<br />
-	Tu voles des honnêtes gens. Moi je veux débarrasser la Cité d’un monstre. Quel est le pire ?<br />
-	Pourquoi tu n’as pas ordonné à Portzamparc de t’accompagner ? <br />
Avec l’accent des bas-fonds de leur enfance, Maréchal murmure : <br />
-	C'pas un gamin d'rues.<br />
Nelly regarde, triste, haineuse, dans le vide. Elle fixe la salle, les bourgeois dans leurs beaux habits, dans ce palais des glaces, avec les serveurs très adroits, les belles bouteilles d’alcool derrière le comptoir, les danses de couleurs, les jupes et les reflets.<br />
 <br />
Elle se lève, sort de la salle sans attendre. Maréchal met quelques pièces sur la table. Il la rattrape dans la rue. Elle s’arrange pour marcher deux pas devant lui. Il la suit, sans plus rien dire. Ils arrivent devant son immeuble. Elle fait comme si elle allait l’empêcher de rentrer :<br />
-	Tu veux faire de moi ta complice.<br />
-	Non. Pour qu’il y ait complicité, il faut condamnation. Il n’y aura rien de cela. Pas plus que lorsque Penthésilée a dérobé tout un rayon de bijoux au Bazar Moderne. <br />
Elle ouvre la porte, rageuse, ne s’occupe pas de savoir s’il rentre ou non. Maréchal s’allume une cigarette pendant qu’elle passe dans la salle de bains. Elle ressort toute nue, effrontée. L’inspecteur se fait tout petit, il se prépare un café. Nelly revêt un justaucorps intégral. Elle noue ses cheveux et remet une robe par-dessus <br />
-	Viens. <br />
Ils empruntent un passage discret, descendent un escalier rouillé, passent sur une corniche entre deux grosses usines. Ils arrivent dans un terrain vague sous un grand boulevard désaffecté. De lourds containers sont posés, certains debout, d’autres renversés. Nelly en ouvre un encore en bon état et solidement cadenassé. Elle sort une caisse elle aussi verrouillée, dans laquelle est rangée l’armure d’androïde. <br />
-	Il faudra un jour que tu m’expliques où tu as trouvé cela…<br />
Elle ne répond pas. Elle tombe ses vêtements et commence à revêtir le costume de la voleuse la plus célèbre de la Cité. Elle accroche l’armure pièce par pièce et relie les jointures. En quelques minutes, elle est équipée. <br />
Elle termine par le casque. Antonin a vu qu’elle pleurait avant de refermer la face de métal. Il a allumé une cigarette, il fait les cent pas. Il essaie de s’en détacher. Il lui reste maintenant deux heures pour aller au bout. Les indicateurs IEI et SHC sont montés à 7.<br />
-	Où al-lons-nous ? dit Penthésilée de sa voix saccadée. <br />
  Maréchal a entendu des sanglots mécanisés. Il doit serrer les poings, ne pas se laisser abattre, pas se détourner, face à ce qui l’attend, surmonter, pas se laisser attendrir, être préparé pour cogner, pour mourir…<br />
Il écrase sa cigarette.<br />
-	Nous descendons à Rainure Saint-Polska. <br />
Il sent qu’elle va protester. Maintenant, ça lui est égal. Le quartier sous Magött-Platz, presque désert, où ne viennent que quelques Scientistes. <br />
<br />
Portzamparc est de retour au manoir de Janas Prso.<br />
-	Debout, Kassan, ce soir, nous sortons. <br />
Le roublard est surpris. Pour une fois, il perd son air éternellement rigolard :<br />
-	Vous êtes attendu, Portzamparc. Vous ne pouvez pas…<br />
Portzamparc réplique aussi sec :<br />
-	Un officier Autrellois est toujours à l’heure, monsieur. <br />
Kassan se lève du canapé, souriant. <br />
-	Et pour ma femme ? demande le capitaine. <br />
-	On s’en est occupé, fiston. <br />
-	J’espère pour vous que vous l’avez bien fait. <br />
Fini de jouer à être pote, à être bourru et débonnaire entre collègues espions ! A présent, Portzamparc part au front, comme un chasseur polaire.  Il va monter à ces citadins décadents de quel bois on se chauffe dans les grandes plaines glacées ! Kassan prend une arme. Le roublard n’aime pas trop, Kassan lui sourit poliment, d’un air légèrement carnassier. <br />
-	Vous savez par où commencer ?<br />
-	On descend dans les tombeaux, on va tout retourner, on finira bien par trouver Heindrich et toutes les saloperies qu’il cache dans son repaire !<br />
Evidemment, le roublard ne comprend pas pourquoi Portzamparc fait ça. Le chasseur polaire n’a pas besoin de lui expliquer. Il sait lui pourquoi il va chercher Heindrich qui ne le concerne en rien. <br />
Un peu parce que c’est le flic en lui qui l’ordonne ; aussi parce qu’il le doit à Maréchal, qui a beau être un décadent d’Exiléen, qui est quand même ce qui fait de plus droit dans cette Cité du vice, et qu’il pourrait en fait le considérer, tout bien pesé, comme son ami. <br />
Portzamparc appelle un ballon-taxi, pas Corben. Le Somnambule a mis une cagoule, assez justifiée par ce froid. Le pilote est étonné de la course qu’il doit faire. <br />
Maréchal arrive aussi en transport à l’entrée de Rainure Saint-Polska. Il trouve une cabine de parlophone dans la rue. Il appelle Linus, conscient que c’est peut-être la dernière personne à qui il parle :<br />
-	Tout va bien de ton côté ?<br />
-	Oui, je crois avoir compris des choses sur ce que faisait Heindrich… Où êtes-vous ? C’est un peu long à vous raconter comme ça…<br />
-	Ne t’en fais pas. Tout sera bientôt fini. <br />
-	Rappelez-moi bientôt, hein…<br />
-	Ne t’en fais pas. Repose-toi. <br />
Pauvre Linus, il en a bien bavé. <br />
<br />
Maréchal et Penthésilée avancent dans Rainure. Ils retrouvent les rues biscornues où Herbert a vécu un moment, puis le repaire sinistre, derrière une falaise artificielle, où Kassan a été emprisonné. Ils arrivent devant le grand bassin de Pantion, découvert un soir d’excursion nocturne depuis Magött-Platz. Au milieu du bassin, il y cet îlot, avec cette machine absurde, des cadrans entremêlés, des courroies et des pompes qui puisent dans l’eau. On ne peut accéder à pieds secs. L’inspecteur, qui a l’impression d’un coup de connaitre le quartier comme s’il y avait toujours vécu, trouve un panneau de contrôle dans un poteau. Il feuillette les documents de Heindrich, ouvre un clapet et découvre un clavier alphabétique. <br />
Il y a un code à taper, qui n’est pas mentionné dans les papiers. Maréchal s’arrête, agacé. C’est tout proche de lui, il sent qu’il peut trouver. Il regarde sa montre : il reste moins d’une heure. Moins d’une heure !<br />
<br />
Portzamparc et Kassan payent le ballon-taxi et prennent le gros ascenseur. La cabine dans le tube de verre les descend en-dessous de la gigantesque Cité machine où s’affairent des milliers d’araignées mécaniques sur des machines incompréhensibles.<br />
 <br />
Ils continuent en courant sur le chemin des tombeaux. Les voilà au cœur des fondations de la nécropole, entre les bâtiments où repose la race éteinte qui asservit jadis les humains pour construire ses dernières demeures.<br />
<br />
Maréchal tapote nerveusement sur le poteau. Il se concentre, l’heure tourne, tic-tac obsédant. Nelly regarde, elle n’a pas plus d’idée que lui. <br />
Maréchal tape un coup plus fort. Il a trouvé, c’est tout simple. Il y a neuf lettres à taper : S, H, C, R, U, S, I, E, I !<br />
<br />
Un voyant vert s’allume. Un mécanisme gronde. Le bassin se met à remuer, l’eau s’agite. La machine se met à pomper et tous ses engrenages tournent de plus en plus vite. Un rail émerge de l’eau, juste devant la rive. Un sifflement lointain, puis l’eau entre en ébullition. Un tramway arrive par le rail sous-marin. Il jaillit de l'eau. Il a l'air interminable, avec ses six wagons. Il s’arrête devant Maréchal et Nelly. Le s portes s'ouvrent. Ils montent dedans. Ils sont seuls. <br />
Une sonnerie, la rame se met en marche et plonge. Elle descend profondément sous l’eau. Elle accélère, s’enfonce dans un tunnel. Elle passe à la station Abattoir, qui n’est toujours pas ouverte au public. Elle va encore plus vite, s'enfonce dans les profondeurs. Maréchal voit le commissaire Weid assis sur la banquette d’en face. Ils arrivent dans le canal de Névise, ils passent entre les palais recouverts d’algues et de coraux. Le rail bifurque, ils entrent dans un palais au coeur de la cité noyée.<br />
 <br />
La rame ralentit. Une porte s’ouvre, elle repart et s’arrête dans un couloir inondé. L’eau commence à se vider. Bientôt, l’énorme sas est à sec. Les portes s’ouvrent toutes dans un bruit de soupir. <br />
<br />
Maréchal et Nelly sortent, impressionnés de se retrouver dans les entrailles de ce palais inconnu. Ils sont dans une grotte sous-marine, avec de faibles lumières outremer, des rougeoiements, des tons verts dégradés, des cristaux multicolores fichés dans des parois de pierre. Ils montent à une échelle, à une corniche naturelle. Ils passent un autre sas, deux fortes portes en acier qui s’ouvrent verticalement devant eux. Ils entrent dans une pièce froide. Des chromatographes et des ordinateurs ronronnent. Une douzaine de cercueils sont alignés. Ils sont en métal blanc, avec une vitre. Maréchal recule en découvrant que plusieurs sont occupés. Le verre est gelé. <br />
-	Ils sont en hibernation, dit Nelly.<br />
Maréchal ne reconnait aucun nom, sauf sur le dernier cercueil, qui est vide : B. Heindrich.  Ils entendent du bruit dans le sas d’arrivée du tram. Ils vont voir et reculent : des dizaines et des dizaines de créatures de Heindrich arrivent par une autre porte ! Ils avancent vers eux, ils montent à l’échelle comme une colonie d’insectes.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[[font=Georgia]<div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b">EXIL #13</span></div>
<br />
<br />
<br />
<br />
-	Bon, on va commencer par le début. Nom, prénom ?<br />
-	Kassan. Josef. Trente-deux ans. Ancien pupille de la Cité.<br />
-	Profession ?<br />
-	Sans emploi. Réformé de la légion étrangère.<br />
-	Quelle région ?<br />
-	Scovié.<br />
Le détective tape rapidement. Le grand homme mince aux yeux gris sourit :<br />
-	Tu ne me reconnais vraiment pas ?<br />
-	Je vous demande pardon ?<br />
-	Tu oublies d’où tu viens, Maréchal…<br />
Le détective se trouble. <br />
-	Comment vous connaitrais-je ?<br />
-	Le Halo.<br />
Maréchal frissonne.<br />
<br />
L’inspecteur ouvre les yeux, fébrile. Il arrête les bandes magnétiques et les met à rembobiner. Il se lève, préfère se rasseoir. <br />
Il y a dans le bureau du docteur une odeur rassurante de cuir et de vieux livres, qui flotte par-dessus les relents de flacons et de désinfectants. <br />
Il voit l’horloge : cinq heures, h-35.<br />
<br />
Maréchal retrouve le docteur Heims chez Emma, cinq heures avant.<br />
-	Comment vont portez-vous ?<br />
-	En un sens, plutôt bien, docteur. Seulement, je souffre de troubles de la mémoire.<br />
<br />
Cristiana entre en scène pour son deuxième déshabillage. Le pianiste l’accompagne paresseusement, avec sa voix rauque de fumeur à la chaîne.<br />
-	Plus exactement, j’ai des souvenirs qui me reviennent… <br />
-	Vieux de combien de temps ?<br />
-	Trois ans. Et j’ai besoin de les reconstituer précisément. <br />
-	C’est un processus qui peut être long. <br />
-	J’ai besoin que ce soit rapide. Je n’ai que… quarante heures devant moi. <br />
Il est vingt heures. Dans deux jours exactement, l’ultimatum du professeur Heindrich prend fin. <br />
-	Je ne peux pas tout vous expliquer, ce serait long, et chaque minute m’est comptée. Je vous le demande comme un service…<br />
<br />
Ils arrivent chez Heims à une heure du matin. Le docteur met du café sur le feu.<br />
-	Asseyez-vous, déboutonnez votre chemise… Respirez fort…<br />
Il passe le stéthoscope tiède sur la poitrine du policier et prend la tension.<br />
-	Vous êtes fatigués en ce moment ?<br />
-	Oui. Beaucoup de travail.<br />
Le docteur regarde l’aiguille et fait une moue pour dire qu’il s’en serait douté. <br />
-	Rhabillez-vous. <br />
Ils s’assoient au bureau. <br />
-	Ecoutez, Maréchal, je prends une certaine responsabilité…<br />
-	J’en suis conscient. <br />
-	Où en est votre syndrome ?<br />
-	Dernièrement, il s’est calmé. Je ne vous cache pas que ça risque de changer d’ici peu. <br />
-	Pourquoi croyez-vous cela ?<br />
-	Parce que je vais bientôt retrouver le responsable de mon état. <br />
Heims sort un gros pot de liquide d’une armoire fermée à clef.<br />
-	C’est un produit qui n’est pas encore commercialisé. <br />
-	Je serai cobaye. <br />
-	Je ne voudrais pas que votre corps serve à la science dès demain…<br />
-	Je veux courir le risque.<br />
-	Le risque n’est en réalité pas mortel. En revanche, des troubles profonds de comportement…<br />
-	J’accepte. <br />
-	C’est un produit qui entre dans la composition de ce qu’on appelle populairement « le sérum de vérité »…<br />
-	Docteur, je m’excuse mais je suis pressé.<br />
-	Bien, soupire Heims. <br />
Il est une heure et demie quand Maréchal s’allonge, torse nu. Le docteur vérifie sa seringue.<br />
-	Je vais vous faire une injection. Les effets durent environ trois heures. Au début, je vais vous aider en vous posant des questions. <br />
-	Secret médical docteur, n’est-ce pas !<br />
-	Evidemment. Ensuite, je vous laisserai parler au maximum. Mon appareil va vous enregistrer. Il est évident que je ne sais rien de ces bandes.<br />
-	Elles seront pour moi. <br />
<br />
Il a fallu quelques minutes après l’injection. Heims appuie sur le gros bouton de l’appareil. Les roues se mettent à tourner lentement. <br />
Maréchal délire un moment. A ces visions se mêle des images du passé. Il est secoué de pleurs irrépressibles. Son visage se tord de terreur. Heims doit l’attacher par les poignets. <br />
En fin de délire, Maréchal gesticule sur la chaise, il crie qu’il veut partir, avec une voix d’enfant. Il retombe d’un coup. Un sommeil lourd s’ensuit. <br />
Juste avant de se réveiller, Maréchal revoit brusquement sa cellule dans le Halo. Il tape aux barreaux. Dans la cellule d’en face, Kassan hurle. Des serviteurs emportent des enfants. Les lumières s’allument. Des pas : le professeur Heindrich. <br />
-	Allons chercher Antonin…<br />
Le Scientiste approche. Maréchal est sorti de sa cellule, traîné vers la salle aux machines bizarres. <br />
Heindrich lui ordonne de monter sur un siège. Maréchal voit le visage de Heims se superposer sur la silhouette du Scientiste. <br />
<br />
L’inspecteur sursaute. Il est trempé. Cinq heures. H-35. Il se lève, troublé. <br />
Le docteur est parti. Il a laissé un mot pour dire qu’il dort dans son appartement, de l’autre côté du couloir. <br />
L’inspecteur préfère se rendormir sur le siège. Il met un réveil à sonner pour dans une heure.<br />
<br />
Presque au même moment, les deux hommes du réseau Hadaly se penchent sur la carte du quartier des Eglues. Portzamparc pose son manteau. C’etst un appartement anonyme, dans un ensemble résidentiel d’ouvriers. <br />
La pluie bat sur la fenêtre. Le plafond a des taches d’humidité. La peinture s’écaille aux murs.<br />
-	Cela va être serré à jouer, dit le petit gros.<br />
-	Tu parles ! dit le type roublard avec son éternelle cigarette éteinte. <br />
Portzamparc regarde les rues sur le plan, en suit plusieurs avec le doigt. <br />
-	On peut compter sur combien d’hommes ?<br />
-	On en a quatre en réserve. Le chef dit qu’ils se tiennent prêts.<br />
-	Il veut jouer un gros coup, rigole le roublard. On ne joue pas petit braquet !<br />
-	Il nous reste combien de temps ? dit le petit gros en s’essuyant les yeux. <br />
-	Il est vingt heures, dit Portzamparc. Donc dans sept heures environ, le Somnambule sort. Autant dire que tout doit être bouclé dans cinq heures. <br />
<br />
Les heures passent, à ressasser une stratégie. <br />
-	Donc, on reprend : Litvak et Frenz arrivent par l’impasse…<br />
-	Et moi j’arrive par là, en retrait…<br />
<br />
Portzamparc va faire un somme sur le canapé. Il arrive le premier à Névise, aux alentours de 5h30. Il reste moins de 35 heures. <br />
Maréchal se réveille chez Heims. Il remet dans l’ordre ses souvenirs. Il repasse les bandes rapidement. Il fait quelques arrêts quand il parle de façon continue. Il a parfois du mal à reconnaître sa voix.<br />
Il rencontre Kassan trois ans auparavant, qui se fait arrêter exprès à Mägott Platz. Ils reconstituent ce qu’ils savent de Heindrich, dans le bureau du détective qui fait semblant de poursuivre l’interrogatoire. <br />
-	Je sais où trouver Horo, Antonin. Tu te souviens de lui ?<br />
-	Un costaud ?<br />
-	Il a joué l’homme fort dans un cirque quelques temps. Il doit travailler sur les quais ces temps-ci. Il se souvient de la cathédrale, dans les Filets. <br />
-	J’y suis allé dans ma jeunesse, ouais…<br />
<br />
Ils montent dans les ruines. Les créatures sont là. Ensuite, cela devient flou. Ils sont capturés certainement. Maréchal attaché sur une chaise, Kassan et Horo à côté de lui. Deux imitations de Scientiste gardent l’entrée. L’inspecteur revoit quelques détails, des flaques d’eau à terre, une poutre effondrée. Il est à peu près sûr qu’Herbert est là. Il revoit sa tête. En revanche, le souvenir de Heindrich a disparu. Le professeur a réussi à manipuler sa mémoire pour lui faire oublier irrémédiablement son visage. <br />
<br />
Maréchal est troublé par cette confusion dans son rêve plus tôt dans la nuit. Le visage de Heims sur le corps de Heindrich… Il quitte le cabinet et prend le tramway. A Névise, Clarine est arrivée au bureau. Portzamparc dit qu’il part répondre à une plainte. Pour une fois, il ne prend pas le ballon-taxi. <br />
<br />
Le Somnambule sort de sa cellule. Il est presque 7 heures. On lui attache les mains. Plusieurs prisonniers crient, tapent sur leurs barreaux. <br />
-	Bon voyage, vieux !<br />
Kassan réprime mal un sourire. Il voit par avance le gardien à son côté droit, une demi-heure plus tard, qui se fait abattre alors qu’il se tient sur le marchepied de la voiture. Il voit les grenades qui tombent, les hommes avec des foulards sur le visage, armés de fusils, qui jaillissent d’une porte ou d’une ruelle. <br />
<br />
Il passe les deux grilles de la maison d’arrêt, respire l’air gris clair du matin. On le pousse dans la voiture. Deux hommes avec lui, un de chaque côté sur le marchepied. Les Pandores repoussent les journalistes. La voiture arrive à démarrer. Des coups de fouet. <br />
Portzamparc et les Autrellois sont dans la ruelle. Ils mettent leurs manteaux de cuir, des gants, des foulards. Kassan se laisse bercer par les tressautements de la route. Il sait qu’il va y avoir encore un nid-de-poule, que la voiture va tourner. <br />
Portzamparc glisse les cartouches dans le fusil, vérifie le chien. Les quatre hommes mettent leurs grenades en poche. <br />
<br />
La voiture tourne, tremblante après avoir passé le nid-de-poule.  Le type roublard est avec son fusil à la fenêtre d’en face. Il fait feu sur le convoi, le policier sur le marchepied droit s’écroule. Les grenades roulent en projetant leur épaisse fumée. Portzamparc reste en retrait. Les Autrellois attaquent, coups après coups abattent l’escorte. Ils ordonnent au cocher de descendre, l’assomment. Ils montent sur la voiture, fusils braqués. Un policier à l’intérieur tire et abat un des assaillants. Kassan se jette sur l’autre et passe par la porte avec lui. Les deux roulent dans la boue. Le policier se prend des coups de crosse ; on relève Kassan en vitesse. Des Pandores arrivent en renfort. Portzamparc sort de la ruelle et les abat. D’autres arrivent derrière. Les Autrellois arrivent en courant. Deux emmènent Kassan, le dernier reste et braque Portzamparc : <br />
-	Prêt ?<br />
-	Vas-y.<br />
Il tire dans le bras du policier. Portzamparc recule en gémissant pendant que l'autre s'enfuit. Il s’appuie sur le mur : <br />
-	A l’aide !<br />
Les Pandores arrivent et le trouvent, devant leurs deux collègues morts. Portzamparc leur pointe la direction opposée : <br />
-	Ils ont Kassan !<br />
Portzamparc marche péniblement jusqu’à la voiture, aide les policiers à se relever. <br />
-	Je suis arrivé trop tard… J’ai reçu un appel anonyme sur cette attaque…<br />
<br />
La fumée se disperse, révélant tous les corps. Des infirmiers d’une clinique voisine arrivent avec des brancards. Ils emmènent les blessés. C’est la cohue alors que l’équipe de nuit s’apprêtait à rentrer chez elle. Une belle interne s’occupe de soigner Portzamparc. <br />
-	Une chance que la balle n’ait pas pénétrée… <br />
-	Il était pourtant rapide ce salaud… Et il ne visait pas mal ! Dites, puisque j’ai encore un bras valide, vous pourriez m’approcher un parlophone ?<br />
-	Je termine votre bandage… Madame va être fière d’avoir un héros de mari !<br />
-	Elle va me dire que j’ai mis du sang sur ma chemise, ouais !<br />
<br />
Portzamparc appelle chez lui. Il rassure sa femme :<br />
-	Non, non… Je garderai une belle cicatrice mais pas plus… Un simple bandage, oui. J’ai le bras en écharpe, c’est tout… Non, je ne reste pas. J’ai à faire… Ils seraient capables de me retenir une journée de traitement si je reste au lit !<br />
L’inspecteur raccroche et appelle Névise. Les infirmières sont au petit soin pour lui. On lui allume une cigarette, on lui a préparé un bon repas. <br />
-	Mademoiselle Clarine ? Maréchal n’est pas encore arrivé ? Où est-il ce paresseux ?... Bon, j’ai eu un pépin, rien de grave… <br />
<br />
Maréchal entre peu après que la secrétaire ait raccroché : <br />
-	L’inspecteur de Portzamparc est à l’hôpital !<br />
-	Coma éthylique ?<br />
-	Blessure par belle. <br />
-	C’est grave ?<br />
-	Il dit que non. Par contre, le Somnambule s’est échappé. <br />
Maréchal dirait bien qu’il n’attendait pas mieux, venant de la Brigade des Rues et des Pandores…<br />
-	Que faisait Portzamparc là-bas ?<br />
-	Il m’a dit qu’il a été prévenu par un coup de fil anonyme…<br />
-	Une délation un peu tardive…<br />
L’inspecteur s’enferme dans son bureau. Il n’a pas le temps de penser au Somnambule. Il tourne et retourne dans sa tête les souvenirs de sa capture dans la cathédrale. Ligotés sur une chaise… Le professeur entre et sort plusieurs fois. Il leur parle, à lui, Horo et Kassan… Herbert est là aussi… <br />
<br />
Il croit se souvenir comment ouvrir un passage secret dans la cathédrale. C’est ainsi qu’ils ont dû faire il y a trois ans. Maréchal retrouve aussi un souvenir pénible. Il est attaché sur la chaise. Heindrich sort avec une pincette un moustique frétillant d’un bocal. Plutôt une sorte de libellule. On le force à ouvrir la bouche. Maréchal doit avaler l’horrible bête. <br />
Sa haine contre Heindrich devient de plus en plus intenable à mesure que les souvenirs reviennent. Maréchal ne peut oublier ce moment d’écœurement quand il avale la bestiole, qu’elle frétille contre sa glotte. Il comprend que c’est l’ingestion de cette créature qui lui a effacé la mémoire. Il revoit les mains gantées de Heindrich. La pince qui saisit l’insecte, le sort d’un liquide gluant. <br />
<br />
Il est 9 heures. H-31. Portzamparc sort de l’hôpital. Sa femme est venue le chercher, affolée. Le parlophone sonne dans le bureau de Maréchal : <br />
-	Ici, Svensson… Je voulais vous prévenir que nous avons bientôt fini…<br />
-	Vous avez passé une bonne nuit ?<br />
-	L’inspecteur Crimont a été très prévenant. <br />
-	Ne bougez pas, je monte vous chercher. <br />
Maréchal vérifie ses munitions. <br />
-	Clarine, vous direz à Portzamparc que s’il veut prendre sa journée, je ne ferai pas de retenue sur sa paye !<br />
L’inspecteur lève les yeux au ciel. Il a rétrospectivement peur pour son collègue. Ils sont la Brigade Spéciale. Ils pourraient aussi s’appeler la Brigade du Zèle ! Il entre vers 10 heures dans la cour du quai des Oiseleurs. La Brigade des Rues est en ébullition : l’évasion du Somnambule les met sur les charbons ardents. Les journalistes se massent devant la grille, il y a des juges au bout du parlophone, d’honorables citoyens malades de peur. <br />
Maréchal pénètre dans les couloirs de la Crim’. Son entrée est remarquée. Quand la Brigade Fantôme se montre, c’est que la Cité va vivre des heures agitée. On se regarde d’un air interrogateur, tantôt moqueur, tantôt inquiet. Maréchal les ignore poliment. Il sent qu’il ne fait pas du tout partie de ce bâtiment. Il détonne dans le décor. <br />
Il traverse les couloirs et prend l’escalier massif, au tapis bleu décoloré. Quatre étages pour arriver dans le monde à part de la Financière. <br />
Il souffle dès le deuxième étage. Il entend un raffut pas croyable, des cris, des vitres brisées, un courant d’air et des papiers qui volent. Des gens sortent des bureaux et se précipitent dans l’escalier : des secrétaires, quelques suspects. Maréchal finit de monter en courant. Il arrive en haut, l’arme au poing. Des coups de feu ! Des coups de feu à la Financière !...<br />
<br />
Maréchal entre dans les bureaux. Crimont et deux collègues tirent par une fenêtre, dont le cadre a été arraché violemment. Depuis combien de temps les gens de cette Brigade n’ont-ils pas tiré en dehors de l’entraînement ?<br />
Les pauvres inspecteurs ne sont pas préparés à une telle attaque ! Deux honorables hommes d’affaires interrogés pour délit d’initiés sont blancs comme leurs chemises.  <br />
	<br />
Il faut évacuer les locaux. Le vent a renversé les dossiers, fait voler les piles si bien ordonnées. D’un coup, c’est le chaos. <br />
-	Raconte-moi ce qui s’est passé, dit Maréchal. <br />
Svensson et Herbert ont bien sûr disparu !<br />
<br />
-	Je n’ai pas bien vu, dit Crimont, je n’étais pas dans la pièce avec tes deux amis… J’ai juste vu, oh je ne sais pas te dire, mon vieux… Des créatures ailées, comme des anges noirs, aux visages repoussants, comme de la chair de poisson tu vois. Ils ont pris l’ingénieur et le chauve et les ont emportés avec eux. Ils avaient des mains crochues… J’ignorais l’existence de telles saloperies… Tu connais ça, toi ?<br />
-	Oui…<br />
Crimont dit qu’il est désolé. <br />
-	Vous ne pouviez pas prévoir une attaque pareille, dit Maréchal. <br />
La moitié des effectifs, rejoints par des Pandores, se lance à la poursuite des attaquants. Les policiers se font accueillir par les collègues de la Brigade des Rues, qui disposent des plus grands locaux. Deux Pandores viennent faire le pied de grue, pendant qu’on appelle des ouvriers pour poser une cloison provisoire. Il faudra des semaines pour tout remettre en état !<br />
Maréchal visse son chapeau, salue la compagnie. Les journalistes pressent encore plus à l’entrée. Sans avoir vu l’attaque, qui s’est déroulée du côté opposée à la cour, ils ont entendu la vitre du quatrième exploser. <br />
Maréchal se faufile par une petite sortie. Le funiculaire le descend à Névise. Il peine encore à prendre conscience de l’audace monstrueuse de Heindrich. Il s’en est pris directement au quai des Oiseleurs ! Audace qui a du reste payé. Il a Herbert et Svensson en otages. Il est onze heures. H-29.<br />
<br />
L’inspecteur pousse la porte de la brigade, le visage fermé. Clarine craint tout de suite le pire. Linus travaille dans son bureau, ne s’est aperçu de rien. Portzamparc sort de la cuisine. <br />
-	Tu es là ? lui dit Maréchal.<br />
-	Comme tu vois…<br />
-	Et le Somnambule ?<br />
-	Evaporé… Herbert et Svensson ?<br />
-	Evaporés aussi. Qui a enlevé Kassan ?<br />
-	Je n’en ai pas la moindre idée. Herbert et Svensson… ?<br />
-	Je vais t’expliquer.<br />
Les deux inspecteurs s’installent dans le bureau du commissaire. <br />
-	C’est Heindrich qui a enlevé Herbert et l’ingénieur. <br />
-	Il va nous appeler alors…<br />
-	On sait ce qu’il veut, ses données…<br />
-	Il va nous contacter pour après-demain soir alors ?<br />
-	Je crois pouvoir le coincer avant, Jeff… Dès ce soir…<br />
<br />
Maréchal sent que c’est une chasse. L’hallali est déjà sifflé. <br />
-	Tu es en forme ? demande-t-il à l’Autrellois. <br />
-	Bien sûr ! Le bandeau et l’écharpe, c’est pour faire joli !<br />
Portzamparc sait que Hadaly 20-52 a le Somnambule. Il sait aussi qu’il va quitter la Cité sous peu. Il se dit qu’il a bien envie d’un dernier « coup » avec Maréchal ! Comme à la grande époque ! <br />
-	Bon, je te propose qu’on roupille cette après-midi. Ce soir, on monte dans les Filets. Tu connais ?<br />
-	Non, mais tu vas m’indiquer. <br />
-	C’est dangereux, Jeff… Ce ne sont pas des truands qu’on aura face à nous… Tu te souviens des créatures du souterrain ? On aura les cousins.<br />
-	Ils ont une tête pas honnête. On fera un boulot utile en nettoyant la Cité de ces gars-là.<br />
-	Alors au dodo ! Règle ta montre et mets ton réveil !<br />
<br />
Les deux inspecteurs s’étendent dans leurs hamacs. Maréchal a donné son après-midi à la secrétaire. Ils n’ont rien dit à Linus. Le cliquetis des touches de son chromato est bientôt le seul bruit qui trouble le silence des bureaux. <br />
<br />
Portzamparc se réveille le premier. Il enlève son écharpe en grimaçant. Maréchal s’extirpe de son hamac. <br />
Il est 17 heures. S’ils réussissent ce soir, ils attraperont Heindrich avec une journée d’avance. Linus part chez lui. Les policiers ne lui disent pas ce qu’ils font le soir. <br />
Corben les dépose aux Célestes vers 18 heures. H-22. Ils terminent par un chemin discret. Ils sont une petite heure après dans les ruines, à l’approche de la cathédrale effondrée. <br />
<br />
Ils regardent le bâtiment, au fond duquel se cache peut-être Heindrich et ses secrets. Ils respirent l’air vivifiant des sommets. L’océan roule inlassablement. Les étoiles sont dans le ciel immobile. Ils allument une cigarette. H-21. Ils ont une bonne avance. <br />
<br />
-	Bon, Maréchal, ça m’a fait plaisir de travailler avec toi. <br />
-	Oui, moi aussi, Jeff, je crois qu’on a fait du bon travail, tout ce temps.<br />
-	<br />
Il n’y a pas tellement plus à dire. Maréchal ne pense qu’à sa vengeance. Portzamparc se sent déjà loin de cette Lune. Tout a passé si vite. Ils croiraient qu’ils se sont connus la veille. <br />
Oui, si vite, les nuits, les cafés, les enquêtes, les planques sans fin. Tout ce temps s’est enfui lui aussi, imperceptiblement. <br />
<br />
Ils se serrent la main et descendent.<br />
Ils ont une partie de leur matériel de mitier, pas rendu après l’excursion dans les égouts. <br />
Maréchal ne tient plus d’impatience. Ils descendent en rappel au travers des arches coupées. Ils mettent pied sur le sol de marbre. Des statues d’ingénieurs et de bienfaiteurs philanthropes, solennels dans la pénombre, les entoure. <br />
<br />
Maréchal recherche ses souvenirs. Comment ont-ils fait, avec Horo et Kassan, il y a trois ans ? L’inspecteur se perd entre les colonnes. Il entend une pulsation. Il comprend que c’est son propre cœur, qui tambourine. Des visions affluent. Il est dans une baignoire, dans une pièce nue. Une ampoule se balance au plafond. Il sort de la baignoire, une lumière passe par la fenêtre, éblouissante. <br />
Maréchal a du mal à cacher son trouble. Il a déjà vécu cette scène. Non, il a déjà eu cette vision. La première fois, il y a presque trois ans. Oui, il revoit le soir exact. Il vient d’arrêter un truand sur Magött-Platz. Même qu’il s’appelle Pavel Sobotka. Le détective de Portzamparc arrive le lendemain. <br />
Maréchal commence l’interrogatoire, Sobotka nie stupidement. Il va se coucher, Novembre continue à sa place. Maréchal dort dans son hamac, il se voit dans cette baignoire. Il en sort, lumière, il se réveille. Sobotka finit par avouer.<br />
 <br />
La capture de Maréchal dans la cathédrale doit se situer peu avant cette soirée. Il arrête Kassan. Ils parlent de Heindrich, retrouvent Horo. Descente. Ils sont capturés. Maréchal est attaché sur une chaise, on lui fait avaler l’insecte. Pareil pour Horo et Kassan. Les trois hommes oublient Heindrich, qui vient de gagner plusieurs années. Maréchal reprend son travail au commissariat, il a oublié. Il voit cette scène dans la baignoire. Sobotka avoue…<br />
<br />
-	Tu trouves quelque chose ?<br />
Jeff promène sa lampe entre les colonnes. <br />
-	Viens voir par ici…<br />
Maréchal ne sait pas quand a eu lieu ce bain tout habillé. Il sait qu’il lui reste des souvenirs à récupérer. Cette saleté d’insecte mange-mémoire. <br />
Antonin reconnaît un motif par terre, une suite d’équations réglant la structure de base de la Cité, apprise par cœur par les enfants dès 9 ans !<br />
On est bien dans la cathédrale du progrès. Il suit le motif des chiffres. Ils s’arrêtent au pied d’une statue, qui doit pivoter. Lorsqu’ils sont venus, il y a trois ans, Horo a été capable d’expliquer la logique de l’emplacement du passage secret. Maréchal, qui n’a jamais été une flèche en math, n’en a rien retenu, sinon l’essentiel. Lui et Portzamparc poussent la statue. Elle s’enfonce dans la niche et pivote. Pas besoin d’être une tête en calcul ! <br />
Une échelle descend dans une fosse. Une sorte de crypte, aux murs recouverts de chiffres. Ils n’y voient que grâce à leurs lampes. Ils promènent le faisceau. Ils avancent accroupis. <br />
Un coffre est posé contre le mur de pierre. Portzamparc se met en joue. Maréchal a son arme en main. De l’autre, il soulève lentement le couvercle. <br />
Un corps, Svensson. Il a une balle dans la tête. L’ingénieur a les yeux grands ouverts, qui brillent dans les deux faisceaux. Maréchal frissonne. Il lui ferme les paupières. <br />
-	Merde !<br />
Maréchal a hurlé et son cri résonne. <br />
-	Sale fumier, sale fumier…<br />
<br />
L’inspecteur a les larmes aux yeux. Il recule, tourne de rage. Portzamparc, plus froid, mais pas moins révolté, trouve une grosse enveloppe, ainsi qu’un papier tapé à la machine : « Après Svensson, il me reste encore un otage. Je veux mes documents avant demain soir à vingt heures. Pr. H. »<br />
<br />
Pauvre ingénieur, qui croyait retrouver ses idéaux libertaires en rentrant dans la Brigade Fantôme…<br />
<br />
Maréchal lit, puis déchire le papier en petits morceaux rageur. Portzamparc ouvre l’enveloppe : des chromatos de Linus et Maréchal dans la Cité de la Mémoire, différentes listes et transcriptions parlophoniques, établissant la responsabilité de la Brigade Spéciale dans le casse. <br />
<br />
Il y a aussi deux enveloppes plus petites, chacune au nom d’un des policiers.  <br />
-	Tiens, celle-ci est pour toi. <br />
Ils ressortent de la crypte. Ils s’assoient dans la cathédrale, pour lire à la lumière de leurs lampes. Maréchal allume machinalement une cigarette. Dans l’enveloppe, des chromatos de lui avec Herbert et le Somnambule, quand l’inspecteur a fait sortir Kassan du repaire de Scientistes. <br />
Portzamparc a une lettre, qui lui raconte en détails comment il a tué l’amiral, comment le Somnambule aurait pu en témoigner, qu’il a déposé chez un notaire une lettre dénonçant le policier, et que ce notaire vient d’être dévalisé, son coffre vidé. Heindrich est donc en possession des documents l’incriminant.<br />
<br />
La grande horloge du beffroi d’Exil frappe ses vingt coups. H-20. Ils leur reste exactement une journée. Quand ils sortent, le ciel est couvert d’une immense envolée d’oiseaux qui rejoignent le large. <br />
Ils prennent le téléphérique et aux Célestes retrouvent Corben. Maréchal appelle pour qu’on aille prendre le corps de Svensson. Ils se séparent, la mort dans l’âme. <br />
-	On va l’avoir, dit Portzamparc. <br />
L’Autrellois monte dans le tramway. <br />
-	Emmenez-moi chez Heims, dit Maréchal à Corben.<br />
L’inspecteur, fatigué de dégoût, d’énervement, de tristesse, entre dans le cabinet. Le docteur est en train de glisser des documents dans son coffre, et de le fermer à clef. Il n’est pas rassuré en voyant le policier, qui a l’air sauvage.<br />
-	Je vais avoir besoin de vos produits, docteur. Et la double-dose ce soir. <br />
-	Je sors ce soir. Je ne pourrai pas rester avec vous.<br />
<br />
C’est vrai qu’il est en costume de soirée. <br />
-	Aucune importance, docteur. Je peux même vous signer un papier de décharge, au cas où…<br />
-	Inutile, inspecteur… Votre témoignage n’annulerait pas ma responsabilité. <br />
Heims sort les flacons, les aiguilles. Maréchal regarde sa montre. Le SHC est monté à 6. Les indices RUS et IEI sont bas. <br />
Heims tapote le bout de l’aiguille. Il prend la tension de l’inspecteur, lui laisse de l’eau, des analgésiques. <br />
-	Vous vous occupez du reste ?<br />
-	Oui, oui docteur.  <br />
Les deux hommes se connaissent mal. Depuis trois ans, le docteur est néanmoins très intéressé par le syndrome d’hypersensibilité. Maréchal ne lui a pas raconté bien précisément ses effets. C’est une expérience si étrange, si insaisissable. L’inspecteur s’allonge sur le fauteuil. <br />
Des coups à la porte. <br />
-	A cette heure-ci, qui serait-ce ? <br />
Maréchal se rassoit et prend son arme près de lui. Le docteur ouvre : deux hommes en gabardine lui montrent une plaque de police. <br />
Des gabardines grises. Maréchal sourit, allume une cigarette et lance : <br />
-	Messieurs Jonson et Jonson, je présume ?<br />
Le docteur recule, pas rassuré. Les deux agents entrent, sinistres serviteurs de la loi. Ils écartent doucement Heims. Ils sont comme chez eux. <br />
-	C’est gentil ici… Vous avez des horaires très chargées à la Brigade Spéciale ? Vous êtes obligés de vous faire ausculter la nuit ?<br />
Maréchal remet sa chemise. Ces salopards d’OBSIDIENNE… <br />
Ils s’assoient au bureau : <br />
-	On ne veut pas vous déranger, docteur. Si vous voulez terminer…<br />
-	Non, dit Heims, qui transpire dans son costume de soirée, j’ai fini, j’allais sortir justement…<br />
-	Vous devriez appeler pour dire que vous serez en retard.<br />
<br />
Ce sont ces deux agents qui ont voulu coincer Portzamparc sur le dossier de Weid. Ils ont failli gâcher toute l’enquête sur le Somnambule. Et ce sont eux deux qui ont accumulé des dossiers longs comme le bras sur Jeff et Maréchal. Dossiers inutilisables maintenant, par décision de justice. Un sacré revers pour les « godillots crottés ». <br />
-	Que cherchez-vous donc, messieurs ?<br />
-	Un peu pareil que vous, inspecteur. Un terroriste du nom de Heindrich. <br />
-	Il n’est pas mort il y a quarante ans, lui ?<br />
-	Les Scientistes, comme les commissaires de police, ont souvent la peau dure. Vous le savez, parce que, à notre avis, inspecteur, vous auriez bien envie d’aller lui trouer la peau, à Heindrich.<br />
C’est l’avis des gens d’OBSIDIENNE, Maréchal n’a rien à rajouter. Heims a reculé contre le mur et ne se sent pas rassuré. <br />
Les deux Jonson croisent les bras : <br />
-	Vous jouez à quoi Maréchal ?<br />
-	Secret médical, messieurs. <br />
-	Vous avez tort de le prendre sur ce ton. Vous marchez sur nos plates-bandes et j’ai même l’impression que vous pissez dessus. <br />
Maréchal ne nie pas non plus !<br />
-	Si vous savez où est le professeur Heindrich, dit-il, allons le chercher ensemble. <br />
-	C’est pour ça qu’on est là. <br />
Le Jonson de droite se lève, une main sur le révolver qui est dans sa poche. Il s’approche de Heims et lui passe d’un coup les menottes. <br />
Maréchal s’est levé. <br />
-	Reste assis.<br />
L’autre en face fait deux têtes de plus, une épaule de plus de large. Et Maréchal n’a pas son arme à portée de main. Il se rassoit. Le pauvre Heims a perdu toute contenance. <br />
<br />
Maréchal le regarde sévèrement. <br />
-	Depuis combien de temps êtes-vous traité par le docteur ?<br />
-	Ça vous regarde ?<br />
-	Répondez Maréchal, ou bien on continue chez nous. <br />
-	Depuis trois ans environ. <br />
-	Quel traitement vous a prescrit Heims ?<br />
-	Aucun traitement particulier, dit l’inspecteur. Je souffre de… d’insomnie, de surtension. Comme il est spécialisé en psychologie…<br />
-	Vous souffrez du Syndrome d’Hypersensibilité Chronique, inspecteur. Vous le savez pertinemment. Un mal qui affecte certains esprits trop influençables de notre Cité. Une maladie pour laquelle on vous envoie facilement à l’asile. <br />
-	C’est un syndrome, pas une maladie, proteste Heims, ça ne se soigne pas !<br />
Le Jonson sourit aimablement au professeur et l’accompagne dans la pièce à côté, où il l’attache au radiateur. <br />
-	Tu te tiens tranquille ici, compris ? Pendant qu’on discute entre collègues. <br />
Maréchal étouffe un juron. <br />
-	On continue. Vous êtes soigné depuis trois ans. Or, je vais vous apprendre quelque chose, c’est qu’il y a trois ans, dans votre commissariat, vous avez arrêté un certain Josef Kassan…<br />
-	Je sais, je m’en suis souvenu…<br />
-	Une autre victime des expérimentations de Heindrich, hein…<br />
-	Vous élucubrez, dit Maréchal. Vous n’avez aucune preuve. <br />
Il les déteste parce qu’ils font du boulot mal fait et salement fait. Ils mettent leurs grosses pattes dans leur enquête à Portzamparc et lui, et dans son passé à lui Maréchal ! Ils sont dépités de se faire doubler par la Brigade Spéciale, alors ils essaient de rattraper leur retard grossièrement, de reprendre la maitrise du dossier. Les gros balourds… <br />
-	N’essayez pas de ruser, inspecteur. <br />
-	Qu’avez-vous après Heims ?<br />
-	Ce type est un charlatan, tous ses collègues d’université en sont persuadés. De plus, il vous soigne depuis trois ans. De plus, il y a trois ans, vous avez cherché Heindrich et il a disparu ! Restez assis, inspecteur, parce que j’ai une mauvaise nouvelle pour vous : Heindrich, c’est lui ! C’est le docteur Heims !...<br />
<br />
Maréchal bondit ! <br />
-	Vous racontez n’importe quoi !<br />
Le Jonson s’approche, prêt à mordre et fait rassoir l’inspecteur :<br />
-	Un soi-disant spécialiste de psychologie, qui fait semblant de te soigner alors qu’il te transforme en cobaye, un type qui a suivi l’affaire du Somnambule, un type qui traite les mabouls…<br />
-	C’est faux ! hurle le docteur. <br />
-	Allez, terminé ! On l’embarque !<br />
Les deux attrapent Heims et l’emmènent brutalement. <br />
-	On vous laisse pour cette fois, inspecteur, mais on se revoit très bientôt, croyez-moi.<br />
Jonson touche son tapeau et remonte son col. Ils claquent la porte, embarquent Heims dans leur voiture. Maréchal ne sait pas quoi penser.<br />
 <br />
Est-ce qu’il a jamais eu face à lui en Heims un tortionnaire ?... Non, un docteur attentionné… Aurait-il été manipulé ? Et Heindrich se serait laissé escamoter comme ça ?<br />
<br />
Portzamparc frappe à la porte d’un beau et vieux manoir, au cœur du quartier de Leclos-Villers. Ironie du sort bien sûr, car c’est le nom, à l’envers, de l’amiral tué par le policier. Un domestique l’accueille, lui prend son manteau.<br />
-	Ces messieurs vous attendent au fumoir. <br />
<br />
Il est presque 1 heure. H-19. Portzamparc traverse des couloirs qui sentent l’encaustique. Il pousse une porte brillante de cire, silencieuse tant elle est bien graissée. <br />
-	Voici donc celui qui nous fait prendre tant de risques !<br />
Des rires accueillent le policier. Ils sont tous là, une vraie coterie. Kassan dans un fauteuil, et ses yeux froids. Le petit gros et le roublard, autour d’une table, au bout de laquelle est assis confortablement un vieil aristocrate qui s’allume un cigare. Janas Prso. <br />
Le nom revient aussitôt sur les lèvres de Jeff. Janas Prso ! Son adversaire à la Manigance au tournoi de Mägott-Platz, qui l’a battu parce que Jeff devait s’emparer de ce pion avec des microfilms et qu’il était insignifiant en termes de jeu !<br />
-	Ainsi c’est donc vous le chef de notre réseau… <br />
-	Enchanté de vous revoir, capitaine. Nous n’attendions plus que vous. <br />
-	J’étais dans les Filets…<br />
-	Ouais, dit le roublard, l’ami Kassan nous a mis au jus. <br />
-	Et avec vos intuitions miraculeuses, lance Jeff, rageur, vous ne pouvez pas me dire où est Heindrich ?<br />
<br />
Eux sont de bonne humeur. Ils fument au coin du feu, boivent entre gentlemen –gentlemen à la manque en fait, sauf Prso. Ils sont bien installés. Portzamparc lui s’est senti humilié par Heindrich. De plus, il appréciait Svensson, et finalement, il pense qu’il a le droit d’être un peu attaché à Exil. <br />
-	Je veux retrouver ce sans-race…<br />
Un salopard de Scientiste qui s’attaque à un capitaine des chasseurs polaires !<br />
-	Moi aussi je veux sa peau, dit Kassan. J’ai encore plus de raison que vous je crois. <br />
-	On ne va pas jouer à la compétition des victimes, réplique Portzamparc. On va simplement le trouver. <br />
-	Je dois vous dire, fait Prso, que vous partez demain très tôt. <br />
-	A quelle heure ?<br />
-	Kassan ne peut rester ici longtemps. Vous avez rendez-vous au quai 39 de la Vague Noire, demain à deux heures.<br />
-	C’est parfait.<br />
L’ultimatum de Heindrich expirant deux heures avant, ce sera assez large pour le tuer et s’enfuir !<br />
-	Je vais me reposer, dit Portzamparc. <br />
-	Attends, dit Kassan, j’ai une information pour toi. <br />
-	J’écoute. <br />
-	Ton collègue rouquin, Linus, va être retrouvé aujourd’hui à sept heures par des hommes de Heindrich, parce qu’il a les données avec lui. <br />
-	L’inconscient ! Je pars le chercher…<br />
Portzamparc remet son manteau :<br />
-	Et pour ma femme ? <br />
-	On va s’occuper d’elle, dit le roublard. On va faire ça comme des hommes du monde !<br />
-	Je compte sur vous, dit le capitaine de son ton le plus sérieux. <br />
<br />
Il appelle Corben et le retrouve dans le bloc voisin. Ce n’est pas sans émotion qu’il songe que c’est déjà ses derniers vols dans la Cité. <br />
-	Linus est-il passé au bureau aujourd’hui ?<br />
-	Non, on ne l’a pas vu…<br />
Le pirate a une planque dans un hôtel pas loin des bureaux de la Brigade. <br />
Il n’y est plus. Le gardien de nuit dit que le jeune homme rouquin est parti dans la matinée, pressé. <br />
-	Il avait son matériel avec lui ?<br />
-	Il avait de gros sacs…<br />
Portzamparc s’arrête pour réfléchir. La fatigue s’accumule. Il a vu tellement d’adresses dans la Cité qu’il finit par s’y perdre.<br />
-	Si, je sais…<br />
Il pense à l’hôtel miteux dans Galippe, où Linus s’est caché après l’attaque de son repaire. <br />
<br />
Autre hôtel, autre veilleur de nuit : <br />
-	Un rouquin ? Oui il s’est installé dans la journée, avec beaucoup de matériel… <br />
-	Il vous a paru comment ?<br />
-	Pas l’air dans son assiette… On voit du drôle de monde vous savez, par ici.<br />
-	Il est sorti ?<br />
-	Il doit faire la tournée des boîtes du coin.<br />
<br />
Corben suit Portzamparc. Il est dans l’action, le pilote! Il faut retrouver le gamin. Ils entament une tournée des bars les plus crapuleux. Ils entrent dans des atmosphères criardes, dans des recoins pour solitaires miséreux. Ils font irruption dans des vies poisseuses, de types qui voudraient qu’on les laisse au bout de leur rouleau. <br />
-	Pauvres gens quand même, soupire Corben.<br />
 <br />
Ils retrouvent Linus dans une enseigne borgne. <br />
-	Vous cherchez une douceur, les chéris ?<br />
Portzamparc fait briller son insigne sous le nez des filles, qui se reculent, refroidies. Linus dort la tête sur le zinc. <br />
-	C’est un ami à vous ?<br />
-	Oui…<br />
-	Il a bu comme jamais avant. Il ne tient pas la route, le bonhomme. <br />
-	Il vous a dit quoi ?<br />
-	Que des gens lui en veulent, qu’il doit se cacher… Parfois ils s’inventent des histoires pour ne pas dire que leur copine est partie.<br />
-	Lui a peut-être vraiment des ennuis…<br />
Portzamparc secoue Linus. <br />
-	Oh, inspecteur…<br />
Le pauvre a dû pleurer à s’en faire mal aux yeux. Il est pris de nausée et se précipite aux toilettes. Le serveur soupire : <br />
-	Je vais lui préparer un remontant. <br />
Un café bien serré, avec quelques épices : <br />
-	Excellent pour éviter la gueule de bois au réveil. <br />
Pendant que Linus se remet, Corben boit un petit verre. <br />
-	Vous ne trinquez pas, inspecteur ?<br />
-	Non, mais je veux bien un café.<br />
Linus ressort, secoué de quinte de toux. <br />
-	J’ai lu ce qui s’est passé chez les flics… Svensson et Herbert disparus… J’ai eu la trouille.<br />
-	Tu n’as pas forcément eu tort. On va partir dans un coin plus sûr. <br />
Il est quatre heures. D’après la prédiction du Somnambule, les Scientistes doivent retrouver Linus dans trois heures. Portzamparc ne prend pas de risque : Linus ne va pas jouer les appâts. Ils repassent à sa chambre. Le policier laisse un petit mot : « Rendez-vous dans 13 heures ! » <br />
<br />
Maréchal s’est fait une injection. Il ne peut rien pour le docteur mais se promet de le tirer de ce mauvais pas. Pour cela, il faut arrêter Heindrich. Il n’a que ses souvenirs perdus pour reconstituer la vérité. Il s’est assoupi, il sent qu’il parle dans son sommeil. Les heures passent, dans un long rêve à moitié éveillé, épuisant par moments. Les bandes magnétiques tournent. L’inspecteur tousse, tousse encore plus fort, s’assoit. Il émerge dans le présent, après avoir plongé profondément dans ses souvenirs. Il se sent plus neuf. Il se frotte les yeux, boit un reste de café à la carafe. Il est 6 heures. H-14. <br />
Il met les bandes à rembobiner. Il se les repasse en accélérant pendant les périodes de silence ou quand il a l’air de divaguer. Il aura le loisir de les écouter attentivement plus tard. Il fait des avances rapides et des retours. Il s’entend parler de son enfance, de ses parents, de son abandon. De ses jeux avec Gérald. Il prend une cigarette, hésite à l’allumer. <br />
<br />
Il retrouve un passage où il parle de Kassan il y a trois ans. <br />
« Il me dit alors que Heindrich avait à l’époque une femme c’est incroyable et qu’elle est encore en vie la vieille dame qui travaille dans une serre ce doit être terrifiant d’avoir été la femme d’un Scientiste j’ignorais d’ailleurs qu’ils se mariaient ont-ils des enfants cette femme doit avoir près de quatre-vingts ans… »<br />
Maréchal se gratte la tête. Il allume une cigarette. Il repassa la bande.<br />
<br />
« et qu’elle est encore en vie la vieille dame qui travaille dans une serre ce doit être terrifiant d’avoir été la femme d’un Scientiste »<br />
<br />
Heindrich marié ? Ce ne serait pas Kassan qui a déliré en disant cela ? Ou Maréchal qui s'est fait un faux souvenir ?<br />
<br />
La pauvre dame est-elle encore en vie ?... Il connaît l’emplacement des serres tropicales. Certaines sont tenues par les Scientistes, d’autres par des jardiniers de la Cité. Il y en a aussi quelques-unes qui sont privées. L’inspecteur prend ses affaires, rentre à Névise. Il retrouve Nelly, qui vient de se lever. <br />
-	Toi, tu es dans un état…<br />
Maréchal voit dans la glace qu’il a une mine de déterré. La drogue de Heims. Il a le fond de l’œil jaune.<br />
-	Ecoute, c’est un peu dur pour moi, Nelly, je…<br />
Il tombe sur le lit, effondré. <br />
-	Tu as bu ou quoi ?<br />
-	Pas une goutte…<br />
Elle est furieuse qu’il ne lui dise rien. Il n’arrive pas à se faire écouter.. Il a mal à la tête, des aigreurs d’estomac, trop chaud… Il passe sous la douche glacée. Nelly consent alors à l’écouter. Elle lui donne un comprimé effervescent. Il l’avale en se bouchant le nez. <br />
-	Où j’en étais ?... Donc je me suis enregistré… <br />
-	Tu me l’as dit, oui, ensuite ?<br />
-	Il faut que tu m’aides, Nelly. <br />
Il regarde sa montre : <br />
-	Il ne me reste que treize heures. Treize heures !<br />
-	Non mais attends, je ne comprends pas ! Tu vas chez tes collègues, tu vas voir ton patron, le juge, je ne sais qui et tu leur parles de Heindrich !<br />
-	Tu crois que c’est si simple ?<br />
-	Et il se passe quoi dans treize heures si tu ne lui files pas les données ?<br />
-	Rien de bon…<br />
-	Il va te trouver ?<br />
-	Oui, je pense. Où que je sois…<br />
-	Tu délires… <br />
-	Tu ne sais pas ce que j’ai vécu dans le Halo, Nelly…<br />
Elle serre les poings, énervée, ulcérée même par l’attitude de Maréchal. <br />
-	Tu ne me dis rien, tu arrives comme un saoulard !...<br />
C’est un peu long mais elle accepte de se calmer. <br />
-	J’ai besoin que tu ailles voir ces serres. Tu te fais passer pour une herboriste amateur, pour une bourgeoise qui aimes les fleurs, n’importe quoi, et tu retrouves une serre où travaille une vieille dame, de quatre-vingts ans ou plus. Il ne doit pas y en avoir deux. <br />
-	Et toi tu te la coules douce pendant ce temps ?<br />
-	J’ai besoin de dormir ! Il faut que je sois en forme ce soir. <br />
Elle prend ses affaires et claque la porte. Elle est énervée, c’est bien, elle va passer cette énergie dans la recherche de madame Heindrich !<br />
<br />
Maréchal prend le temps de réfléchir. L’arrestation de Heims n’a pas de sens. Les « godillots crottés » ont perdu les pédales, face à un cas trop perturbant, trop inexplicable. Pourquoi Heims aurait-il aidé soudainement Maréchal à retrouver la mémoire ? Ils révèlent ces deux Jonson qu’ils en savent beaucoup, c’est cela que Maréchal comprend. Il va devoir compter  avec eux. <br />
<br />
Portzamparc reste une partie de la nuit avec Linus. Ils arrivent à l’aube à Névise. Portzamparc apprend qu’il lui a bien évité le pire au gamin : il appelle l’hôtel de Galippe. C’est un Pandore qui lui répond. Un locataire s’est fait attaquer par des hommes mal identifiés, qui sont parvenus à s’enfuir. La victime est l’occupant suivant de la chambre où a logé Linus. <br />
Le garçon a la gueule de bois. Il se passe la tête sous l’eau, tandis que Clarine lui prépare une tisane de grand-mère. Portzamparc va manger en vitesse un morceau au bistrot du quai. <br />
Son dernier repas ici. Une bonne soupe, bien épaisse.<br />
-	Elle est bonne, hein ?<br />
-	Délicieuse.<br />
Il appelle sa femme :<br />
-	Je vais rentrer tard. On a une enquête assez dure, elle tient à cœur à Maréchal. On se retrouve cette nuit… Je rentrerai vers 2 heures… Comment je peux être sûr ? Parce qu’on devrait coincer notre suspect vers minuit, voilà pourquoi… Oui, moi aussi…<br />
Le patron lui offre le digestif pour la route : <br />
-	Merci bien.<br />
Les hommes d’Hadaly vont bientôt arriver chez lui. Il croise les doigts qu’ils arrivent à surprendre sa femme, qu’elle n’ait pas le temps d’alerter les voisins.<br />
Dernière traversée de ces quais étranges, sur lesquels s’échouent les algues du canal. Les palais sont au fond de l’eau, habités par les poissons. Portzamparc pousse la porte des bureaux. Maréchal vient d’arriver :<br />
-	Il faut qu’on parle, inspecteur.<br />
Les deux hommes accrochent leurs manteaux. Ils passent dans le bureau du commissaire. Portzamparc se croit découvert, ou suspecté.<br />
-	Bien, voilà la situation, lui dit son collègue. Svensson mort, Herbert prisonnier de Heindrich… Linus menacé, nous aussi, nos familles possiblement également… C’est le professeur ou c’est nous, Portzamparc. Comme il est supposé être mort depuis longtemps, comme nous n’agissons pas du tout, depuis plusieurs jours, voire plusieurs semaines, de façon régulière… Tu me comprends.<br />
-	Oui, parfaitement.<br />
-	J’ai ceci dit une piste pour retrouver Heindrich. J’en prends seul la responsabilité. Je ne peux pas t’obliger à me suivre. Il ne faut pas seulement se débarrasser de lui, Jeff, il faut en plus effacer les traces… Et pour ne rien arranger, on se retrouve avec l’inspection des services sur le dos…<br />
-	Les deux Jonson ?<br />
-	En personne. Ils pensent avoir arrêté Heindrich, mais ils n’y connaissent rien. Pendant qu’ils vont perdre leur temps avec un innocent, on va prendre de l’avance. Je ne veux rien négocier avec eux. Parce que je les imagine capables d’arrêter Heindrich et de tenter de lui arracher ses secrets. <br />
-	Oui, ils aiment faire pourrir la situation. <br />
-	Donc pas question d’avoir ces boulets dans les jambes. Mais comme ils sont nuisibles, on joue aussi contre eux. <br />
-	Autrement dit, on est seuls.<br />
-	C’est bien cela. On ne peut compter que sur nous. <br />
-	Tu as dit que tu avais une piste.<br />
-	Oui, dit Maréchal. On va chercher madame Heindrich.<br />
-	Sa femme ?<br />
Portzamparc est aussi étonné qu’amusé d’apprendre son existence.<br />
-	Ouais, pas sa mère…  Elle tient une serre, si elle vit encore. Nelly est partie à sa recherche. Nous, on va faire la sieste pour être d’attaque ce soir. <br />
-	Ça me va. <br />
Dernière sieste dans le hamac de la Brigade. Ils dorment jusqu’à 15 heures. Il reste alors 5 heures avant la fin de l’ultimatum. Corben a eu l’horaire et le plan de vol. Ses moteurs sont chauds. Il décolle dès que les policiers arrivent, chapeaux, imperméables et révolvers, pressés, encore mal réveillés.<br />
<br />
Portzamparc profite de la vue de la Cité. Maréchal rentre de plus en plus en lui-même, replié comme un prédateur qui va bondir. Ils survolent les serres, débordantes de petites jungles exubérantes. <br />
-	Vous nous attendez Corben.<br />
-	Oui chef. D’ailleurs, je dois acheter des pots pour ma belle-sœur.<br />
Ils retrouvent Nelly, qui a les bras chargées de paquets :<br />
-	Vous comprenez, pour ne pas paraître louche, j’ai dû faire quelques achats. Je suis certaine que vous avez encore des réserves pour les notes de frais.<br />
-	C’est l’inspecteur-chef qui a le tampon, dit Portzamparc. <br />
-	Alors, tu as trouvé ?<br />
-	Je pense bien. C’est une petite serre par là-bas. Elle est surveillée par des types avec de gros godillots…<br />
Les deux policiers échangent un regard. La partie s’annonce plus difficile que prévu. <br />
Ils traversent les jardins. Les agents d’OBSIDIENNE sont autant à leur place parmi des fleurs que des éléphants de mer dans une patinoire. Maréchal et Portzamparc jouent à ne pas les voir, alors qu’ils se savent bien sûr repérés. <br />
Ils entrent par une petite allée de gravier blanc. Il fait humide et chaud à l’intérieur. Un automate humanoïde arrose les fleurs, un autre taille, un autre remue délicatement la terre avec une petite pelle. Une vieille dame, grande et bien en chair, avec un grand chapeau de paille, soigne une plante envahie de pucerons. Elle coupe quelques feuilles et nettoient les autres avec un coton-tige. Maréchal remarque plusieurs pots de cheveux d’anges. Des papillons volètent. Il remarque aussi des brûlesprits. Il recule, effrayé, instinctivement. <br />
-	Qu’est-ce qui vous fait sursauter ? dit la vieille dame sans se distraire de son travail. Je n’ai pas de plantes carnivores…<br />
-	Rien, rien, je repensais à quelque chose…<br />
Il se souvient que c’est cette bête qu’on lui a fait avaler !<br />
-	Vous avez des plantes magnifiques, dit Portzamparc. <br />
-	Je les cultive moi-même. Toutes poussent ici. J’ai inventé plusieurs espèces… Vous connaissez un peu les fleurs ? Généralement, les hommes viennent ici pour leurs femmes…<br />
-	On ne peut rien vous cacher, dit Portzamparc en riant diplomatiquement. <br />
Il pense alors à sa propre femme, qui a dû recevoir la visite du petit gros et du roublard. <br />
Les deux hommes font semblant de s’intéresser aux plantes. Nelly réprime un sourire devant ces deux ignares qui jouent mal la comédie. <br />
-	Vous êtes établie ici depuis longtemps ?<br />
-	Plus de trente ans, jeune homme. J’ai quatre-vingt-deux ans et je m’occuperai de ces plantes tant que je pourrai.<br />
-	C’est admirable. Vous avez fait cela toute votre vie ?<br />
-	Non. Faites le compte, il y a plus de trente ans, j’avais la cinquantaine.<br />
-	Que faisiez-vous avant ?<br />
Maréchal a parlé en policier. Il aurait voulu y mettre mieux les formes, s’il n’était pas à bout de patience. La dame le regarde, intriguée. Le policier préfère sortir sa plaque :<br />
-	Je suis sincèrement désolé de venir vous ennuyer…<br />
-	Vos collègues sont venus il y a trois jours. Ceux qui me guettent dehors. <br />
Un point pour OBSIDIENNE . Sur ce coup, ils ont sacrément devancé la Brigade Spéciale. <br />
-	Je vais être obligé de vous poser des questions similaires, madame Heindrich… Car c’est bien vous ?<br />
-	Oui… Que savez-vous de mon mari ? Eux n’ont rien voulu me dire. On cherche encore ses secrets ?<br />
-	J’ai lieu de croire, madame, que votre mari est en vie.<br />
Ses lèvres tremblent. Elle écrase un mouchoir sur ses yeux.<br />
-	 Pardonnez-moi.<br />
-	Non, c’est moi qui m’excuse de vous infliger cet interrogatoire. <br />
-	Il est en vie ?<br />
-	Cela pourrait changer bientôt. <br />
Elle retient son souffle, puis elle a un petit signe d’approbation. <br />
-	Cela ne vous chagrine pas ?<br />
-	D’une part, j’ai fait mon deuil depuis longtemps. Et je ne pense pas que ce soit une mauvaise chose. <br />
-	A l’époque, vous saviez ce que votre mari faisait ?<br />
-	Les gens de sa Caste sont très secrets. <br />
-	Ils se marient rarement avec des gens normaux.<br />
-	Bernardt voulait garder un pied dans la vraie vie. Mais dans le fond, il me méprisait. Je n’étais à ses yeux qu’une femme de chair, faible, passionnée, capricieuse. Sa froideur était terrifiante, et il était loin d’être le pire. Quand j’ai vu ses collègues…<br />
Bernardt Heindrich. Le nom du monstre.<br />
<br />
-	Vous n’avez pas eu d’enfants ?<br />
-	Oh, non. Pour eux, avoir des enfants est dégoûtant. Parait-il qu’ils ont trouvé un moyen artificiel…<br />
-	Vous savez ce qu’il a fait avant de disparaître ?<br />
-	Il a tué un policier qui le cherchait, et qui était venu me trouver comme vous… Weid, c’était son nom.<br />
-	Votre mari et vous, étiez-vous souvent ensemble ?<br />
-	En fait, nous nous voyions peu. Je restais à la maison. Nous avions suffisamment d’argent pour vivre très bien. Moi seule profitais du confort, lui s’en moquait. Nous avions pourtant le matériel le plus moderne, un chromatographe, un automate…<br />
-	Vous étiez botaniste à l’époque ?<br />
-	Non, cette serre appartenait à ma famille. Disons que je m’en occupais un peu. J’aidais. Quand je me suis retrouvée veuve, je me suis remis à étudier. Puis à la mort de mes parents, je l’ai reprise pour en vivre.<br />
-	Ces cheveux d’anges, ils ont quelque chose de particulier ?<br />
-	Ils sont une espèce très vivace. Mon père en a déposé le brevet. Ce n’est pas une invention bouleversante, mais ma famille a encore l’exclusivité de cette plante pour vingt ans.  <br />
-	Et les insectes volants ?<br />
-	Vous êtes observateur. C’est la seconde petite merveille créée par mon père. Ceux-ci sont particulièrement lumineux. Des scientifiques les ont étudiés. Ils ont découvert des propriétés étonnantes aux œufs de cette espèce, que la femelle porte sur elle pendant un temps avant leur éclosion. Ils seraient stimulants pour la mémoire.<br />
-	Je vois. <br />
Maréchal ne préfère pas l’accabler : il ne va pas lui révéler que Heindrich a transformé, seul ou avec des « collègues », les cheveux d’anges en tueurs et les brûlesprits en instruments à effacer la mémoire !<br />
-	Vous ne savez rien d’autre sur votre mari, qui pourrait nous aider ?<br />
-	Pour moi, vous poursuivez un spectre, inspecteur. <br />
-	J’en ai bien conscience, mais pour nous, cet homme est en vie.<br />
-	Je le sais bien, soupire-t-elle.<br />
Elle se lève et va ouvrir un placard au fond de sa réserve. Elle en sort une liasse de papiers. <br />
-	Voilà, ce sont des dossiers qu’il a laissé avant de mourir. De disparaître, disons. <br />
-	Merci, madame, vous nous avez été d’une grande aide. <br />
Les deux policiers ressortent. Il est seize heures. <br />
-	Bon, je vais lire en vitesse ces papiers, dit Maréchal. Je pense qu’à minuit, si je n’ai rien trouvé, je serai au bureau. <br />
-	On peut se donner rendez-vous vers dix-neuf heures. On attendra tous les deux ce salopard. <br />
-	D’accord. Tu as une autre piste de ton côté ?<br />
-	Rien de mieux qu’aller attraper le Somnambule. Je me sens coupable d’être arrivé trop tard. <br />
<br />
Maréchal soupire et dit pour lui-même :<br />
-	Ce n’est pas toi qui es arrivé trop tard, Jeff. C’est eux qui sont des bras cassés. Ils devaient transporter Kassan dans une passoire… Va vite les soutenir, qu’ils aient enfin un homme valide dans leur équipe.<br />
Il consulte sa montre. Il est seize heures. H-4.<br />
-	Tu as trois heures pour attraper l’ennemi nº1 ! Bon courage !<br />
-	Merci, à tout à l’heure. <br />
<br />
Maréchal et Nelly vont s’asseoir à un café. Un serveur l'appelle : <br />
-	On demande la brigade spéciale au parlophone...<br />
L’inspecteur va dans la cabine. <br />
-	Ici Jonson. Il semble que nous partagions un goût pour les plantes tropicales.<br />
-	Bon, écoutez, dit Maréchal, je propose qu'on laisse de côté deux minutes la guerre des services... On veut Heindrich vous et moi...<br />
-	Nous allons faire parler le docteur Heims. De plus, nous surveillons depuis quelques jours un hôtel qui nous semble suspect. Le <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Saphir</span>, dans Karel Kapek. Vous connaissez ?<br />
-	Je vois où il est, dit Maréchal. C'est pas loin de Mägott-Platz.<br />
-	Exact. On pense que c'est une planque de Heindrich. On ira ce soir avec Heims, on verra bien.<br />
-	D'accord. De mon côté, je crois tenir une piste. Rien de bien certain. Je peux vous retrouver au Saphir.<br />
-	On y sera vers dix-neuf heures.<br />
-	Je ne pourrai pas vous retrouver avant minuit.<br />
Il raccroche et retrouve Nelly, qui a commandé. Il parcourt les papiers de la vieille dame. Bien lui en a pris, de le faire maintenant, sans attendre de revenir à Névise. Il découvre des schémas instructifs. Des indications pour accéder au repaire principal, sans passer par le chemin souterrain des tombeaux, trop gardé du côté du faux métro.<br />
-	Dis-moi, Nelly, tu as toujours ton « costume » ?<br />
-	Quel costume ?<br />
-	Celui pour incruster les soirées automates.<br />
Elle n’apprécie pas la plaisanterie. <br />
-	Ecoute, j’ai besoin de toi. Là où je vais ce soir, ce sera sûrement plus animé qu’une soirée au <span style="font-style: italic;" class="mycode_i">Pandémonium</span>. <br />
-	Je ne te comprends pas, tu as l’intention de faire quoi ?...<br />
Quand les femmes ne veulent pas comprendre parce qu’elles trouvent que ce n’est pas bien !… Maréchal serre les poings, énervé de devoir se battre aussi contre Nelly. <br />
-	Ecoute, je vais retrouver le tortionnaire qui m’a séquestré quand j’étais môme. Mets-toi à ma place, tu ferais quoi ?<br />
-	C’est horrible… Tu n’as pas l’intention de le, de… ?...<br />
Maréchal la regarde durement ; la colère lui dilate les narines.<br />
-	Je me rends bien complice de tes vols répétés en ne disant rien à personne. <br />
L’inspecteur a parlé assez fort, trop pour que ce soit à voix basse, et ils sont dans une salle bondée.<br />
-	Tais-toi, tu es fou… Tu mets sur le même plan des, des larcins et…<br />
-	Tu voles des honnêtes gens. Moi je veux débarrasser la Cité d’un monstre. Quel est le pire ?<br />
-	Pourquoi tu n’as pas ordonné à Portzamparc de t’accompagner ? <br />
Avec l’accent des bas-fonds de leur enfance, Maréchal murmure : <br />
-	C'pas un gamin d'rues.<br />
Nelly regarde, triste, haineuse, dans le vide. Elle fixe la salle, les bourgeois dans leurs beaux habits, dans ce palais des glaces, avec les serveurs très adroits, les belles bouteilles d’alcool derrière le comptoir, les danses de couleurs, les jupes et les reflets.<br />
 <br />
Elle se lève, sort de la salle sans attendre. Maréchal met quelques pièces sur la table. Il la rattrape dans la rue. Elle s’arrange pour marcher deux pas devant lui. Il la suit, sans plus rien dire. Ils arrivent devant son immeuble. Elle fait comme si elle allait l’empêcher de rentrer :<br />
-	Tu veux faire de moi ta complice.<br />
-	Non. Pour qu’il y ait complicité, il faut condamnation. Il n’y aura rien de cela. Pas plus que lorsque Penthésilée a dérobé tout un rayon de bijoux au Bazar Moderne. <br />
Elle ouvre la porte, rageuse, ne s’occupe pas de savoir s’il rentre ou non. Maréchal s’allume une cigarette pendant qu’elle passe dans la salle de bains. Elle ressort toute nue, effrontée. L’inspecteur se fait tout petit, il se prépare un café. Nelly revêt un justaucorps intégral. Elle noue ses cheveux et remet une robe par-dessus <br />
-	Viens. <br />
Ils empruntent un passage discret, descendent un escalier rouillé, passent sur une corniche entre deux grosses usines. Ils arrivent dans un terrain vague sous un grand boulevard désaffecté. De lourds containers sont posés, certains debout, d’autres renversés. Nelly en ouvre un encore en bon état et solidement cadenassé. Elle sort une caisse elle aussi verrouillée, dans laquelle est rangée l’armure d’androïde. <br />
-	Il faudra un jour que tu m’expliques où tu as trouvé cela…<br />
Elle ne répond pas. Elle tombe ses vêtements et commence à revêtir le costume de la voleuse la plus célèbre de la Cité. Elle accroche l’armure pièce par pièce et relie les jointures. En quelques minutes, elle est équipée. <br />
Elle termine par le casque. Antonin a vu qu’elle pleurait avant de refermer la face de métal. Il a allumé une cigarette, il fait les cent pas. Il essaie de s’en détacher. Il lui reste maintenant deux heures pour aller au bout. Les indicateurs IEI et SHC sont montés à 7.<br />
-	Où al-lons-nous ? dit Penthésilée de sa voix saccadée. <br />
  Maréchal a entendu des sanglots mécanisés. Il doit serrer les poings, ne pas se laisser abattre, pas se détourner, face à ce qui l’attend, surmonter, pas se laisser attendrir, être préparé pour cogner, pour mourir…<br />
Il écrase sa cigarette.<br />
-	Nous descendons à Rainure Saint-Polska. <br />
Il sent qu’elle va protester. Maintenant, ça lui est égal. Le quartier sous Magött-Platz, presque désert, où ne viennent que quelques Scientistes. <br />
<br />
Portzamparc est de retour au manoir de Janas Prso.<br />
-	Debout, Kassan, ce soir, nous sortons. <br />
Le roublard est surpris. Pour une fois, il perd son air éternellement rigolard :<br />
-	Vous êtes attendu, Portzamparc. Vous ne pouvez pas…<br />
Portzamparc réplique aussi sec :<br />
-	Un officier Autrellois est toujours à l’heure, monsieur. <br />
Kassan se lève du canapé, souriant. <br />
-	Et pour ma femme ? demande le capitaine. <br />
-	On s’en est occupé, fiston. <br />
-	J’espère pour vous que vous l’avez bien fait. <br />
Fini de jouer à être pote, à être bourru et débonnaire entre collègues espions ! A présent, Portzamparc part au front, comme un chasseur polaire.  Il va monter à ces citadins décadents de quel bois on se chauffe dans les grandes plaines glacées ! Kassan prend une arme. Le roublard n’aime pas trop, Kassan lui sourit poliment, d’un air légèrement carnassier. <br />
-	Vous savez par où commencer ?<br />
-	On descend dans les tombeaux, on va tout retourner, on finira bien par trouver Heindrich et toutes les saloperies qu’il cache dans son repaire !<br />
Evidemment, le roublard ne comprend pas pourquoi Portzamparc fait ça. Le chasseur polaire n’a pas besoin de lui expliquer. Il sait lui pourquoi il va chercher Heindrich qui ne le concerne en rien. <br />
Un peu parce que c’est le flic en lui qui l’ordonne ; aussi parce qu’il le doit à Maréchal, qui a beau être un décadent d’Exiléen, qui est quand même ce qui fait de plus droit dans cette Cité du vice, et qu’il pourrait en fait le considérer, tout bien pesé, comme son ami. <br />
Portzamparc appelle un ballon-taxi, pas Corben. Le Somnambule a mis une cagoule, assez justifiée par ce froid. Le pilote est étonné de la course qu’il doit faire. <br />
Maréchal arrive aussi en transport à l’entrée de Rainure Saint-Polska. Il trouve une cabine de parlophone dans la rue. Il appelle Linus, conscient que c’est peut-être la dernière personne à qui il parle :<br />
-	Tout va bien de ton côté ?<br />
-	Oui, je crois avoir compris des choses sur ce que faisait Heindrich… Où êtes-vous ? C’est un peu long à vous raconter comme ça…<br />
-	Ne t’en fais pas. Tout sera bientôt fini. <br />
-	Rappelez-moi bientôt, hein…<br />
-	Ne t’en fais pas. Repose-toi. <br />
Pauvre Linus, il en a bien bavé. <br />
<br />
Maréchal et Penthésilée avancent dans Rainure. Ils retrouvent les rues biscornues où Herbert a vécu un moment, puis le repaire sinistre, derrière une falaise artificielle, où Kassan a été emprisonné. Ils arrivent devant le grand bassin de Pantion, découvert un soir d’excursion nocturne depuis Magött-Platz. Au milieu du bassin, il y cet îlot, avec cette machine absurde, des cadrans entremêlés, des courroies et des pompes qui puisent dans l’eau. On ne peut accéder à pieds secs. L’inspecteur, qui a l’impression d’un coup de connaitre le quartier comme s’il y avait toujours vécu, trouve un panneau de contrôle dans un poteau. Il feuillette les documents de Heindrich, ouvre un clapet et découvre un clavier alphabétique. <br />
Il y a un code à taper, qui n’est pas mentionné dans les papiers. Maréchal s’arrête, agacé. C’est tout proche de lui, il sent qu’il peut trouver. Il regarde sa montre : il reste moins d’une heure. Moins d’une heure !<br />
<br />
Portzamparc et Kassan payent le ballon-taxi et prennent le gros ascenseur. La cabine dans le tube de verre les descend en-dessous de la gigantesque Cité machine où s’affairent des milliers d’araignées mécaniques sur des machines incompréhensibles.<br />
 <br />
Ils continuent en courant sur le chemin des tombeaux. Les voilà au cœur des fondations de la nécropole, entre les bâtiments où repose la race éteinte qui asservit jadis les humains pour construire ses dernières demeures.<br />
<br />
Maréchal tapote nerveusement sur le poteau. Il se concentre, l’heure tourne, tic-tac obsédant. Nelly regarde, elle n’a pas plus d’idée que lui. <br />
Maréchal tape un coup plus fort. Il a trouvé, c’est tout simple. Il y a neuf lettres à taper : S, H, C, R, U, S, I, E, I !<br />
<br />
Un voyant vert s’allume. Un mécanisme gronde. Le bassin se met à remuer, l’eau s’agite. La machine se met à pomper et tous ses engrenages tournent de plus en plus vite. Un rail émerge de l’eau, juste devant la rive. Un sifflement lointain, puis l’eau entre en ébullition. Un tramway arrive par le rail sous-marin. Il jaillit de l'eau. Il a l'air interminable, avec ses six wagons. Il s’arrête devant Maréchal et Nelly. Le s portes s'ouvrent. Ils montent dedans. Ils sont seuls. <br />
Une sonnerie, la rame se met en marche et plonge. Elle descend profondément sous l’eau. Elle accélère, s’enfonce dans un tunnel. Elle passe à la station Abattoir, qui n’est toujours pas ouverte au public. Elle va encore plus vite, s'enfonce dans les profondeurs. Maréchal voit le commissaire Weid assis sur la banquette d’en face. Ils arrivent dans le canal de Névise, ils passent entre les palais recouverts d’algues et de coraux. Le rail bifurque, ils entrent dans un palais au coeur de la cité noyée.<br />
 <br />
La rame ralentit. Une porte s’ouvre, elle repart et s’arrête dans un couloir inondé. L’eau commence à se vider. Bientôt, l’énorme sas est à sec. Les portes s’ouvrent toutes dans un bruit de soupir. <br />
<br />
Maréchal et Nelly sortent, impressionnés de se retrouver dans les entrailles de ce palais inconnu. Ils sont dans une grotte sous-marine, avec de faibles lumières outremer, des rougeoiements, des tons verts dégradés, des cristaux multicolores fichés dans des parois de pierre. Ils montent à une échelle, à une corniche naturelle. Ils passent un autre sas, deux fortes portes en acier qui s’ouvrent verticalement devant eux. Ils entrent dans une pièce froide. Des chromatographes et des ordinateurs ronronnent. Une douzaine de cercueils sont alignés. Ils sont en métal blanc, avec une vitre. Maréchal recule en découvrant que plusieurs sont occupés. Le verre est gelé. <br />
-	Ils sont en hibernation, dit Nelly.<br />
Maréchal ne reconnait aucun nom, sauf sur le dernier cercueil, qui est vide : B. Heindrich.  Ils entendent du bruit dans le sas d’arrivée du tram. Ils vont voir et reculent : des dizaines et des dizaines de créatures de Heindrich arrivent par une autre porte ! Ils avancent vers eux, ils montent à l’échelle comme une colonie d’insectes.]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[#12]]></title>
			<link>http://forum.chezseb.ovh/showthread.php?tid=44</link>
			<pubDate>Wed, 11 Aug 2010 02:23:17 +0000</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="http://forum.chezseb.ovh/member.php?action=profile&uid=3">Darth Nico</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">http://forum.chezseb.ovh/showthread.php?tid=44</guid>
			<description><![CDATA[<span style="font-family: Georgia;" class="mycode_font">Viclar-Thienneux de Créman-Bontour, de la lignée des Permanton, prit son briquet en or pour allumer un cigare, qu’un porteur en livrée venait de lui passer. Il avait toujours un domestique derrière lui quand il faisait sa promenade quotidienne, après avoir passé la fin d’après-midi aux archives familiales. <br />
-	Dites-moi, mon bon, est-ce ce soir mon golf ?<br />
-	Non, monsieur, c’est demain.<br />
-	J’oublie sans cesse. C’est fâcheux, à mon âge.<br />
-	Monsieur a tellement de choses à penser.<br />
-	Vous avez lu le journal d’hier, mon bon ?<br />
-	Non, monsieur. <br />
-	Vous ignorez donc que cet idiot de Philibert s’est fait rouler dans les grandes largeurs avec son cuivre &#33; Il a perdu une fortune &#33;... N’est-ce pas à mourir de rire &#33;<br />
-	C’est excellent pour Monsieur. <br />
-	Je veux &#33; <br />
-	Monsieur voudra dîner au grand salon ce soir ?<br />
-	Tiens, pourquoi pas &#33; En voilà une riche idée, il y a si longtemps… Seulement, Madame ne sera pas contente…<br />
-	Pas contente du tout, Monsieur… <br />
-	Alors bien sûr que oui &#33;... Avec tout ce qu’elle me coûte &#33; C’est dans l’ordre des choses : plus elles vieillissent, plus elles coutent en produits de beauté &#33;<br />
<br />
Créman-Bontour fit tournoyer sa canne en ivoire. Il tira sur son cigare en gonflant la poitrine. L’air frais qui entrait dans ses narines lui inspirait un sentiment de grande confiance. Il commençait à réfléchir à la prochaine entourloupe financière qu’il allait monter pour embêter son ami et concurrent Amblois de Saint-Haspin, quand il vit une jeune fille tout à fait charmante avancer sur le trottoir. Il tira sur son cigare et lui fit un clin d’œil. Celle-ci lui se troubla et baissa les yeux, toute rouge. <br />
Magnifique &#33;<br />
<br />
Il la regarda passer, appuyé sur sa canne. Son domestique, très raide, s’était arrêté. <br />
-	Vous avez vu, mon bon ?<br />
-	Oui, monsieur.<br />
-	Je la veux.<br />
-	Les désirs de monsieur…<br />
-	Je vous attends chez Stove. <br />
-	Oui, monsieur…<br />
<br />
<br />
*<br />
<br />
<br />
L’aristocrate traversa la rue en sifflotant. Il poussa la porte d’un de ses cafés favoris. Il trouvait tellement amusant d’aller y boire un verre de temps à autres, avec tous ces grands bourgeois qui avaient sué pour en arriver où ils étaient &#33;<br />
-	Une fine, commanda-t-il sèchement au comptoir. <br />
Il s’assit à une table près de la vitre. A cette heure, il n’y avait pas encore trop de monde. Il prit ensuite La Finance, pour y regarder avec plaisir la courbe des actions Lemeustre dégringoler. Il regarda ensuite du coin de l’œil son domestique parlementer avec la jeune femme. Manifestement, elle se faisait prier. Excellent &#33; Une timide &#33; <br />
<br />
Comme toutes les autres, elle finissait par « mordre », émue et séduite par le discours bien rôdé :<br />
-	Un vieil homme, sensible et attentionné. Mais si seul… Une femme comme vous, qui parait si intelligente, si fraiche… Lui tenir compagnie… Lui parler de la Cité, qu’il connait en fait si mal… Un dîner…<br />
Crémant-Bontour pouvait presque lire sur les lèvres de son domestique tellement il connaissait « l’accroche » par cœur &#33;<br />
<br />
Elle arrivait, perchée sur ses talons. Elle ne devait pas avoir encore l’habitude d’en porter. Elle voulait se donner des airs de dame, mais c’était une vraie jeune fille &#33; Elle riait, elle avait l’air de poser des questions. Le vieil aristocrate fit un petit coucou de grand-père jovial par la fenêtre. Elle entra, timide et intriguée : <br />
-	Venez, asseyez-vous mon chou &#33;... Vous êtes adorable &#33; C’est mon domestique qui s’est donc permis de vous déranger &#33; Quel importun &#33;<br />
-	Mais non, monsieur… Je vous en prie…<br />
<br />
Le serveur essuyait ses verres d’un air blasé. Il trouvait écœurant que ce vieux satyre les ait toutes &#33; Il eut un regard vers le jeune homme en imper et chapeau mou qui lisait son journal au fond. Ce dernier lui rendit son regard : ils étaient d’accord pour trouver indécente cette réussite &#33; <br />
-	Mademoiselle prendra quelque chose ?<br />
Elle prit une menthe pétillante. Le serveur essaya de lire son journal ; peine perdue, il avait en bruit de fond le roucoulement mielleux de l’aristo. Il aurait pu réciter par cœur ses phrases fleuries. Encore une qui allait être initiée en un rien de temps aux caprices du vieux Créman-Bontour &#33;<br />
<br />
<br />
*<br />
<br />
<br />
Le domestique rentra seul à la maison. Madame l’accueillit fraîchement : <br />
-	Tiens, vous rentrez seul ? C’est donc que Monsieur a fait une nouvelle conquête ?<br />
-	Monsieur a souhaité terminé sa promenade seul, voilà tout.<br />
Elle le détestait. Il était l’âme damnée de son mari. <br />
Elle ne fit pas d’autre remarque. Elle s’enferma dans sa chambre (ils faisaient chambre à part depuis quinze ans). Elle en ressortit en tenue de soirée : <br />
-	Vous lui direz que je suis à mon club. <br />
-	A vos ordres, Madame.<br />
Elle partit, très digne. Il était temps, Créman-Bontour rentrait, tout sucre tout miel. Il faisait semblant d’avoir de la peine à marcher. Ils étaient passés à la boulangerie acheter des petits gâteaux. <br />
-	Elle est si charmante &#33; Si charmante &#33;... Tenez, aidez-moi à enlever ma veste &#33;...<br />
Elle semblait conquise par ce vieil homme si gentil, un grand-père comme on en rêverait. <br />
-	Nous allons déguster ces pâtisseries –que ce vilain médecin m’interdit, bien au coin du feu &#33; Et ensuite, il y aura un bon dîner –car vous restez dîner avec moi, n’est-ce-pas ?<br />
-	Oh, mais je ne sais pas ?...<br />
-	Vous habitez encore chez votre maman ?<br />
-	Oh, non, dit-elle, émue, car il y a deux ans déjà que ma pauvre mère m’a quittée.<br />
-	Oh, comme c’est affligeant &#33;... Je suis tellement désolé d’avoir soulevé ce sujet douloureux &#33;<br />
-	Non, non, vous ne pouviez pas savoir…<br />
-	Pour me faire pardonner, que pourrais-je faire ?... Ah, aimez-vous lire ?<br />
-	Oui, évidemment, minauda-t-elle, mais j’ai si peu de temps…<br />
-	Attendez, je vais vous montrer ma collection de volumes illustrés &#33; Cela devrait vous plaire…<br />
Ses livres… Il y aurait d’abord ceux sur la mode aux siècles passés (succès garanti), les fleurs et les parfums (elles aiment toutes), les carrosses et les grandes maisons (leur rêve). Puis, après le dîner, après quelques verres, les livres sur les fêtes exiléennes, permettant de glisser en douceur des histoires de cœur (en grande tenue) aux danseuses et actrices (en tenues plus légères), puis aux gravures des après-dîner entre gens de bonne compagnie (pas de tenue), et aux représentations des fins de soirée de débauche (en tenues très étonnantes). Il avait le chic, devant les gravures les plus pornographiques, de demander, avec un sérieux professoral : <br />
-	Qu’en pensez-vous ?<br />
<br />
Ce soir-là, Créman-Bontour sentit qu’il avait trouvé la perle rare. Ils passèrent dans sa chambre avec près de quarante minutes d’avance sur l’horaire moyen.  <br />
-	Tu es une petite cochonne, hein, disait-il, la main dans son soutien-gorge. Elles sont toutes pures et innocentes, et quand on les pousse un peu, elles ont le vice dans la peau &#33;... Comment t’appelles-tu, déjà ?...<br />
Il avait les traits durcis, impitoyables.<br />
-	Nelly…<br />
-	Hé bien, Nelly, bienvenue dans mon domaine &#33; Ici, c’est moi le seigneur, et on m’obéit parfaitement &#33; Tu entends &#33;...<br />
Il rugissait. Il prit un martinet sur sa table de nuit. <br />
-	Oh oui &#33;... Oui, j’obéirai &#33;<br />
-	J’obéirai… « monseigneur » &#33;<br />
-	 Monseigneur…<br />
<br />
Le vieil aristocrate voulut se lever pour aller à son armoire, y prendre ses accessoires. Il retomba, essoufflé. Il ne voulut pas paraitre faible. Il se jeta sur elle, l’agrippa violemment par les bras. Il ne put aller au bout de son effort. Il piquait du nez. Il grogna, lutta un moment  puis s’endormit. Sa respiration se fit régulière. <br />
Nelly attrapa ses cigarettes et en fuma une, en fouillant dans les affaires. Elle trouva la carte qu’elle cherchait et la mit dans son sac. Elle lui envoya un petit baiser dans l’air. Dans son sommeil, il gardait ses traits vicieux.<br />
<br />
Puis elle sortit, en se déhanchant, la cigarette aux lèvres. Le domestique la regarda, surpris. <br />
-	Dites, j’ai l’impression que c’est plus ça, votre grand seigneur…<br />
Elle prenait exprès son accent le plus populeux.  <br />
-	Faudrait voir à lui faire prendre de la poudre miracle, parce qu’il tient plus la route, à son âge &#33;... Il a les yeux plus gros que le ventre &#33; Et quand je dis le ventre… &#33;<br />
-	Vous êtes, vous êtes &#33; une petite &#33;...<br />
-	Ouais, c’est ça &#33; En attendant, j’ai pas eu le temps de lui faire la toupie qu’il réclame tant &#33;<br />
Le domestique, ulcéré, la raccompagna : <br />
-	Allez, bonne nuit &#33; Je retourne à mon coin de rue, il doit y avoir d’autres clients à c’t’heure &#33;<br />
Il lui claqua la porte au nez. Elle éclata de son rire le plus sonore. <br />
<br />
Elle vérifia son sac et courut chez Stove. Maréchal l’attendait au fond. Il replia son journal d’un coup sec : <br />
-	Alors, hm ?... La toupie ?<br />
-	Arrête, j’ai bien cru devoir passer à la casserole pour de bon &#33;<br />
-	Je t’offre un verre ? <br />
-	Je te propose de changer de quartier &#33; Ca sent le parfum du vieux vicelard jusqu’ici &#33;<br />
-	Comme tu voudras.<br />
-	Paye-moi quand même un verre ici &#33; Tu m’en offriras un autre ailleurs… Et puis, tiens &#33;<br />
Elle lui tendit la carte. Maréchal la prit, sourit béatement, la fit tourner : une belle carte d’accès de classe A pour la Cité de la Mémoire. <br />
-	Tu es formidable. <br />
-	Je sais. Garçon, vous avez du « label noir » ?<br />
-	Année 197. <br />
-	Un double alors.  <br />
</span>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<span style="font-family: Georgia;" class="mycode_font">Viclar-Thienneux de Créman-Bontour, de la lignée des Permanton, prit son briquet en or pour allumer un cigare, qu’un porteur en livrée venait de lui passer. Il avait toujours un domestique derrière lui quand il faisait sa promenade quotidienne, après avoir passé la fin d’après-midi aux archives familiales. <br />
-	Dites-moi, mon bon, est-ce ce soir mon golf ?<br />
-	Non, monsieur, c’est demain.<br />
-	J’oublie sans cesse. C’est fâcheux, à mon âge.<br />
-	Monsieur a tellement de choses à penser.<br />
-	Vous avez lu le journal d’hier, mon bon ?<br />
-	Non, monsieur. <br />
-	Vous ignorez donc que cet idiot de Philibert s’est fait rouler dans les grandes largeurs avec son cuivre &#33; Il a perdu une fortune &#33;... N’est-ce pas à mourir de rire &#33;<br />
-	C’est excellent pour Monsieur. <br />
-	Je veux &#33; <br />
-	Monsieur voudra dîner au grand salon ce soir ?<br />
-	Tiens, pourquoi pas &#33; En voilà une riche idée, il y a si longtemps… Seulement, Madame ne sera pas contente…<br />
-	Pas contente du tout, Monsieur… <br />
-	Alors bien sûr que oui &#33;... Avec tout ce qu’elle me coûte &#33; C’est dans l’ordre des choses : plus elles vieillissent, plus elles coutent en produits de beauté &#33;<br />
<br />
Créman-Bontour fit tournoyer sa canne en ivoire. Il tira sur son cigare en gonflant la poitrine. L’air frais qui entrait dans ses narines lui inspirait un sentiment de grande confiance. Il commençait à réfléchir à la prochaine entourloupe financière qu’il allait monter pour embêter son ami et concurrent Amblois de Saint-Haspin, quand il vit une jeune fille tout à fait charmante avancer sur le trottoir. Il tira sur son cigare et lui fit un clin d’œil. Celle-ci lui se troubla et baissa les yeux, toute rouge. <br />
Magnifique &#33;<br />
<br />
Il la regarda passer, appuyé sur sa canne. Son domestique, très raide, s’était arrêté. <br />
-	Vous avez vu, mon bon ?<br />
-	Oui, monsieur.<br />
-	Je la veux.<br />
-	Les désirs de monsieur…<br />
-	Je vous attends chez Stove. <br />
-	Oui, monsieur…<br />
<br />
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L’aristocrate traversa la rue en sifflotant. Il poussa la porte d’un de ses cafés favoris. Il trouvait tellement amusant d’aller y boire un verre de temps à autres, avec tous ces grands bourgeois qui avaient sué pour en arriver où ils étaient &#33;<br />
-	Une fine, commanda-t-il sèchement au comptoir. <br />
Il s’assit à une table près de la vitre. A cette heure, il n’y avait pas encore trop de monde. Il prit ensuite La Finance, pour y regarder avec plaisir la courbe des actions Lemeustre dégringoler. Il regarda ensuite du coin de l’œil son domestique parlementer avec la jeune femme. Manifestement, elle se faisait prier. Excellent &#33; Une timide &#33; <br />
<br />
Comme toutes les autres, elle finissait par « mordre », émue et séduite par le discours bien rôdé :<br />
-	Un vieil homme, sensible et attentionné. Mais si seul… Une femme comme vous, qui parait si intelligente, si fraiche… Lui tenir compagnie… Lui parler de la Cité, qu’il connait en fait si mal… Un dîner…<br />
Crémant-Bontour pouvait presque lire sur les lèvres de son domestique tellement il connaissait « l’accroche » par cœur &#33;<br />
<br />
Elle arrivait, perchée sur ses talons. Elle ne devait pas avoir encore l’habitude d’en porter. Elle voulait se donner des airs de dame, mais c’était une vraie jeune fille &#33; Elle riait, elle avait l’air de poser des questions. Le vieil aristocrate fit un petit coucou de grand-père jovial par la fenêtre. Elle entra, timide et intriguée : <br />
-	Venez, asseyez-vous mon chou &#33;... Vous êtes adorable &#33; C’est mon domestique qui s’est donc permis de vous déranger &#33; Quel importun &#33;<br />
-	Mais non, monsieur… Je vous en prie…<br />
<br />
Le serveur essuyait ses verres d’un air blasé. Il trouvait écœurant que ce vieux satyre les ait toutes &#33; Il eut un regard vers le jeune homme en imper et chapeau mou qui lisait son journal au fond. Ce dernier lui rendit son regard : ils étaient d’accord pour trouver indécente cette réussite &#33; <br />
-	Mademoiselle prendra quelque chose ?<br />
Elle prit une menthe pétillante. Le serveur essaya de lire son journal ; peine perdue, il avait en bruit de fond le roucoulement mielleux de l’aristo. Il aurait pu réciter par cœur ses phrases fleuries. Encore une qui allait être initiée en un rien de temps aux caprices du vieux Créman-Bontour &#33;<br />
<br />
<br />
*<br />
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<br />
Le domestique rentra seul à la maison. Madame l’accueillit fraîchement : <br />
-	Tiens, vous rentrez seul ? C’est donc que Monsieur a fait une nouvelle conquête ?<br />
-	Monsieur a souhaité terminé sa promenade seul, voilà tout.<br />
Elle le détestait. Il était l’âme damnée de son mari. <br />
Elle ne fit pas d’autre remarque. Elle s’enferma dans sa chambre (ils faisaient chambre à part depuis quinze ans). Elle en ressortit en tenue de soirée : <br />
-	Vous lui direz que je suis à mon club. <br />
-	A vos ordres, Madame.<br />
Elle partit, très digne. Il était temps, Créman-Bontour rentrait, tout sucre tout miel. Il faisait semblant d’avoir de la peine à marcher. Ils étaient passés à la boulangerie acheter des petits gâteaux. <br />
-	Elle est si charmante &#33; Si charmante &#33;... Tenez, aidez-moi à enlever ma veste &#33;...<br />
Elle semblait conquise par ce vieil homme si gentil, un grand-père comme on en rêverait. <br />
-	Nous allons déguster ces pâtisseries –que ce vilain médecin m’interdit, bien au coin du feu &#33; Et ensuite, il y aura un bon dîner –car vous restez dîner avec moi, n’est-ce-pas ?<br />
-	Oh, mais je ne sais pas ?...<br />
-	Vous habitez encore chez votre maman ?<br />
-	Oh, non, dit-elle, émue, car il y a deux ans déjà que ma pauvre mère m’a quittée.<br />
-	Oh, comme c’est affligeant &#33;... Je suis tellement désolé d’avoir soulevé ce sujet douloureux &#33;<br />
-	Non, non, vous ne pouviez pas savoir…<br />
-	Pour me faire pardonner, que pourrais-je faire ?... Ah, aimez-vous lire ?<br />
-	Oui, évidemment, minauda-t-elle, mais j’ai si peu de temps…<br />
-	Attendez, je vais vous montrer ma collection de volumes illustrés &#33; Cela devrait vous plaire…<br />
Ses livres… Il y aurait d’abord ceux sur la mode aux siècles passés (succès garanti), les fleurs et les parfums (elles aiment toutes), les carrosses et les grandes maisons (leur rêve). Puis, après le dîner, après quelques verres, les livres sur les fêtes exiléennes, permettant de glisser en douceur des histoires de cœur (en grande tenue) aux danseuses et actrices (en tenues plus légères), puis aux gravures des après-dîner entre gens de bonne compagnie (pas de tenue), et aux représentations des fins de soirée de débauche (en tenues très étonnantes). Il avait le chic, devant les gravures les plus pornographiques, de demander, avec un sérieux professoral : <br />
-	Qu’en pensez-vous ?<br />
<br />
Ce soir-là, Créman-Bontour sentit qu’il avait trouvé la perle rare. Ils passèrent dans sa chambre avec près de quarante minutes d’avance sur l’horaire moyen.  <br />
-	Tu es une petite cochonne, hein, disait-il, la main dans son soutien-gorge. Elles sont toutes pures et innocentes, et quand on les pousse un peu, elles ont le vice dans la peau &#33;... Comment t’appelles-tu, déjà ?...<br />
Il avait les traits durcis, impitoyables.<br />
-	Nelly…<br />
-	Hé bien, Nelly, bienvenue dans mon domaine &#33; Ici, c’est moi le seigneur, et on m’obéit parfaitement &#33; Tu entends &#33;...<br />
Il rugissait. Il prit un martinet sur sa table de nuit. <br />
-	Oh oui &#33;... Oui, j’obéirai &#33;<br />
-	J’obéirai… « monseigneur » &#33;<br />
-	 Monseigneur…<br />
<br />
Le vieil aristocrate voulut se lever pour aller à son armoire, y prendre ses accessoires. Il retomba, essoufflé. Il ne voulut pas paraitre faible. Il se jeta sur elle, l’agrippa violemment par les bras. Il ne put aller au bout de son effort. Il piquait du nez. Il grogna, lutta un moment  puis s’endormit. Sa respiration se fit régulière. <br />
Nelly attrapa ses cigarettes et en fuma une, en fouillant dans les affaires. Elle trouva la carte qu’elle cherchait et la mit dans son sac. Elle lui envoya un petit baiser dans l’air. Dans son sommeil, il gardait ses traits vicieux.<br />
<br />
Puis elle sortit, en se déhanchant, la cigarette aux lèvres. Le domestique la regarda, surpris. <br />
-	Dites, j’ai l’impression que c’est plus ça, votre grand seigneur…<br />
Elle prenait exprès son accent le plus populeux.  <br />
-	Faudrait voir à lui faire prendre de la poudre miracle, parce qu’il tient plus la route, à son âge &#33;... Il a les yeux plus gros que le ventre &#33; Et quand je dis le ventre… &#33;<br />
-	Vous êtes, vous êtes &#33; une petite &#33;...<br />
-	Ouais, c’est ça &#33; En attendant, j’ai pas eu le temps de lui faire la toupie qu’il réclame tant &#33;<br />
Le domestique, ulcéré, la raccompagna : <br />
-	Allez, bonne nuit &#33; Je retourne à mon coin de rue, il doit y avoir d’autres clients à c’t’heure &#33;<br />
Il lui claqua la porte au nez. Elle éclata de son rire le plus sonore. <br />
<br />
Elle vérifia son sac et courut chez Stove. Maréchal l’attendait au fond. Il replia son journal d’un coup sec : <br />
-	Alors, hm ?... La toupie ?<br />
-	Arrête, j’ai bien cru devoir passer à la casserole pour de bon &#33;<br />
-	Je t’offre un verre ? <br />
-	Je te propose de changer de quartier &#33; Ca sent le parfum du vieux vicelard jusqu’ici &#33;<br />
-	Comme tu voudras.<br />
-	Paye-moi quand même un verre ici &#33; Tu m’en offriras un autre ailleurs… Et puis, tiens &#33;<br />
Elle lui tendit la carte. Maréchal la prit, sourit béatement, la fit tourner : une belle carte d’accès de classe A pour la Cité de la Mémoire. <br />
-	Tu es formidable. <br />
-	Je sais. Garçon, vous avez du « label noir » ?<br />
-	Année 197. <br />
-	Un double alors.  <br />
</span>]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[#11 : La cité de la mémoire]]></title>
			<link>http://forum.chezseb.ovh/showthread.php?tid=52</link>
			<pubDate>Sun, 25 Jul 2010 16:50:38 +0000</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="http://forum.chezseb.ovh/member.php?action=profile&uid=3">Darth Nico</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">http://forum.chezseb.ovh/showthread.php?tid=52</guid>
			<description><![CDATA[<span style="font-family: Courier New;" class="mycode_font"><br />
...<br />
<br />
<br />
<br />
L’horloge affichait 6 heures et l’escalier circulaire de la gare de Saint-Arness était pris d’assaut par les employés qui jaillissaient du métro. Le détective Garman venait de prendre son service, son troisième jour dans la brigade ferroviaire, un mois avant son vingt-deuxième anniversaire. Il était encore tout chaud de l&#39;air de la petite cuisine où il avait fumé la cigarette du matin avec ses collègues. Il y avait une vieille cuisinière où on mettait toute la journée de l’eau sur le feu. <br />
C’est en réglant sa montre sur la grande horloge qu’il aperçut un des individus dont le portrait était affiché au PC sécurité ; il montait les marches au milieu de la foule, jouant de ses grosses épaules pour écarter les timides employés de bureau. Le nom ne lui revint pas mais Garman reconnut un des complices de la bande du Somnambule. Le policier sentit son cœur battre plus fort et prit une décision, qui allait, en fait, lui coûter la vie quelques minutes plus tard. <br />
Il tâta son révolver d’ordonnance dans la poche intérieure de sa veste, redressa ses lunettes sur son nez, vissa bien son chapeau sur sa tête et prit en filature le suspect. <br />
<br />
Il gravissait les marches, baissait la tête, s’excusait auprès des gens, s’accrochait à la rambarde. Le grand escalier en colimaçon montait sur l’équivalent de quatre étages et il y avait régulièrement des bousculades, des gens compressés, parfois des chutes. Cela parce que les ascenseurs de la gare étaient en panne depuis des temps immémoriaux. Personne n’osait s’en plaindre à voix haute. Les services de SANITATION avaient d&#39;ailleurs lancé à l’époque de la panne une grande campagne pour l’exercice physique quotidien des usagers de la gare. Les affiches étaient encore là, elles faisaient partie du décor &#33;<br />
<br />
Garman suait quand il atteignit la plus haute marche, mais il fallait continuer, la foule laborieuse pressait derrière lui, et il ne voulait pas montrer sa carte de SÛRETÉ. Un petit escalier mécanique où les gens couraient et on débouchait sur la place Jauve, avec ses vendeurs de cafés et les crieurs de journaux, dernier contact humain de la rue avant de s’engouffrer dans les lourds bâtiments froids des ministères et des corpoles.<br />
Garman avait perdu le suspect, un fort Scovien avec un cou de taureau. Des Pandores réglaient la circulation ; question de fierté, ou de timidité, le détective ne leur fit pas signe. Il ne voulait pas de leur aide. Il allait l’appréhender seul &#33;<br />
Le Scovien était au carrefour Longe &#33; Il passait devant la brasserie Agricola et traversait entre les voitures à cheval qui déposaient les responsables des derniers étages. Garman resta sur le trottoir d’en face. Il y avait deux inspecteurs de la brigade des mœurs qui prenaient un verre au comptoir de la brasserie pleine de miroirs. Le détective ne se signala pas. Encore un Pandore qui séparait deux cochers qui s’insultaient et se menaçaient du fouet. Le détective passa au large de l’algarade. <br />
<br />
Le Scovien grimpait maintenant la tortueuse rue Fluous, qui serpentait entre le bureau de la poste centrale nº3 et les boutiques d’orfèvrerie. Il sortait du gros de la foule, il serait bientôt arrivé au parc de la Canonnerie… non, il bifurquait &#33; Il traversait l’esplanade, le boulevard et prenait un passage commercial étroit, au beau parquet luisant, puis ressortait ruelle des Petites Robes. <br />
En quelques rues, l&#39;ambiance avait changé. Presque plus personne dans les rues, quelques diligences d&#39;aristocrates. Une ambiance feutrée. Garman avait mis son révolver dans sa poche de côté, et le serrait de plus en plus fort. Le Scovien ne s&#39;arrêterait pas dans ce quartier rupin... La longue ruelle en pente légère menait vers un autre monde, vers le Klob. C’était un quartier presque désert, connu pour ses repaires de malfaiteurs, que la police préférait garder à l’œil ici, au lieu de l’investir et de voir se former d’autres niches ailleurs. La lumière à nouveau, surtout des becs de gaz, après cette lente descente, l&#39;odeur saisissante de la crasse des lieux. <br />
Le Scovien montait dans un immeuble délabré, à la sortie de ce quartier strictement surveillé par la Brigade des Rues. <br />
Garman avait de plus en plus peur. Il savait qu’il pourrait trouver des collègues près d’ici, en planque ; il savait aussi qu’il commettait un excès de zèle. En fait, il se sentait ridicule maintenant. <br />
Il n’apprendrait rien à personne s’il disait qu’il avait repéré un criminel dans le quartier. Un policier seul dans le Klob… <br />
Il avait enlevé la sécurité de son arme. Il se tenait prêt à entrer dans l’immeuble. <br />
Il n’avait pas vu le canon d’une arme passer entre les rideaux du troisième étage, pointé sur sa tête. Il vit par contre des concierges le regarder d’un drôle d’œil, planté au milieu de la rue (un flic, seul ici &#33<img src="http://forum.chezseb.ovh/images/smilies/icon_wink.gif" alt="wink" title="wink" class="smilie smilie_228" />. Des commerçants quittaient le seuil de leur boutique, des adolescents drogués rentraient dans leurs ruelles… Le vide s’était fait autour de lui, c’était un sentiment d’hostilité presque pire que face à une foule en colère. Seul face à la rue. <br />
Aujourd’hui, pourtant, Garman le voulait, il arrêterait son premier criminel. Il prouverait à ses futurs beaux-parents que…<br />
Quelqu’un siffla dans son dos : un gros concierge, qui sortait des poubelles, qui avait l’air d’un homme solide : <br />
-	Franchement, vous feriez mieux de partir…<br />
Pas un mot de trop ; il n’avait pas fait semblant, il avait vu en lui le jeune flic qui veut sa médaille. De la franchise dans sa voix, de la compassion… Il ne se voulait pas insultant, ce concierge, mais il y avait de la peur dans sa voix. <br />
La peur, la saleté, dans cette espèce de bidonville aux constructions en tôle ondulée...<br />
<br />
Garman, humilié, serra les dents, eut les larmes aux yeux, et tourna le dos à la fenêtre. Il eut un frisson dans la nuque, voulut s’enfuir à toutes jambes. Il fit quelques pas, ne voulait pas perdre contenance ; il allait interroger le gros homme, faire l’important, lui demander de quel droit ce concierge se permettait de…<br />
<br />
Une détonation partit ; le concierge ferma les yeux, pas par peur du coup de feu, mais presque de soulagement devant ce qui ne pouvait qu&#39;arriver ; Garman fut frappé à l’omoplate droite ; il se cassa le nez contre le pavé humide des eaux savonneuses, puis reçut une seconde balle, dans la tête. <br />
<br />
Le concierge l’avait regardé avec des yeux de chien battu. Lui n’avait pas bougé. Il savait que fatalement… Il enleva sa casquette et baissa la tête devant le jeune homme… Il eut pitié en voyant les lunettes, qui avaient volé à un mètre et dont le verre droit s&#39;était brisé. Quelle folie avait pu le pousser à entrer ici ? D’autres arrivaient, curieux, soit attristés, soit haineux, soit apeurés… Ils avaient tous assisté à la scène mais il ne se trouverait personne pour dire d’où venait le coup de feu. Un coup de sifflet retentissait, la police arriverait bientôt au pas de course.<br />
A la fenêtre, derrière un rideau poussiéreux, le Somnambule regardait de ses yeux gris les gens s’agglutiner autour du cadavre. </span>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<span style="font-family: Courier New;" class="mycode_font"><br />
...<br />
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L’horloge affichait 6 heures et l’escalier circulaire de la gare de Saint-Arness était pris d’assaut par les employés qui jaillissaient du métro. Le détective Garman venait de prendre son service, son troisième jour dans la brigade ferroviaire, un mois avant son vingt-deuxième anniversaire. Il était encore tout chaud de l&#39;air de la petite cuisine où il avait fumé la cigarette du matin avec ses collègues. Il y avait une vieille cuisinière où on mettait toute la journée de l’eau sur le feu. <br />
C’est en réglant sa montre sur la grande horloge qu’il aperçut un des individus dont le portrait était affiché au PC sécurité ; il montait les marches au milieu de la foule, jouant de ses grosses épaules pour écarter les timides employés de bureau. Le nom ne lui revint pas mais Garman reconnut un des complices de la bande du Somnambule. Le policier sentit son cœur battre plus fort et prit une décision, qui allait, en fait, lui coûter la vie quelques minutes plus tard. <br />
Il tâta son révolver d’ordonnance dans la poche intérieure de sa veste, redressa ses lunettes sur son nez, vissa bien son chapeau sur sa tête et prit en filature le suspect. <br />
<br />
Il gravissait les marches, baissait la tête, s’excusait auprès des gens, s’accrochait à la rambarde. Le grand escalier en colimaçon montait sur l’équivalent de quatre étages et il y avait régulièrement des bousculades, des gens compressés, parfois des chutes. Cela parce que les ascenseurs de la gare étaient en panne depuis des temps immémoriaux. Personne n’osait s’en plaindre à voix haute. Les services de SANITATION avaient d&#39;ailleurs lancé à l’époque de la panne une grande campagne pour l’exercice physique quotidien des usagers de la gare. Les affiches étaient encore là, elles faisaient partie du décor &#33;<br />
<br />
Garman suait quand il atteignit la plus haute marche, mais il fallait continuer, la foule laborieuse pressait derrière lui, et il ne voulait pas montrer sa carte de SÛRETÉ. Un petit escalier mécanique où les gens couraient et on débouchait sur la place Jauve, avec ses vendeurs de cafés et les crieurs de journaux, dernier contact humain de la rue avant de s’engouffrer dans les lourds bâtiments froids des ministères et des corpoles.<br />
Garman avait perdu le suspect, un fort Scovien avec un cou de taureau. Des Pandores réglaient la circulation ; question de fierté, ou de timidité, le détective ne leur fit pas signe. Il ne voulait pas de leur aide. Il allait l’appréhender seul &#33;<br />
Le Scovien était au carrefour Longe &#33; Il passait devant la brasserie Agricola et traversait entre les voitures à cheval qui déposaient les responsables des derniers étages. Garman resta sur le trottoir d’en face. Il y avait deux inspecteurs de la brigade des mœurs qui prenaient un verre au comptoir de la brasserie pleine de miroirs. Le détective ne se signala pas. Encore un Pandore qui séparait deux cochers qui s’insultaient et se menaçaient du fouet. Le détective passa au large de l’algarade. <br />
<br />
Le Scovien grimpait maintenant la tortueuse rue Fluous, qui serpentait entre le bureau de la poste centrale nº3 et les boutiques d’orfèvrerie. Il sortait du gros de la foule, il serait bientôt arrivé au parc de la Canonnerie… non, il bifurquait &#33; Il traversait l’esplanade, le boulevard et prenait un passage commercial étroit, au beau parquet luisant, puis ressortait ruelle des Petites Robes. <br />
En quelques rues, l&#39;ambiance avait changé. Presque plus personne dans les rues, quelques diligences d&#39;aristocrates. Une ambiance feutrée. Garman avait mis son révolver dans sa poche de côté, et le serrait de plus en plus fort. Le Scovien ne s&#39;arrêterait pas dans ce quartier rupin... La longue ruelle en pente légère menait vers un autre monde, vers le Klob. C’était un quartier presque désert, connu pour ses repaires de malfaiteurs, que la police préférait garder à l’œil ici, au lieu de l’investir et de voir se former d’autres niches ailleurs. La lumière à nouveau, surtout des becs de gaz, après cette lente descente, l&#39;odeur saisissante de la crasse des lieux. <br />
Le Scovien montait dans un immeuble délabré, à la sortie de ce quartier strictement surveillé par la Brigade des Rues. <br />
Garman avait de plus en plus peur. Il savait qu’il pourrait trouver des collègues près d’ici, en planque ; il savait aussi qu’il commettait un excès de zèle. En fait, il se sentait ridicule maintenant. <br />
Il n’apprendrait rien à personne s’il disait qu’il avait repéré un criminel dans le quartier. Un policier seul dans le Klob… <br />
Il avait enlevé la sécurité de son arme. Il se tenait prêt à entrer dans l’immeuble. <br />
Il n’avait pas vu le canon d’une arme passer entre les rideaux du troisième étage, pointé sur sa tête. Il vit par contre des concierges le regarder d’un drôle d’œil, planté au milieu de la rue (un flic, seul ici &#33<img src="http://forum.chezseb.ovh/images/smilies/icon_wink.gif" alt="wink" title="wink" class="smilie smilie_228" />. Des commerçants quittaient le seuil de leur boutique, des adolescents drogués rentraient dans leurs ruelles… Le vide s’était fait autour de lui, c’était un sentiment d’hostilité presque pire que face à une foule en colère. Seul face à la rue. <br />
Aujourd’hui, pourtant, Garman le voulait, il arrêterait son premier criminel. Il prouverait à ses futurs beaux-parents que…<br />
Quelqu’un siffla dans son dos : un gros concierge, qui sortait des poubelles, qui avait l’air d’un homme solide : <br />
-	Franchement, vous feriez mieux de partir…<br />
Pas un mot de trop ; il n’avait pas fait semblant, il avait vu en lui le jeune flic qui veut sa médaille. De la franchise dans sa voix, de la compassion… Il ne se voulait pas insultant, ce concierge, mais il y avait de la peur dans sa voix. <br />
La peur, la saleté, dans cette espèce de bidonville aux constructions en tôle ondulée...<br />
<br />
Garman, humilié, serra les dents, eut les larmes aux yeux, et tourna le dos à la fenêtre. Il eut un frisson dans la nuque, voulut s’enfuir à toutes jambes. Il fit quelques pas, ne voulait pas perdre contenance ; il allait interroger le gros homme, faire l’important, lui demander de quel droit ce concierge se permettait de…<br />
<br />
Une détonation partit ; le concierge ferma les yeux, pas par peur du coup de feu, mais presque de soulagement devant ce qui ne pouvait qu&#39;arriver ; Garman fut frappé à l’omoplate droite ; il se cassa le nez contre le pavé humide des eaux savonneuses, puis reçut une seconde balle, dans la tête. <br />
<br />
Le concierge l’avait regardé avec des yeux de chien battu. Lui n’avait pas bougé. Il savait que fatalement… Il enleva sa casquette et baissa la tête devant le jeune homme… Il eut pitié en voyant les lunettes, qui avaient volé à un mètre et dont le verre droit s&#39;était brisé. Quelle folie avait pu le pousser à entrer ici ? D’autres arrivaient, curieux, soit attristés, soit haineux, soit apeurés… Ils avaient tous assisté à la scène mais il ne se trouverait personne pour dire d’où venait le coup de feu. Un coup de sifflet retentissait, la police arriverait bientôt au pas de course.<br />
A la fenêtre, derrière un rideau poussiéreux, le Somnambule regardait de ses yeux gris les gens s’agglutiner autour du cadavre. </span>]]></content:encoded>
		</item>
		<item>
			<title><![CDATA[Dossier #10 : Penthésilée 64-300 Exécution]]></title>
			<link>http://forum.chezseb.ovh/showthread.php?tid=113</link>
			<pubDate>Sun, 08 Mar 2009 14:32:40 +0000</pubDate>
			<dc:creator><![CDATA[<a href="http://forum.chezseb.ovh/member.php?action=profile&uid=3">Darth Nico</a>]]></dc:creator>
			<guid isPermaLink="false">http://forum.chezseb.ovh/showthread.php?tid=113</guid>
			<description><![CDATA[<span style="font-family: Courier New;" class="mycode_font"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b"><div style="text-align: center;" class="mycode_align">Exil #10</div></span><br />
<br />
<span style="font-style: italic;" class="mycode_i"><br />
-	C&#39;est le dernier dossier dont nous disposons sur Portzamparc et Maréchal. C&#39;est la circulaire rouge qui nous a coincés.<br />
-	Comment Weid a-t-il pu se procurer cette circulaire ?<br />
-	Pour le moment, je ne sais pas, mais je t&#39;assure que l&#39;enquête continue et qu&#39;on fera la lumière sur les agissements de ce "commissaire" et de ses complices.<br />
-	Ce dossier 10 raconte en détail comment on a coincé Portzamparc...<br />
-	Oui, et comment il nous a glissé entre les doigts.<br />
-	Et jusqu&#39;où le zèle des deux policiers les a menés. A une vraie descente en enfer...<br />
-	Seulement, on n&#39;en saura pas beaucoup plus. Mais ils referont une erreur, et cette fois là, on ne les lâchera plus. Personne n&#39;échappe indéfiniment à OBSIDIENNE...</span><br />
<br />
<br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b"><div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-size: 7pt;" class="mycode_size">DOSSIER #10&lt;!--sizec--&gt;</span>&lt;!--/sizec--&gt;</div></span><br />
</span>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<span style="font-family: Courier New;" class="mycode_font"><span style="font-weight: bold;" class="mycode_b"><div style="text-align: center;" class="mycode_align">Exil #10</div></span><br />
<br />
<span style="font-style: italic;" class="mycode_i"><br />
-	C&#39;est le dernier dossier dont nous disposons sur Portzamparc et Maréchal. C&#39;est la circulaire rouge qui nous a coincés.<br />
-	Comment Weid a-t-il pu se procurer cette circulaire ?<br />
-	Pour le moment, je ne sais pas, mais je t&#39;assure que l&#39;enquête continue et qu&#39;on fera la lumière sur les agissements de ce "commissaire" et de ses complices.<br />
-	Ce dossier 10 raconte en détail comment on a coincé Portzamparc...<br />
-	Oui, et comment il nous a glissé entre les doigts.<br />
-	Et jusqu&#39;où le zèle des deux policiers les a menés. A une vraie descente en enfer...<br />
-	Seulement, on n&#39;en saura pas beaucoup plus. Mais ils referont une erreur, et cette fois là, on ne les lâchera plus. Personne n&#39;échappe indéfiniment à OBSIDIENNE...</span><br />
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<br />
<span style="font-weight: bold;" class="mycode_b"><div style="text-align: center;" class="mycode_align"><span style="font-size: 7pt;" class="mycode_size">DOSSIER #10&lt;!--sizec--&gt;</span>&lt;!--/sizec--&gt;</div></span><br />
</span>]]></content:encoded>
		</item>
	</channel>
</rss>